Les Épouses du Prophète

1. Khadija bint Khuwaylid

Khadija  était une riche commerçante de la Mecque. Celle-ci avait entendu parler du sérieux de Muhammad et de sa droiture. Elle connaissait la valeur des hommes d'abord parce qu'en tant que commerçante avisée, elle traitait des affaires avec eux et, qu'ensuite, elle avait été mariée deux fois. Ses époux morts, elle demeura veuve.

Un jour, Abou Talib dit à son neveu : « Je suis un homme sans fortune, les temps sont devenus durs pour nous, nous avons été tourmentés par ces années de misère, et nous n'avons ni possessions matérielles ni marchandises. Cette femme, Khadija, envoie des hommes de ton peuple pour faire des affaires avec sa fortune et ils en gagnent un bénéfice. Alors si elle vient vers toi, montre-lui ton honnêteté. »

Elle avait donc fait appel à Muhammad pour conduire ses caravanes au nord et au sud de la Péninsule arabique. Ainsi, le temps s'écoulait à la Mecque jusqu'au jour où As-Sayida Khadija s'était confiée à une amie Nafisa Bint Muniyyah. Elle lui avait manifesté son désir d'épouser Muhammad. Ce fut ainsi que cette amie avait fait les démarches nécessaires et avait obtenu son consentement. Le mariage avait été célébré en présence des familles et des amis. Khadija était âgée de 40 ans quand elle l'épousa, et il en avait 25.

Elle lui donna 2 garçons : Al-Qasim, 'Abdullah (morts en bas âge), et 4 filles : Zaynab, Ruqiya, Oum Koulthoum, et Fatima.

1. La Révélation

La Péninsule Arabique était plongée dans l'idolâtrie et la Mecque était le lieu où convergeaient toutes les tribus. Celles-ci venaient chaque année en pèlerinage et se rassemblaient autour de la Ka'ba. Cette Maison antique était devenue un centre païen depuis de longs siècles. Muhammad  fuyait cette adoration et aimait se réfugier annuellement dans la grotte de Hira. Là, il réfléchissait au mystère de l'univers, en observant son étendue à travers l'immensité du désert et la lumière du ciel étoilé. Il sentait qu'il y avait, derrière et au-dessus de ces espaces, une force invisible qui les organisait et les gérait. Il demeura ainsi jusqu'à l'âge de quarante ans.

Entre temps, Khadija encourageait l'isolement périodique de son époux et lui apportait tout son soutien. Ce fut lors de la nuit du destin, que Muhammad , agé de 40 ans, avait reçu la Révélation. Dieu l'avait choisi pour être le dernier Messager.

Quant le Prophète  connut la frayeur et douta de ses facultés mentales, à cause de l'apparition surnaturelle de l'archange Gabriel, ce fut vers Khadija qu'il se réfugia et se confia. Aussi était-elle pour lui d'un grand secours et d'un immense réconfort. C'était auprès d'elle qu'il s'armait de patience et reprenait courage car les jours de repos étaient terminés puisque l'ange Gabriel lui transmis cet ordre du Seigneur de l'univers : Lève toi et avertit les gens. Appelle les à n'adorer que Dieu et Lui seul. Mais à qui allait-il faire appel et qui répondrait à son appel ?

2. La Prédication

Conformément aux instructions reçues de Dieu, le Prophète  commença sa prédication en appelant les membres de sa famille, voire même ses proches amis, à embrasser l'Islam. Il va de soi que cette adhésion devrait regrouper les hommes et les femmes sincères et honnêtes. L'appel a été entendu par une poignée de personnes dont l'ambition et l'orgueil n'obscurcissaient pas l'esprit.

As-sayida Khadija, l'épouse du Prophète  a été la première musulmane de l'histoire. Dès le premier instant, elle sut que sa vision dans la grotte de Hira était le prélude de sa mission prophétique. Elle ne se borna pas seulement à croire au Message, révélé à Muhammad, mais elle lui apporta son soutien moral et matériel. As-sayida Khadija, femme énergique et douée de bon sens, avait la manière d'apaiser les angoisses de son mari et de lui insuffler du courage quand elle sentait que son énergie faiblissait. Sa perspicacité lui laissait comprendre qu'un homme, aussi pur et aussi parfait que lui, ne pouvait pas être le jouet de manoeuvres sataniques.

Des êtres vertueux de son envergure et de sa trempe ne pouvaient pas être abandonnés par Dieu. Ils ne pouvaient s'attendre à aucune défection de la part de leur Créateur et de toutes les personnes qui éprouvaient pour eux de forts sentiments d'amitié. Or Khadija insistait auprès de son époux pour lui expliquer qu'il appartenait à cette catégorie d'homme que le Tout Puissant n'abandonne pas à leur sort, et que les amis bienveillants et chaleureux ne le délaisseront pas dans les moments si critiques soient-ils.

– Certes, jamais Dieu, lui dit-elle, ne t'ingligera d'affronts, car tu es uni avec tes proches, tu soutiens les faibles, tu donnes à ceux qui n'ont rien, tu héberges les hôtes et tu secours les hôtes des vicissitudes du droit.

Selon al-Bayhaqi, As-Sayyida Khadija, afin de tester la sainteté de l'apparition, dit à l'Envoyé de Dieu :

– Ô fils de mon oncle ! Peux tu m'informer du moment ou ton compagnon t'apparaîtra ?

Ainsi, alors que le Prophète se trouvait chez Khadija, l'archange Gabriel se manifesta à lui. Il en avertit son épouse car il le voyait distinctement. Ce qui n'était pas le cas de son épouse. Celle-ci lui demanda de s'asseoir à sa droite et lui demanda s'il continuait à le voir. En effet, l'apparition se maintenanit.

Puis, elle lui demanda une autre fois de poser sa tête sur ses genoux. La vision ne quittait toujours pas l'intérieur de la maison.

Ensuite, elle ôta le foulard qui couvrait sa tête, laissant ses cheveux à l'air libre, ce qui était un geste d'intimité qui détournerait le regard de toute personne pudique. Devant une telle scène, l'archange s'éclipsa aussitôt. Ce fut alors qu'elle dit :

– Ce n'est pas un démon. C'est bien un ange qui se montre à toi, ô fils de mon oncle !

Il n’y avait plus aucun doute dans l’esprit de as-sayyida Khadija. Son époux était bien l’Envoyé d'Allah et l’ange Gabriel le transmetteur du Message divin.

Certes, as-sayyida Khadîja avait une totale confiance en son mari. Cependant, ce n’est pas seulement cette confiance qu’elle lui portait qui l’amena à embrassa la religion de Dieu. La cause profonde de cette adhésion était sa conviction que la religion communiquée au Prophète était celle de la droiture et de la rectitude, celle qui suivrait en droite ligne la guidance spirituelle et morale d’Abraham.

Cette évidence la conduisit à faire confirmer ce qu’elle avait entendu de la bouche de son époux auprès de Waraqa Ibn Nawfal. Cet homme, âgé et d’une grande piété, était versé dans les questions religieuses. Il était aussi attentif à la venue d’un nouveau prophète.

Après lui avoir exposé tous les détails des événements vécus par son conjoint, le vieillard, d’un ton posé et bien assuré de ses paroles, répondit :

– Ô Khadîja ! Si tout ce que tu viens de me dire est absolument véridique, sache que c’est que le grand Nâmous (l’archange Gabriel) qui est venu… (Muhammad) est certainement le prophète de ce peuple. Dis-leur de s’en tenir fermement.

Aussitôt, as-sayyida Khadija retourna chez elle, confiante et assurée de ce qu’elle venait d'entendre. Elle en informa le Prophète.

3. Son soutien

Le Prophète  ne pouvait pas rester insensible devant la foi aussi profonde que forte de son épouse. La vigueur du caractère de cette dernière exerçait chaque fois une attraction positive sur le moral de l’Envoyé de Dieu. Il en était ainsi chaque fois que son message sur l’Unicité d'Allah rencontrait des obstacles devant l’idolâtrie de son peuple. Elle était toujours là quand les Quraysh manifestaient leur répugnance et leur agressivité aux versets du Coran et quand, injustement, ils le traitaient, lui, de menteur. Elle dynamisait son ardeur et dissipait sa tristesse quand il revenait à la maison, l’air abattu par tant d’obstination et de résistance farouche.

Le Prophète  se réjouissait, chaque fois, de voir que sous son toit, il y a avait constamment quelqu’un pour supporter sa mission, le soutenir dans ses activités si ardues et stimuler sa volonté.

4. La mort de Khadija

La vie entre les deux conjoints oscillait entre le haut et le bas mais plus souvent vers le bas, surtout le jour où les notables de Quraysh avaient décidé de camper le Prophète  et sa famille en un endroit et d’organiser un blocus qui dura six mois.

Quelques temps après, son oncle paternel Abu Talib Ibn ‘Abd al-Muttalib meurt. Celui-ci était son grand protecteur et son rempart contre l’autoritarisme des Quraysh. A sa suite, ce sera as-sayyida Khadîja, son épouse bien-aimée, qui quittera définitivement le monde terrestre, laissant son époux, provisoirement, seul et sans compagne.

Elle mourut trois années avant l’Hégire.

Cette fois, on peut dire que le Prophète était totalement orphelin. Ibn Ishâq a dit : « qu’elle était pour lui une sorte vizir de sincérité de l’Islam ». Ce fut ce que les historiens appelèrent « L’année du deuil ».

5. Son souvenir reste

Le souvenir de as-sayyida Khadîja était si intense qu’un jour, à Médine, Hâlah, la sœur de la défunte arriva à Médine. Quand le Prophète  crut entendre sa première femme dans la cour de la maison, tant la voix de l’une ressemblait à l’autre. Son cœur se mit alors à palpiter très fort.

Le corps de as-sayyida Khadîja avait disparu mais son souvenir demeura gravé dans le cœur du Prophète. Il eut pourtant d’autres épouses mais il n’oublia jamais la première d’entre elles. L’amour qu’il portait à Khadîja rendait d’ailleurs ‘Aïsha jalouse de tant de prévenance. Elle lui dit un jour :

« On dirait qu’il n’existe pas de femmes dans le monde en dehors de Khadîja ».

En une autre occasion, à la suite de certains reproches que ‘Aïsha ne manquait pas de lui faire chaque fois qu’il parlait de sa première épouse en termes élogieux, il lui dit :

– Par Allah, elle a cru en moi quand les gens se montraient impies. Elle a tenu pour vrai ce que je disais au moment où les gens me traitaient de menteur. Elle m’a secouru avec ses biens quand les gens m’en privaient. Elle a été la femme qui m’a donné un garçon.

Depuis, ‘Aïsha ne parla plus d’elle pour ne pas remuer la plaie de son époux.

2. Sawda bint Zam ah

1. La solitude, puis les mariages du Prophète

Depuis la mort de Khadija , les jours s'écoulaient chargés du poids de la mission prophétique. Quant aux nuits, elles s'emplissaient du souvenir de la disparue. Ainsi, le Prophète  demeurait sans compagne. De leurs côtés, ses compagnons observaient sur lui les effets de la tristesse. Ils auraient souhaité le voir briser sa solitude en se mariant le plus tôt possible.

Cependant, aucun des Compagnons ne prenait le courage de l'entretenir d'une éventuelle union. Il a fallu qu'un soir Khalwa Bint Hakim as-Salmiyya aille chez lui et lui dit :

– Ô Envoyé de Dieu ! Je te vois plongé dans la plus totale des tristesses depuis la mort de Khadija.

Elle l'observa un moment, puis soudain, elle lui proposa de se remarier. Le Prophète  la regarda en silence, écoutant la voix de son coeur plein de souvenir de la défunte. Il se rappela alors du jour, voilà plus de vingt ans, où Nafisa Bint Muniyya vint à lui pour lui parler de mariage et lui présenter une éventuelle union avec Khadija.

Quelques temps après, le Prophète  leva la tête et dit :

– Qui épouserais-je après Khadijah ?

2. Mariage du Prophète

Khawla avait deux propositions à faire à l'Envoyé de Dieu  : une vierge, à savoir Aïsha et une déjà mariée mais séparée de son marie, c'est à dire Sawda Bint Zam'ah Ibn Qays Ibn Abd Shams Ibn Abd Waddi-l-'Amiriyyah.

Le Prophète  donna son accord pour demander Sawda  en mariage. Khawla se rendit aussitôt dans la maison de Zam'ah et se présenta devant Sawda en lui disant :

– Ô Sawda ! Dieu a fait entrer chez toi le bien et la bénédiction !

Etonnée de cette introduction emplie d'un bon présage, Sawda se demanda quelle nouvelle exceptionnelle Khawla allait lui communiquer. Elle ne tarda pas à apprendre que c'était l'Envoyé de Dieu qui la demandait en mariage. Elle n'arrivait pas à maîtriser sa stupeur mêlée d'étonnement et de joie. Elle répondit sans hésitation mais d'une voix tremblante :

– J'accepte cette demande. Mais va voir mon père et informe le de cette démarche.

Khawla n'hésita pas un instant. Elle se rendit sur le champ chez le père qui était un vieil homme, fatigué par le poids des années.

– Muhammad Ibn Abd Allah Ibn Abd al-Muttallib m'a envoyé pour te demander la main de ta fille Sawda.

Le vieillard fut transporté de joie à cette annonce surprenante mais il voulut connaître d'abords l'opinion de l'intéressée avant de faire la sienne. Celle-ci , bien sur, lui donna, sans hésitation, une réponse affirmative. Aussi, le père de Sawda demanda-t-il à Khawla d'inviter Muhammad de venir le voir afin d'officialiser cette union.

3. L'étonnement des gens

Le bruit circula dans la Mecque que Muhammad  avait demandé en mariage Sawda fille de Zam'ah. Les gens ne voulaient pas en croire à leurs oreilles. Ils s'interrogeaient, un léger doute dans l'esprit : Sawda était non seulement veuve mais âgée. En outre, elle n'était pas très belle. Il y avait une très grande différence entre elle et Khadija, belle, riche et convoitée par de grands notables mecquois. De plus, elle avait une haute stature dans le milieu Qurayshite.

Ce que ces gens ne comprenaient pas, c'est que le Prophète  n'avait nullement l'idée de remplacer Khadija par Sawda ou par n'importe quelle autre femme. Sa première épouse était considérée par lui comme irremplaçable. Il recherchait surtout une femme qui pourrait tenir et organiser sa maison. Il songea qu'elle en était capable et remplissait des conditions honorables. En effet, Sawda avait émigré en Abyssinie avec son mari as-Sakran Ibn Amru Ash-Shams. Celui-ci mourut quelques temps après son arrivée dans cette terre étrangère. Ce fut ainsi que Sawda devint veuve, loin de sa patrie.

4. Le souvenir de l'émigration de Sawda

La présence de Sawda auprès du Prophète  rappelait à celui-ci le petit groupe dont les membres quittèrent leurs maisons et abandonnèrent leurs biens pour traverser le désert et la mer avant d'arriver en Abyssinie. Ils fuyaient, avec leur religion, l'oppression des idolâtres mecquois.

Dans ce groupe d'émigrants, il y avait Malik Ibn Zam'ah, frère de Sadawh, As-Sakran Ibn Amr, son mari et fils de son oncle paternel, les deux frères de ce dernier Salit et Hatib, son neveu, fils de son frère, Abd Allah Ibn Suhayl. C'est à dire que ce n'était pas le veuvage et l'âge avancé de Sawda qui importaient à l'Envoyé de Dieu. C'était le fait qu'elle appartenait au premier groupe de musulmans qui avaient cru en sa mission prophétique.

Aussi s'imagina-t-il Sawda en train de faire ses adieux à sa terre natale, cette terre où elle passa la plus grande partie de son enfance. Elle partait vers un pays qu'elle n'avait jamais connu, avec des gens dont certains étaient de sa famille et d'autres ne l'étaient pas. Elle savait qu'elle allait à la rencontre d'un peuple dont l'arabe n'était pas la langue véhiculaire et dont l'Islam n'était pas leur religion. Tous ces événements exercèrent sur le Prophète  des sentiments favorables à l'égard de cette émigrante qui a connu le veuvage en exil et qui était revenue dans son pays pour prendre de l'âge. Sa vieillesse ne comptait pas devant la vie dure et pénible que cette seconde épouse avait traversée.

5. Sawda, consciente de son état d'épouse

Voilà Sawda, épouse de l'Envoyé de Dieu . Elle ne manqua pas de se comparer à Khadija, la première femme, puis à Aisha, cette jeune fille dont le mariage était attendu d'un mois à un autre. Elle ne pouvait donc qu'être étonnée de son état et cela la remplissait de joie d'être l'épouse du Prophète.

Elle ne se faisait pas, pourtant, beaucoup d'illusions. Elle savait, par expérience, qu'entre son coeur et celui de son mari, il y avait une barrière infranchissable. C'est qu'elle faisait une distinction entre le Prophète et l'être humain qu'il était. Elle n'ignorait pas que ce n'était pas avec l'homme qu'elle allait vivre. C'était l'Envoyé de Dieu qui la prit comme épouse. Elle comprenait donc que ses liens avec lui n'étaient pas tissés d'amour mais de bonté et de miséricorde de sa part.

Sawda n'était point perturbée par sa situation. Bien au contraire, elle était fière que l'Envoyé de Dieu la hisse à un rang si élevé. Il a fait d'une veuve et d'une femme âgée, la Mère des croyants. Cet honneur lui procurait beaucoup d'énergie et elle s'occupait, avec enthousiasme, de la maison de son époux et de ses filles.

Sawda ne ressentait ni amertume ni complexe d'infériorité. Elle était heureuse quand elle voyait le Prophète  rire de sa démarche car son corps corpulent la balançait d'un côté et de l'autre. De la même manière, il se réjouissait de la vivacité de son esprit et de son humour. Sawda lui dit un jour en plaisantant :

– Cette nuit, j'ai prié derrière toi. Tu as mis tellement de temps dans ta prosternation que j'ai été amené à bouchez mon nez, de crainte que le sang y coule. Cette parole fit rire l'Envoyé de Dieu.

6.L'arrivée de Aisha et des autres femmes dans la maison du Prophète

Sawda continuait à s'occuper de la maison de son mari jusqu'à l'arrivée de Aïsha, la fille d'Abu Bakr. Elle lui céda le plus grand espace et mit tous ses efforts pour satisfaire la nouvelle mariée et veiller à son confort.

Après Aisha, d'autres épouses venaient agrémenter la vie familiale. Ce fut par ordre, Hafsa, fille de Umar Ibn Khattab, Zaynab, fille de Jahsh, Umm Salmah, fille de Abu Umiyyah al Makhzumi. Sawda continuait à accorder sa préférence à Aïcha en lui consacrant son amitié et son dévouement, sans pour autant le manifester ostensiblement pour ne pas mettre dans l'embarras les autres femmes de l'Envoyé de Dieu ou susciter leur jalousie. Elle ne tenait pas à être l'origine d'une possible discorde.

Cependant, le Prophète  avait pitié de Sawda qui était privée de la même affection qu'il portait aux autres épouses. Il s'efforçait de lui ouvrir son coeur et de lui vouer des sentiments affectueux. Cependant, avant d'être Prophète, c'était aussi un homme. Aussi, s'il la plaçait sur le même pied d'égalité du point de vue des dépenses pour son entretien, il ne lui était pas aisé de se montrer équitable entre elle et les autres femmes, du point de vue sentimental. Ce fut pourquoi, il décida, en fin de compte, de se séparer d'elle. Aussi, un jour, attendit-il la nuit où il devait dormir avec elle pour lui annoncer sa détermination de divorcer de la manière la plus convenable.

En entendant la décision prise par son mari, elle sentir comme si les murs de la pièce se resserraient contre elle. Elle suffoquait et croyait que sa respiration allait s'arrêter. Elle garda le silence un moment, puis tendit sa main vers celle de son époux, comme pour lui demander de venir à son secours. Sentant cette main tremblante, le Prophète  la serra très fort, pensant ainsi qu'il pourrait faire disparaître la peur qui envahissait tout son corps.

Prenant en mains toutes ses forces, Sawda, dont le visage trahissait la tristesse, déclara dans un murmure où se mêlaient la crainte et l'espoir :

– Garde-moi auprès de toi. Je ne te demande pas de te comporter avec moi comme avec tes autres épouses. Cependant, je voudrais être ressuscitée par Dieu, le Jour de la Résurrection, en tant que ton épouse.

Sawda, relâcha sa main. Elle n'attendait pas une réponse favorable à son désir bien qu'elle était décidée à rester aux côtés de son époux, en essayant aynt de satisfaire sa volonté.

A ce moment, Sawda ressentait la froideur de sa vieillesse gagner la lourdeur de son corps. Elle eut honte alors de vouloir rivaliser avec des femmes aussi jeunes et belle que Aisha, Hafsa, Zaynab… Elle se disait, qu'en exigeant le respect de son tour à dormir avec l'Envoyé de Dieu, c'est comme si elle revendiquait un droit qui ne lui appartenait pas. Aussi, était elle disposée à déclarer : Répudie moi, ô Envoyé de Dieu ! Cependant, ses paroles trébuchaient dans sa gorge. Elle n'arrivait pas à les libérer.

Sawda était torturée par ses sentiments. Son inquiétude se prolongea, attendant la décision du Prophète de la répudier. Soudain, une idée lui traversa l'esprit et dit calmement :

– Ô Envoyé de Dieu ! Garde-moi auprès de toi. Je laisserai mon tour d'intimité à Aisha. En outre, je ne réclamerai pas pour moi, ce que les autres femmes demanderont pour elles !

Cette proposition émut le Prophète . Voilà une femme qui ne tenait pas à le quitter et était prête à se sacrifier pour satisfaire les autres épouses et en particulier Aïsha, sa préférée. Le Prophète  finit par accepter la proposition de Sawda. Celle-ci remercia Dieu qui lui suggéra cette proposition. Le Créateur, se dit-elle, soulagea sa peine et la sauva des amères épreuves, conséquentes à cette séparation avec le Prophète.

7. Mort de Sawda

Ainsi Sawda demeura dans la maison de l'Envoyé de Dieu , jusqu'au jour où Dieu l'appela à lui. Elle survécut à la mort de son mari. Elle ne mourut que vers la fin du califat de Umar Ibn Khattab.

Aisha n'oublia pas la belle oeuvre accomplie par Sawda qui lui sacrifia son tour. Le souvenir de la fidélité à sa parole lui revenait souvent en mémoire.

– Il n'y a pas une femme, disait-elle de Sawda, que j'ai aimé tant pour sa volonté de renoncer à son droit.

3. Aisha Bint Abu bakr

1. La solitude, puis les mariages du Prophète

Depuis la mort de Khadija , les jours s'écoulaient chargés du poids de la mission prophétique. Quant aux nuits, elles s'emplissaient du souvenir de la disparue. Ainsi, le Prophète  demeurait sans compagne. De leurs côtés, ses compagnons observaient sur lui les effets de la tristesse. Ils auraient souhaité le voir briser sa solitude en se mariant le plus tôt possible.

Cependant, aucun des Compagnons ne prenait le courage de l'entretenir d'une éventuelle union. Il a fallu qu'un soir Khalwa Bint Hakim as-Salmiyya aille chez lui et lui dit :

– Ô Envoyé de Dieu ! Je te vois plongé dans la plus totale des tristesses depuis la mort de Khadija.

Elle l'observa un moment, puis soudain, elle lui proposa de se remarier. Le Prophète  la regarda en silence, écoutant la voix de son coeur plein de souvenir de la défunte. Il se rappela alors du jour, voilà plus de vingt ans, où Nafisa Bint Muniyya vint à lui pour lui parler de mariage et lui présenter une éventuelle union avec Khadija.

Quelques temps après, le Prophète  leva la tête et dit :

– Qui épouserais-je après Khadijah ?

2. La demande en mariage

Ainsi, quand Khalwa proposa à l'Envoyé de Dieu, le nom de `Aïsha , le coeur de celui-ci s'épanouit en raison du fort lien d'amitié qui le liait à Abu Bakr. Aussi avant d'aller chez Sawda, Khalwa se rendit d'abord à la maison de celui qui allait être le premier calife de l'Islam, après la mort du sceau des envoyés. Elle trouva Umm Rûman, la mère de `Aïsha et lui dit qu'elle venait lui annoncer une heureuse nouvelle.

« L'Envoyé de Dieu m'a envoyé pour demander la main de `Aïsha. »

La mère se réjouit de cette annonce et appela son mari. Dès que celui-ci fit son apparition, Khalwa répéta le motif de sa mission. Abu Bakr fut surprit et dit : « Le Prophète et moi, nous nous sommes toujours considérés comme des frères. `Aïsha est donc sa nièce. Comment peut-elle se marier à lui ? »

Khalwa revint voir le Prophète et l'informa des inquiétudes d'Abu Bakr. Elle reçut cette réponse :

« Dis à Abu Bakr qu'il n'est pas mon propre frère mais seulement mon frère en islam. L'Islam n'interdit pas le mariage avec la fille d'un tel frère. »

Abu bakr demanda quelques instants de réflexion et sortit de la maison. Umm Ruman expliqua à Khalwa la raison du départ de son mari : Mat'am Ibn Addi avait sollicité la main de `Aïsha pour son fils Jabir. Or Abu Bakr n'avait pas pour habitude de faillir aux promesses qu'il donnait. Et cette fois encore, il voulait s'assurer que les choses s'arrangeraient.

Abu Bakr entra chez Mat'am et trouva avec lui sa femme, Umm Jabir, qui était encore idolâtre. Celle-ci prit la parole :

« Ô Abu Bakr ! il est possible qu'en mariant notre fils à ta fille, celle-ci le fera entrer dans sa religion que toi-même tu partages ? »

Abu Bakr ne lui répondit pas mais se tourna vers le mari pour lui demander ce qu'il en pensait.

« Mon opinion, dit-il, est celle que tu as entendue de ma femme. »

Abu Bakr sortit de chez Mat'am, l'air soulagé. Il ne pouvait pas donner sa fille à un idolâtre. C'est dire que sa promesse tombait à l'eau. Arrivé auprès de Khalwa, il lui demanda d'inviter le Prophète.

L'Envoyé de Dieu répondit à l'invitation. Ce fut alors que l'accord de son union avec `Aïsha était conclu, alors qu'elle n'avait que six ou sept ans. La dot avait été fixée à cinq cents dirhams.

3. Portrait du père et de la mère de `Aïsha

Les membres de la famille de `Aïsha, les Banu Taym étaient connus pour leur générosité, leur courage, leur fidélité et leur opinion juste et sensée. Ils étaient donnés en exemple pour leur bonté envers leurs femmes et l'excellent traitement qu'ils leur réserveraient.

De plus, Abu Bakr était renommé pour sa bonne moralité, sa douceur et sa sensibilité. C'était un commerçant avisé, droit et honnête. A ce titre, il avait gagné la confiance des mecquois. A cela, il faut ajouter qu'il a été le premier homme à répondre à l'appel de l'Islam. Il s'adonna au service de la religion avec son corps, son esprit et ses biens. Il recruta même d'autres adeptes tels que Uthman Ibn Affan, az-Zubayr Ibn al-Awwam, Abd ar-Rahman Ibn 'Awf, Sa'd Ibn Abi Waqqas, Talha Ibn 'Ubayd Allah, etc. Ils font tous partis des dix musulmans auxquels le Paradis avait été promis. Que Dieu les ait en Sa miséricorde.

D'Abu Bakr, le Prophète  avait dit :

« Je n'ai pas appelé une seule personne à l'Islam sans qu'elle ne refuse, n'émette des objections ou manifeste des hésitations, exception faite d'Abu Bakr Ibn Qahafah. Quand je lui ai fait la proposition, il l'accepta sans aucune hésitation. »

Il ajouta :

« Il n'y a pas de fortune qui m'a été autant utile que celle d'Abu Bakr. » Il est vrai que cet ami sincère et dévoué lui avait dit :

« Ô Envoyé de Dieu ! Est-ce que mes biens et moi-même ne t'appartiennes pas ? »

Quant à la mère de `Aïsha, Umm Rûman, fille de Amir al-Kinaniya, elle appartenait au nombre des illustres Sahabiyat. Au temps de la jahiliya, elle épousa Abd Allah Ibn al-Harith al-Asadi. Elle eut de lui un garçon nommé at-Tufayl. A sa mort, elle s'unit à Abu Bakr et, de leur union, deux enfants virent le jour : `Aïsha et Abd ar-Rahman.

Elle émigra à Médine quand le Prophète  et son compagnon Abu Bakr furent bien installés. Elle mourut du vivant du Sceau des envoyés. Celui ci visita sa tombe et, après avoir imploré le pardon de Dieu pour elle, dit :

« Ô Seigneur Dieu ! Tu n'es pas sans savoir ce que Umm Ruman a enduré pour Toi et pour Ton Messager. »

Quant à `Aïsha, elle naquit à la Mecque, quatre ou cinq ans après le début de la révélation. Elle embrassa l'Islam, ainsi que sa soeur Asmah, avant même sa maturité. C'était l'époque où les musulmans ne constituaient qu'un petit et faible groupe.

Le Prophète  la connut depuis sa tendre enfance. Il l'observa grandir et s'épanouir. Chaque fois qu'il voyait la mère, il lui demandait de prendre bien soin de sa fille. Un jour qu'il vit `Aïsha avec un air fâché et renfrogné, il dit :

« Ô Umm Ruman ! Ne t'avais-je pas conseillé de prendre bien soin d'elle ? »

4. L'émigration vers Médine

Arriva le jour où le Prophète  reçut l'ordre d'émigrer à Médine. Abu Bakr attendait avec impatience et souhaitait être celui qui accompagnerait son ami dans cette traversée du désert. Le Prophète annonça ce départ et c'est ainsi que les deux compagnons montèrent sur leurs chameaux et se dirigèrent vers Médine.

Les notables Quraychites promirent cent chameaux à celui qui les arrêterait. Mais le Prophète et Abu Bakr arrivèrent à Médine, sains et saufs et furent accueillit triomphalement. Quelques semaines plus tard, Abu Bakr envoya un mot à son fils Abdullah, lui disant de conduire la famille du Prophète, sa propre mère et ses soeurs à Médine. `Aïsha vécut chez ses parents pendant huit mois à Médine.

5. La Maladie

Au début, le climat de Médine ne convenait pas à beaucoup de réfugiés qui tombèrent malades. Abu Bakr était l'un d'eux. Il avait une forte fièvre. `Aïsha prenait soin de lui, jour et nuit. L'état de Abu bakr devint sérieux. Il était couché désespérément et répétait sans cesse ces mots :

« Chacun se voit pris au piège sous les yeux de sa famille. La mort est plus proche que les lacets de ses chaussures »

`Aïsha alla voir le Prophète  et lui demanda de prier pour la santé de son père. Il le fit et Abu Bakr se sentit ensuite mieux.

Quelques temps après, `Aïsha tomba malade. Sa maladie était grave aussi. Le père affectueux s'asseyait près de son lit jour et nuit. Finalement, la fièvre tomba et elle commença à guérir. Cependant, la maladie fut tellement sérieuse qu'elle perdit ses cheveux.

6. Le départ de la maison de ses parents

Quant `Aïsha fut complètement guérie, Abu Bakr vint au Prophète et lui aborda la question du mariage. Il fallait à présent concrétiser l'acte conclu à la Mecque trois années auparavant. Il lui dit :

« Messager d'Allah, pourquoi ne prend tu pas ta femme dans ta propre maison maintenant ? »

« Je n'ai pas d'argent pour payer la dot ! » répondit le Prophète.

« Tu peux m'emprunter l'argent. » dit Abu Bakr

Le Prophète lui emprunta ainsi cinq cents dirhams et envoya l'argent à `Aïsha.

Le jour suivant, le Prophète  envoya quelques femmes Ansari chercher `Aïsha. Quand elles arrivèrent che Abu Bakr, `Aïsha jouait. Sa mère la baigna, la coiffa et la conduisit dans la chambre où se trouvaient des femmes qui s'écrièrent en choeur « Pour toujours et dans la joie, soit la bienvenue ! »

Pendant ce temps, le Prophète arriva. Il n'y avait dans la maison qu'un bol de lait. On le lui offra. Il prit le bol de lait et en but une gorgée. Il passa ensuite le lait à Aisha qui, timidement, en fit de même.

Après cette simple cérémonie, `Aïsha embrassa ses parents et alla vivre avec son glorieux mari.

7. La Maison de `Aïsha

Du côté Est de la mosquée du Prophète, il y avait une rangée de petites habitations en boue. C'était les demeures du Prophète, qu'occupaient ses femmes.

La chambre de `Aïsha avait dix pieds de long, avec des murs en boue et le sol en terre. Elle avait un toit de chaume, de feuilles et de branches de datte. Le toit était si bas qu'on pouvait facilement le toucher. L''unique porte donnait sur la mosquée et était fermée par un simple rideau. Le mobilier consistait en un matelas, un oreiller de fibres de dattiers, un tapis, deux jarres, l'une pour les dattes, l'autre pour la farine, ainsi qu'une cruche pour l'eau et un bol. Il y avait aussi une lampe à huile, qui, faute d'huile, ne fonctionnait pas souvent.

La cour de la mosquée servait aussi de cour à la chambre. Pendant le mois de Ramadan, quand le Prophète s'assseyait pour l'Itikaf, il s'asseyait près de la chambre. Il mettait sa tête à l'interieur pour se faire coiffer les cheveux. S'il avait besoin de quelque chose, il tendait la main et `Aïsha le lui donnait.

8. Une éducation minutieuse commence

L'éducation d'Aïsha se fit sous les soins du meilleur professeur de l'histoire. Avec un but défini, le Prophète  commença à façonner l'esprit de la femme qui était destinée à transmettre et à interpréter ses enseignements au monde féminin.

Avec une ardeur étonnante, `Aïsha plaça ses remarquables talents au service de son éducation. Chacune des vertus humaines se trouvait achevée à la perfection dans la personnalité du Prophète. Dès que le Prophète entrait dans sa chambre, elle commençait à poser toutes sortes de questions. La porte de la chambre donnait sur la cour de la mosquée. Quand le Prophète  s'asseyait dans la mosquée pour enseigner aux gens et leur expliquer des choses, `Aïsha restait près de la porte et écoutait chaque mot qu'il disait. Le résultat était une connaissance étonnamment large et une profonde compréhension. Très peu de compagnons pouvaient égaler `Aïsha dans la compréhension du Qur'an et de la Sunna.

L'esprit de recherche de `Aïsha rendait un service permanent à l'Islam. Ses questions étaient la source de lumière à plusieurs problèmes importants. Voici quelques exemples :

Combattre pour la cause d'Allah est le devoir de tout musulman. Un jour `Aïsha demanda : « Ô Messager d'Allah, les femmes devraient-elles aller aux champs de bataille, tout comme les hommes ? »

« Non, le Pèlerinage est suffisant pour elles ! » répondit le Prophète.

Un jour, elle demanda : « Messager d'Allah, le consentement d'une femme est-il nécessaire avant le mariage ? » « Oui! », fut la réponse. « Mais les filles sont généralement trop timides pour exprimer leur consentement ! », continua `Aïsha. « Leur silence traduit leur consentement », expliqua le Prophète.

Une fois, le Prophète  déclara : « Suivez la voie du milieu. Essayer de rapprocher les gens. Dites leur qu'ils entreront au Paradis, non seulement par mérite, mais par la grâce Divine ! »

Cette annonce sonnait étrange aux oreilles de `Aïsha. Aussi, demanda t-elle : « Messager d'Allah, est-ce que cela s'applique à toi aussi ?» « Oui, répondit le Prophète, moi aussi je prie pour la faveur d'Allah et son pardon. »

Un jour, quelqu'un avait volé quelque chose appartenant à `Aïsha. Elle maudit le voleur. En entendant l'injure, le Prophète  dit : « N'enlève pas le péché de cette personne et ta propre récompense en proférant ces injures ! »

Cette éducation continuait jour et nuit. `Aïsha est entrée dans la maison du Prophète à neuf ans et elle avait 18 ans à sa mort. Elle a donc passé les neuf années les plus formatives d'une vie sous les soins affectueux du Prophète. Elle était la seule femme vierge qu'il avait épousée. Ses co-épouses étaient toutes des veuves, bien éduquées dans les manières, dans les maisons de leurs premiers maris. `Aïsha arriva au Prophète avec un esprit neuf et flexible.

9. L'Amour pour le Prophète

`Aïsha débordait d'amour pour son mari. Elle aimait le servir. Même quand elle avait une servante pour l'aider, elle préférait faire les choses de ses propres mains. Elle moulait elle même la farine, la pétrissait et faisait le pain. C'était elle qui faisait le lit et lavait le linge du Prophète. C'était elle qui préparait le Miswak et l'eau pour l'ablution.

La dévotion de `Aïsha était si grande qu'elle aimait tout ce qu'il aimait et détestait ce qu'il détestait.

Une fois, elle reçut un rideau imprimé à portraits d'hommes et d'animaux. La vue même du rideau fit rougir le Prophète. En demandant ce qui n'allait pas, le Prophète  dit : « Les anges n'entrent pas dans une maison où il y a des images d'hommes et d'animaux. » `Aïsha enleva immédiatement les rideaux.

Un jour, un compagnon devait donner une fête de mariage, mais n'avait pas d'argent pour le faire. Il rechercha l'aide du Prophète. « Allez chez `Aïsha, dit-il, et dites-lui de vous donner un panier de grains. » `Aïsha obéit, bien que cela la laissât sans nourriture pour la nuit.

La dévotion de `Aïsha était telle que l'absence du Prophète la rendait inquiète. Elle se leva une nuit, et ne trouvant pas le Prophète dans son lit, commença à tâtonner dans l'obscurité. Sa main toucha son pied. Elle comprit qu'il était occupé dans la prière. Une autre fois, elle fut réveillé par le bruit de la porte. « Le Prophète est parti », pensa-t-elle. « Mais où pourrait-il aller ? Peut-être chez une autre femme ! » `Aïsha le suivit furtivement. Il se dirigea vers le cimetière de Médine et s'abandonna aux prières. « Puissent mes parents mourir pour lui! » soupira `Aïsha. « Comme la réalité était loin de mon imagination ! » Il arrivait fréquemment que le Prophète  s'endormait sa tête sur les genoux de `Aïsha. Elle ne bougeait pas pour ne pas déranger son sommeil.

10. L'épouse préférée du Prophète

L'Amour de `Aïsha était pleinement récompensé. De toutes les femmes, elle était la préférée. Dans toute chose, le Prophète  traitait ses femmes de manière égale, mais il ne pouvait leur rendre un amour équivalent. En cela, `Aïsha dépassait les autres. C'est pourquoi le Prophète disait souvent : « Seigneur, je fais avec justice tout ce qui est en mon pouvoir, mais pardonne-moi pour ce qui est au dessus de mon contrôle ! »

Du pain trempé dans la soupe était le plat préféré des arabes de cette époque. Le Prophète comparait Aisha à ce plat. Une fois, il déclara : « Parmi les hommes, beaucoup ont atteint la perfection, mais parmi les femmes, Marie fille d'Imran et Assya femme de pharaon, sont les seuls exemples. Aisha a la même supériorité sur les femmes que le taourid sur les autres plats. »

Une fois, Amr ibn al-As demanda au Prophète : « Messager d'Allah ! Qui aimez vous le plus ? » « `Aïsha », fut la réponse. « Ô Messager d'Allah, ma question concernait les hommes. » « Le père d'Aïsha », répondit le Prophète.

Une fois, `Aïsha accompagna le Prophète au cours d'un voyage. Le chameau sur lequel elle était montée s'échappa et s'enfuit avec elle. Cela rendit le Prophète si agité, qu'il cria : « Ô ma femme ! » Tant que le chameau ne fut pas pris, il était inquiet.

Les compagnons connaissaient l'attention spéciale du Prophète pour Aisha. Ils envoyèrent généralement de la nourriture le jour où il était chez `Aïsha. Les co-épouses n'appréciaient pas cela. Elles poussèrent Fatima, la fille du Prophète, à transmettre leur point de vue à son père. Elle lui parla de la question, mais la réponse fut : « Ô Fatima, j'aime celle que vous n'aimez pas ! »

La remarque fit taire Fatima. Sa belle mère la poussa une nouvelle fois à faire un deuxième essai, mais elle refusa. A la fin, les co-épouses persuadèrent l'une d'entre elles, Um Salma de porter le problème au Prophète. Elle était une femme de tact. Trouvant une occasion un jour, elle posa le cas au Prophète. « Oum Salma, répondit il, ne dis rien contre Aisha. Elle est la seule femme dans le lit de laquelle, j'ai reçu une Révélation. »

Un jour de l'Aid, des noirs d'Abyssinie se livraient à la gaieté. Ils s'entrainaient avec des lances. `Aïsha voulait voir le spectacle. Le Prophète  se mit debout devant elle afin qu'elle puisse voir d'au dessus de ses épaules. Il resta debout ainsi aussi longtemps que `Aïsha fut interessée par le spectacle.

Une fois, un voisin perse invita le Prophète  à diner. « Est ce que `Aïsha est invitée ? » demanda-t-il. « Non », répondit l'homme. « Je ne peux pas accepter l'invitation », dit alors le Prophète. L'homme revint et offrit une invitation à `Aïsha aussi. Cette fois, l'invitation fut acceptée et tous deux allèrent ensemble au dîner.

Au retour du pélerinage de l'Adieu, ' Aisha refusa d'alourdir son chameau avec les bagages d'une autre épouse comme le lui a demandé le Prophète. Celui ci lui proposa : « Veux-tu que Abu Ubayda arbitre entre nous ? – Non dit-elle, il ne me donnera jamais raison contre toi ! – Alors 'Umar ? Proposa-t-il. – Oh non ! J'ai peur de lui ! Même Satan a peur de lui ! – Eh bien, veux-tu que ce soit ton père, Abu Bakr ? » Elle y consentit et on fit appeler Abu Bakr , qui, apprenant la cause de l'incident et l'entêtement de sa fille avant même que le Prophète n'ait terminé son exposé et que Aisha puisse défendre sa cause – leva la main et la gifla… Le Prophète  l'arrêta en disant : « Je n'ai pas voulu cela. » Il se leva et lava de ses mains le visage et la robe de sa jeune épouse. [Rapporté par Bukhârî]

Une autre fois, `Aïsha était avec le Prophète lors d'un voyage. Les compagnons étaient tous devant et eux, très en arrière. « Faisons une course ! », suggéra le Prophète. Ils coururent et `Aïsha gagna parce qu'elle était plus mince. Des années plus tard, `Aïsha perdit parce qu'elle avait grossi. «`Aïsha, dit le Prophète, nous sommes à égalité maintenant ! »

Une fois elle demanda au Prophète  « Comment est ton amour pour moi ? ».
Il lui répondit : « Comme le nœud de la corde », voulant ainsi dire qu'il était fort et sûr.
A maintes reprises ensuite elle lui demanda comment était le nœud, il lui répondait : « Toujours inchangé ».

11. Le vrai secret

Certains pensaient que l'amour du Prophète  pour `Aïsha était dû à sa beauté. il est vrai que `Aïsha était jolie. Elle avait un beau teint et un corps mince. Mais quelques co-épouses étaient plus jolies. Zaynab, Jouwayriya et Safya étaient décidément bien plus belles qu'elle. Le vrai secret de l'amour du Prophète ne devrait pas être cherché dans le charme physique mais dans les hautes qualités de `Aïsha.

Ce point de vue se renforce quand on se souvient que le Prophète aimait évoquer la mémoire de sa défunte femme, Khadija. Sa mémoire était encore si chère à son coeur, qu'il parlait toujours d'elle avec les mots les plus gentils, à tel point que `Aïsha l'enviait. Une fois, le Prophète commença à louer sa mémoire pendant un long moment. A cela, `Aïsha dit : « Ô Messager d'Allah, pourquoi autant parler d'une vieille femme Qouraïchite ? Allah vous a donné de meilleures femmes. »

Le Prophète changea de couleur et lui dit : « Elle fut l'épouse qui a cru en moi quand d'autres m'ont rejeté. Quand les gens m'accusaient de mentir, elle a affirmé ma sincérité. Quand j'ai été abandonné, elle a dépensé sa richesse pour soulager le poids de ma douleur. Elle m'a donné des enfants alors que les autres femmes ne m'en ont pas donnés»

Ces faits montrent que seulement les hautes qualités de caractère pouvaient compter pour `Aïsha, dans l'esprit du Prophète. Elle était douée de talents extraordinaires que l'éducation et l'instruction avaient développés à l'extrême. Tout ceci faisait de `Aïsha la femme la plus accomplie du siècle et donc la femme favorite du Prophète.

12. Dévotion pour Allah

Si `Aïsha aimait quelqu'un plus que le Prophète , c'était Allah le Tout-Puissant. En cela, comme en d’autres choses, elle suivait l'exemple du Prophète lui-même.

Le Prophète aimait `Aïsha plus que tout autre. Mais cet amour n'était rien en comparaison de son amour pour Allah. `Aïsha elle-même disait qu'aussitôt que se faisait l'appel à la prière, il se levait et s'en allait comme s'il n'avait rien à faire avec elle. Au moment où il entrait dans la maison il disait : « Si un homme obtient deux vallées pleines d'or, il en aurait désiré encore une autre. Seule la poussière peut remplir son ventre. Allah a crée plusieurs formes de richesse pour lesquelles nous le remercions et que nous donnons aux pauvres. Allah se penche vers celui qui se penche à lui. »

Le but de cette constante déclaration était de rappeler à sa famille que les richesses de ce monde ne comptaient pas.

Même chez lui, le Prophète  était souvent pris dans le souvenir d'Allah. Quand il rentrait de la prière du soir, il se brossait les dents avec du miswak et se mettait au lit. Au milieu de la nuit, il se levait et commençait à prier. Avant l'aube, il réveillait `Aïsha qui le rejoignait dans la prière. Après l'aube, il offrait deux rakaats de la prière du matin. Ensuite, il s'allongeait sur son côté pendant quelques minutes et se rendait à la mosquée pour la prière. Il n'était pas rare pour le Prophète  et `Aïsha de passer toute la nuit en prières, pleurant et demandant le pardon d'Allah. Pendant ces prières, le Prophète récitait de longs chapitres du Coran.

Le Prophète  jeûnait très souvent. `Aïsha aussi jeûnait avec lui. Pendant les dix derniers jours de Ramadan, le Prophète s'asseyait dans la mosquée pour l'Itikaf. On dressait une tente pour lui dans la cour de la mosquée. Quelques fois, `Aïsha aussi s'asseyait pour l'Itikaf et une tente séparée était dressée pour elle.

Cet acte rendit `Aïsha profondément pieuse. Même après la mort du Prophète, la prière et le jeûne étaient les deux choses les plus chères à `Aïsha. Une fois elle jeûna la veille de la fête du sacrifice, il faisait extrêmement chaud et elle perdit connaissance. Les gens vidèrent de l'eau sur sa tête. Quelqu'un suggéra qu'elle rompe le jeûne. Elle répondit : « Comment puis-je faire cela ? J'ai entendu le Messager d'Allah dire que jeûner ce jour lave les péchés de l'année précédente. »

`Aïsha ne manquait jamais son Hajj annuel, parce qu'elle avait entendu le Messager d'Allah dire que le Pèlerinage à la Mecque apporte la même récompense aux femmes que la guerre sainte aux hommes.

Le Prophète  ne se souciait jamais de garder quoi que ce soit. `Aïsha a suivi fidèlement cette pratique durant toute sa vie. Elle recevait une bonne pension de la part des Califes mais elle la distribuait aussitôt aux nécessiteux.

13. Les relations humaines

`Aïsha avait de très bonne relations avec tous les membres de la famille du Prophète. Elle devait traiter avec huit co-épouses. Mais elle n'avait que de la bienveillance pour toutes.

Sawdah était en si bon termes avec `Aïsha, qu'elle lui céda volontairement son tour. Concernant Hafsa, elle avait des relations de soeur.

Umm Salma, comme `Aïsha, était remarquable par ses qualités intellectuelles. Malgré son âge avancé, le Prophète avait une grande attention pour elle. Et il y avait une parfaite entente entre elle et `Aïsha.

Juwayriyya était la plus attirante. Quand elle est entrée dans la maison du Prophète, `Aïsha craignait qu'elle n'attire en premier l'attention du Prophète. Mais sa crainte était malfondée. Aisha continuait à occuper la première place dans le coeur du Prophète.

Zaynab était la cousine du Prophète et se considérait la plus importante de toutes les femmes. Elle se mettait en colère facilement. Une nuit, elle était assise chez `Aïsha. Il n'y avait pas de lumière. Le Prophète entra et se dirigea vers Zaynab. `Aïsha s'écria : « C'est Zaynab ! » Ce qui rendit celle-ci furieuse. Elle dit beaucoup de choses peu aimables sur Aisha qui rétorqua. Mais la discussion s'arrêta là. Elles ne manifestèrent plus de mauvaise volonté l'une envers l'autre.

Une fois, Zaynab appela Safiya « une juive ». Cela déplut tellement au Prophète qu'il ne parla plus à Zaynab pendant deux mois. A la fin, Zaynab rechercha l'aide de `Aïsha. Elle traita le sujet avec une telle habilité, que la faute de Zaynab fut pardonnée.

Quand les hypocrites portèrent une fausse accusation sur `Aïsha, le Prophète rechercha l'opinion de Zaynab. « Je ne vois que de la vertu en `Aïsha », déclara Zaynab.

A la mort de Zaynab, voici ce qu'à dit `Aïsha : « Je n'ai pas connu de femme plus honnête, plus religieuse, plus pieuse, plus véridique, plus généreuse et qui craigne le plus Allah que Zaynab. Elle se mettait facilement en colère, mais elle s'excusait toujours par la suite. »

L'opinion de `Aïsha sur Maymuna : « Elle était la plus pieuse de nous »

Quand Umm Habiba était sur le point de mourir, elle fit appeler `Aïsha et dit : « En vivant ensemble, il est naturel que des désaccords surgissent quelquefois. S'il te plait, oublie et pardonne ce qui a pu y avoir !» « Qu'Allah te pardonne et te libère de tout blâme ! » répondit `Aïsha.

« Tu m'a rendue heureuse à la fin de ma vie, dit la femme mourante, qu'Allah te rende toujours heureuse ! »

Au sujet de Safya, elle disait : « C'est la meilleure cuisinière que j'ai connue. »

Bref, `Aïsha rendait à chaque co-épouse ce qui lui était dû. Avec un esprit ouvert, elle appréciait les vertus de chacune. Il était naturel que des mésententes se produisaient quelquefois, mais elles n'étaient que passagères.

`Aïsha n'avait pas d'enfant d'elle même. Il était d'usage en Arabie d'être appelé par le père ou la mère d'un tel. Ces noms étaient une marque de noblesse. `Aïsha s'occupa tellement de son neuveu Abdullah que le Prophète la surnomma « Umm Abdullah ». `Aïsha adopta et éleva également une fille Ansari. Quand elle fut grande, elle la donna en mariage.

`Aïsha avait aussi quatre belles-filles. Elles étaient toutes plus âgées qu'elle ; la plus jeune, Fatima, avait cinq ans de plus qu'elle. Zaynab, Ruqiyya, Umm Kalthoum étaient déjà mariées quand `Aïsha entra chez le Prophète. Fatima se maria un an plus tard. Toutes deux vivaient ensemble très amicalement.

`Aïsha s'est beaucoup occupé du mariage de Fatima. C'est elle qui a plâtré les murs de sa maison, rembourré les oreillers avec des fibres de dattes et préparé ce qu'elle allait avoir comme dot. Quand le marié arriva, `Aïsha lui offrit des dattes et des raisins. Après cela, `Aïsha disait souvent : « Je n'ai jamais vu un meilleur mariage que celui là .»

`Aïsha avait la plus grande admiration pour Fatima. Voici ce qu'elle pensait de Fatima : « A la seule exception de son père, je ne connais personne, meilleure que Fatima. Elle ressemblait beaucoup à son père en tout. Quand elle visitait son père, il se mettait debout immédiatement, lui baisait la main et lui laissait sa place. De la même façon, quand il allait la voir, elle se levait, l'embrassait et lui cédait sa place. »

5. Hafsa bint Omar Ibn Khattab

Hafsa  était la fille de 'Umar ibn Al-Khattâb, mecquois de la tribu des Adî. Sa Mère s'appelait Zaynab bint Maz'ûn. Elle est née cinq années avant la Révélation, la même année que Fâtima, la fille du Prophète.

Le veuvage de Hafsa

Hafsa était mariée à Khunays Ibn Hudhâfa Ibn Qays. Celui ci émigra d'abord en Abyssinie et ensuite à Médine. Il participa à la bataille de Badr et à celle d'Uhud où il fut grièvement blessé. Il mourut quelques temps après à la suite de ses blessures. Il laissa ainsi Hafsa, fille de Umar Ibn Khattab, veuve alors qu'elle n'avait que dix-huit ans.

Umar était triste de voir sa fille, si jeune, vivre dans le veuvage. Chaque fois qu'il rentrait à la maison, il ne supportait de la regarder si belle et si agile, condamnée à demeurer sans foyer. Ce fut alors qu'il décida de lui choisir un mari digne d'elle. Il jeta son dévolu sur Abu Bakr, l'ami intime de l'Envoyé de Dieu.

Abu Bakr écouta la proposition de Umar avec tendresse et sympathie. Cependant, il se tut et ne lui donna aucune réponse, ce qui était considéré comme un refus. Umar s'étonna que son ami n'accepte pas sa fille alors que c'était lui même qui la lui proposait. Umar contint sa colère. Il se tourna vers Uthman Ibn Affan dont la femme Ruqiyya, fille du Prophète, venait de mourir des suites d'une longue maladie. Malheureusement, Uthman lui dit :

– Je ne veux pas me marier pour le moment.

Cette fois, Umar laissa éclater sa colère. Il ne pouvait accepter deux refus successifs. Il se dirigea alors vers le Prophète  pour se plaindre de ses deux Compagnons et lui déclarer :

– Comment, lui dit-il, refuser d'épouser Hafsa alors qu'elle est en pleine jeunesse et en pleine forme ?

Le Prophète  sourit et répondit :

– Hafsa épousera un homme meilleur que Uthman et celui ci épousera une femme meilleur que Hafsa.

Umar comprit alors que Muhammed  désirait épouser sa fille. Il bondit de joie et serra fortement la main du Prophète en signe de remerciement. C'est ainsi que les malheurs de Hafsa avaient pris fin et que le Prophète  créa un lien de parenté avec son amis Umar.

Quelques tensions

Hafsa arriva dans la maison du Prophète, où vivaient déjà Sawdah et Aïcha. Si la première manifesta sa satisfaction, la seconde s'inquiétait de voir l'arrivé d'une épouse aussi jeune qu'elle et intelligente. Mais, en fin de compte, elle la prit pour amie et confidente.

Hafsa accepta volontiers l'amitié de Aisha d'autant plus que le nombre des épouses du Prophète augmentait. Il est vrai que son père, Umar, la mit en garde contre une éventuelle rivalité avec Aisha.

– Sache que tu n'es rien devant Aisha et ton père n'est rien devant le sien, lui dit-il avec modestie et humilité.

Un jour que 'Umar faisait des reproches à son épouse, celle-ci lui répondit sur un ton auquel il n'était pas habitué. Il lui demanda la raison de ce comportement nouveau et elle lui apprit que les Épouses du Prophète  lui répliquaient et considérait donc qu'elle pouvait en faire autant !

Parlant de Hafsa, elle ajouta : « II y en a une qui, du matin au soir, lui dit tout ce qu'elle pense sans hésiter. » 'Umar, préoccupé, se rendit auprès de Hafsa et l'interrogea à ce sujet. Hafsa lui confirma ce qu'avait dit sa mère. Devant sa réponse affirmative, il s'emporta en lui disant :

– Je te mets en garde contre le châtiment de Dieu et la colère de Son Messager. Que ta beauté ne te trompe pas. Si c'était moi, je t'aurai répudiée.

C'est à dire qu'il lui ordonna d'être soumise et obéissante.

L'affaire de Maria, la copte :

Un jour, Maria vint voir le Prophète  pour une affaire la concernant. Il s'isola avec elle dans la chambre de hafsa qui était absente, en visite chez son père. En revenant à l'improviste, elle souleva le rideau de son lieu de séjour et vit les deux conjoints en discussion. Elle attendit le départ de Maria. Cette attente lui parut longue car elle se sentait debout sur des charbons ardents. Elle entra dans sa chambre et dit à son mari :

– J'ai vu qui était avec toi dans ma chambre. Si je ne t'avais pas aperçu, tu aurais eu des rapports avec elle alors qu'elle n'en avait pas le droit.

Elle lui fit une scène terrible et ne cessa de lui faire des reproches jusqu'à ce que son époux lui promette de ne plus avoir de rapports intimes avec Maria. Il lui demanda, en contre partie de garder secrètement cet événement. Cependant, Hafsa ne pouvait pas garder de secret pour 'Aisha. Elle lui dévoila ce dont elle avait été témoin et la promesse que lui a fait le Prophète. Cela ne fit qu'attiser la jalousie de Aisha et des autres femmes qui en voulaient à Maria d'avoir pris un tour intime qui ne lui appartenait pas.

Selon des commentateurs, ce serait en cette circonstance que Dieu révéla la sourate at-Tahrim (Le Prophète avait promis de se priver des relations avec Maria). D'autres disent que c'est plutôt au sujet de ce complot ourdi par Sawdha, Aisha et Hafsa qui firent croire que sa bouche dégageait une mauvaise odeur à la suite de la consommation de miel chez Zaynab (Il avait juré de se privé de miel)

La sourate at-Tahrim (l'Interdiction) :

– Ô Prophète! Pourquoi, en recherchant l´agrément de tes femmes, t´interdis-tu ce qu´Allah t´a rendu licite? Et Allah est Pardonneur, Très Miséricordieux.

– Allah vous a prescrit certes, de vous libérer de vos serments. Allah est votre Maître; et c´est Lui l´Omniscient, le Sage.

– Lorsque le Prophète confia un secret à l´une de ses épouses et qu´elle l´eut divulgué et qu´Allah l´en eut informé, celui-ci en fit connaître une partie et passa sur une partie. Puis, quand il l´en eut informée elle dit: « Qui t´en a donné nouvelle? » Il dit: « C´est l´Omniscient, le Parfaitement Connaisseur qui m´en a avisé ».

– Si vous vous repentez à Allah c´est que vos coeurs ont fléchi. Mais si vous vous soutenez l´une l´autre contre le Prophète, alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les vertueux d´entre les croyants, et les Anges sont par surcroît [son] soutien.

– S´Ils vous répudie, il se peut que Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous, musulmanes, croyantes, obéissantes, repentantes, adoratrices, jeûneuses, déjà mariées ou vierges. (Coran 66)

La Répudiation de Hafsa

Ce fut en cette occasion que le Prophète , ayant appris que son secret avait été dévoilé, rompit momentanément avec toutes ses femmes. Les commentateurs affirment que le Prophète  avait effectivement répudié Hafsa (talaq raj'i), puis la ramena. Diverses versions expliquent les circonstances de ce retour. L'une dit que ce fut par miséricorde pour Umar qui couvrit sa tête de terre en s'exclamant :

– Quel énorme poids supporte Dieu à cause de Umar et de sa fille !

Gabriel descendit alors, le lendemain, auprès de l'Envoyé de Dieu et lui dit :

– Dieu t'ordonne de ramener Hafsa par miséricorde pour Umar.

Selon une autre version, Gabriel se présenta devant le Prophète et lui dit :

– Ramène Hafsa car c'est une femme droite et elle sera ton épouse au Paradis.

Cette répudiation eut lieu avant celle qui eut pour conséquence la révolte de Aisha qui entraina les autres femmes sur son sillage. Le Prophète  avaient isolées toutes ses épouses. Cette fois encore, Hafsa regretta amèrement d'avoir divulgué le secret que son époux lui avait confié, de la même manière qu'elle déplora d'avoir participé à un complot contre son époux, qui ne le méritait pas. Elle ne pouvait agir autrement, elle qui était une femme pieuse et adoratrice.

Son père lui avait dit que l'Envoyé de Dieu  l'avait répudiée deux fois. S'il le refaisait une troisième, il ne lui adresserait plus la parole. Entre temps, Umar se rendit chez le Prophète. Il demanda la permission d'entrer en précisant au portier qu'il ne venait pas voir son maître pour résoudre le problème de sa fille. Quant à cette dernière, il disait d'elle :

– Par Dieu ! S'il m'ordonnait de lui trancher le cou, je le ferai sur le champ.

L'Envoyé de Dieu  entendit ces paroles qui l'émurent. Aussi, ordonna-t-il de l'introduire. Umar sanglota en voyant le tapis sur lequel l'Envoyé de Dieu était allongé. Il n'avait devant lui qu'un morceau de pain en orge. Umar lui dit :

– Ô Envoyé de Dieu ! Que l'état de ces femmes ne te chagrine pas. Si tu les répudies, Dieu sera avec toi. Il en sera ainsi des anges, de Gabriel, de Mikael, de moi, d'Abu Bakr et de tous les croyants.

Le Prophète sourit en lui disant qu'il n'avait pas répudié ses épouses mais qu'il ne décidait que de leur isolement. Ceci rendit la tranquillité dans l'âme de Umar.

Le précieux dépôt

Après la mort du Prophète , ce fut Hafsa qui a été chargée de garder la copie écrite du Coran. En effet, Umar conseilla à Abu Bakr, devenu le premier calife de l'Islam, de réunir en un livre tous les versets du Coran éparpillés ici et là. Il ne fallait pas que le Livre sacré disparaisse des mémoires, d'autant que des centaines de lecteurs du Coran étaient morts dans les batailles livrées contre l'ennemi, en particulier les apostats. Abu Bakr suivit le conseil de Umar. Il désigna une commission qui se chargea de rassembler tous les écrits et tout ce que les musulmans avaient gardé dans leur mémoire. Lorsque la tâche fut terminée, le document fut remis à Hafsa, fille de Umar.

En l'an XIII, Abu Bakr mourut. Son successeur, Umar, prit le titre d'Emir des croyants. Ainsi, Hafsa fut témoin de l'expansion de l'Islam sous le califat de son père. De la même manière qu'elle fut témoin de son assassinat. Umar fut poignardé mortellement par Abu Lu'Lua al-Majusi, le mois de Dhu-l-Hijja, an XXIII de l'Hégire.

Hafsa ne participa à aucune bataille dans les dissensions musulmanes. Elle demeura à Médine, s'adonnant au culte de Dieu avec une grande dévotion. Elle mourut sous le califat de Mu'awiyya. Elle fut enterrée dans le cimetière al-Baqi', avec les autres Mères des croyants.

6. Zaynab bint Khazîmah

Quelques temps après le mariage de Hafsa, une autre veuve, Zaynab bint Khazima Ibn-l-Harith  fit son entrée dans la maison du Prophète . De sa biographie, l'histoire n'a retenu que peu de versions d'ailleurs contradictoires.

Le Prophète  l'épousa au mois de ramadan, après avoir été divorcée de Tufayl Ibn al-Harith. On ne sait pas exactement combien de temps elle resta auprès de son mari. Les uns disent qu'elle vécut auprès de lui deux ou trois mois, puis mourut. D'autres disent qu'elle vécut huit mois avant de rentre l'âme. Quoiqu'il en soit, elle ne connut les liens conjugaux que pendant un délai relativement court.

Si les écrits des historiens divergent sur la longévité de Zaynab auprès du Prophète, par contre, ils sont tous d'accord sur la description de son portrait moral. Elle est décrite comme une femme bonne, généreuse et très compatissante envers les pauvres. Il n'y a pas un livre qui mentionne son nom, sans y ajouter « Umm l Masakin » (La mère des indigents)

Dans la sira d'ibn Hicham, elle est ainsi décrite : « Elle était appelée Umm-l-Masakin parce qu'elle les nourrissait et distribuait des aumônes en leur nom. »

Zaynab  est morte alors qu'elle n'avait que trente ans. Le Prophète  pria sur sa tombe et l'enterra dans le cimetière de Baqi'. Elle rendit l'âme, compatissante envers les pauvres et satisfaite de son sort. Elle ne connut ni convoitise ni jalousie. Ce fut la première des Mères des croyants à avoir été ensevelie en ce lieu. Ce fut la seconde femme, après as-sayida Khadija , à mourir du vivant du Prophète

7. Umm Salma

1. Son Mariage avec Abu Salma

Après la mort de Zaynab, la mère des pauvres, le Prophète  épousa quelques temps après, Umm Salma  qui occupa la chambre de la défunte.

Umm Salma appartenait à une grande famille Qurayshite. Son nom complet est : Hind Bint Abu Ummiyya Ibn al-Mughira Ibn Abd Allah Ibn Umar Ibn Makhzum al- Qurayshiyya al-Makhzumiyya. En outre, c'était une femme à la fois belle et intelligente.

Umm Salma était mariée auparavant à Abu Salma Abd Allah Ibn Abd al-Asad, Compagnon du Prophète qui avait émigré en Abyssinie et ensuite à Médine. Il était le fils de la tante maternelle de l'Envoyé de Dieu.

Abu Salma avait un passé glorieux dans l'histoire de l'Islam. Il était au nombre des dix premiers émigrants en Abyssinie. Ce fut sur cette terre étrangère que Hind accoucha d'une fille nommée « Salma », d'où son nom d'Umm Salma. La mari retourna à la Mecque à la fin du blocus de la famille du Prophète, une fois que la proclamation établissant leur isolement avait été déchirée par des volontaires qui ne supportaient plus cette injustice. Il connut donc les persécutions des idolâtres.

Aussi, l'Envoyé de Dieu  autorisa les Compagnons d'émigrer à Yathrib (Médine), après le grand serment d'allégeance d'al-Aqaba. Abu Salma ramena sa famille à La Mecque.

2. Séparation avec son mari et émigration à Médine

Umm Salma raconta elle même les péripéties de leur départ de la Mecque. Son père la fit monter sur un chameau ainsi que son fils. Lorsque des membres de la famille des Banu Mughira les virent, ils s'interposèrent au départ d'une femme de leur clan. Aussi, s'emparèrent-ils violemment d'Umm Salma. Ce fut ainsi que son mari rejoignit Médine seul, sans son épouse. Depuis, elle sortait tous les matins et s'asseyait sur une colline de la Mecque, scrutant l'horizon et pleurant jusqu'à la tombée de la nuit.

Cette situation dura jusqu'au jour où un de ses oncles paternels, membre du clan des Banu Mughira, passa devant elle et vit dans quel état elle se trouvait. Il eut pitié d'elle. Aussi intercéda-t-il auprès des notables de son clan pour leur demander de libérer cette pauvre femme qu'ils avaient séparée de son mari et de son fils. Il insista tant et si bien qu'ils finirent par céder : « Rejoins ton mari, si tel est ton désir », lui dirent-ils.

Les Banu Abd al-Asad, clan de la mère, lui rendirent son fils. Umm Salma monta sur un chameau, mit son enfant sur ses genoux et partit, toute seule, sans aucune compagnie, vers Médine où elle devait retrouver son époux. En cours de route, Umm Salma rencontra Uthman Ibn Talha qui lui demanda où elle allait. L'ayant informé qu'elle se disposait à rejoindre son mari à Médine, il s'étonna de la voir entreprendre ce long voyage, isolée du monde.

– Je ne suis accompagné par personne, lui dit-elle. Je n'ai avec moi que Dieu et mon fils.

Elle dit de cet homme : « Par Dieu ! Je n'ai jamais été accompagné par un homme d'entre les Arabes aussi généreux ».

Il est vrai qu'il renonça à toutes ses affaires, prit les rênes du chameau et la conduisit jusqu'à Médine. En arrivant près du village des Banu Umar Ibn Awf, il lui dit :

– Ton mari se trouve dans ce village. Rentre chez lui avec la bénédiction de Dieu. Ensuite, il retourna à la Mecque.

Umm Salma a été ainsi une des premières femmes à émigrer à Médine. De la même manière que son mari a été le premier Compagnon à s’y rendre.

3. La Mort d’Abu Salma

Dès lors, Umm Salma s’occupa de l’éducation de ses enfants tandis que son époux avait le champ libre pour participer au jihâd. Il participa à la bataille de Badr. Il était parmi les trois cents quatorze combattants qui affrontèrent un ennemi trois fois plus nombreux. Il était aussi au nombre des musulmans qui combattirent à Uhud où il fut blessé. Au fil du temps, sa blessure s’aggrava. Il mourut en l’an VI de l’Hégire. Le Prophète  demeura à son chevet jusqu’à ce qu’il rendit l’âme. Il lui ferma les yeux et fit la prière des morts. A cette occasion, il accomplit neuf takbirat, soit plus qu’il n’en faut. Des Compagnons lui demandèrent,  étonnés :

– Ô Envoyé de Dieu ! Est-ce une omission ou un oubli de ta part ?
– Ce n’est ni une omission, ni un oubli. Quand bien même aurais je fais mille takbirat, il le méritait certainement, répondit-il.

Avant de mourir, Abu Salma fit cette prière : Seigneur Dieu ! Que quelqu’un de bien me remplace dans ma famille. On peut dire que Dieu exauça son vœu puisque c’est le Prophète  qui épousa Umm Salma.

4. Son mariage avec le Prophète

Quand la période de viduité d’Umm Salma prit fin, beaucoup de Compagnons demandèrent sa main, parmi lesquels Abu Bakr et Umar Ibn Khattab. Cependant, elle déclina leur demande. Après eux, le Prophète envoya quelqu’un la demander en mariage. Umm Salma aurait bien voulu accepter cet honneur mais elle considérait qu’elle n’était plus jeune, qu’elle avait des enfants et donc qu’elle ne pouvait pas faire partie de la maison du Prophète aux côtés de femmes aussi jeunes que Aisha et Hafsa.

L’Envoyé de Dieu  lui fit répondre :

– Je suis plus âgé que toi. Quant à la jalousie, Dieu la fera disparaitre de toi. Quant à ton entretien matériel et de celle de tes enfants, Dieu et Son Messager s’en chargeront.

Umm Salma n’avait d’autre choix que de répondre affirmativement. Le mariage fut célébré au mois de Shawal an IV de l’Hégire. Elle laissa sa fille, encore enfant, entre les mains d’une nourrice afin de s’occuper plus librement des charges de sa nouvelle vie. Elle commença par se montrer généreuse à l’égard des enfants de son ancien époux et qui étaient aussi les siens. Aussi demanda-t-elle au prophète :

– Ô Envoyé de Dieu ! Est-ce que j’ai une récompense en dépensant au profit des enfants de Abu Salma, qui sont aussi les miens ? La réponse a été, bien entendu, favorable.

Umm Salma était une femme qui n’avait pas froid aux yeux. Elle défendait ses idées et n’admettait pas que quelqu’un interfère dans sa vie privée. Ce fut ainsi qu’elle apostropha une fois Umar Ibn al-Khattab en lui disant :

– C’est étrange, Ô Umar Ibn Khattab ! Tu te mêles de tout au point que tu veuilles aussi intervenir dans les affaires concernant l’Envoyé de Dieu et ses épouses.

Elle se tint ces propos que parce qu’elle savait que sa place auprès du Prophète et au sein de sa maison était des plus confortables car son mari la considérait comme un membre de sa famille, occupant un rang égal à tous les autres.

Elle et ses enfants sont des composantes de la Maison du Prophète

Un jour, Umm Salma se trouvait chez le Prophète. Elle avait avec elle sa fille, Zaynab. Entre temps, Fatima as-Zahra entra avec ses deux fils, Hassan et Hussein. Le Prophète serra sa fille et les deux garçons contre sa poitrine, en disant :

– Que la miséricorde de Dieu et sa bénédiction soient sur vous, Ô membres de la Maison ! Que Dieu soit béni et glorifié !

A cet instant, Umm Salma se mit à pleurer. Son époux la regarda en lui demandant ce qui la faisait pleurer.

– Ô Envoyé de Dieu ! Tu a serré contre toi ta fille et tes petits enfants, tandis que tu t’es détourné de moi et de ma fille.

Elle reçut cette réponse avec une grande joie :

– Vous êtes, toi et ta fille, des membres de la Maison.

En effet, le Prophète  comptait les enfants d’Umm Salma au nombre des membres de sa Maison. Il prit soin de Zaynab, la fille de son épouse et s’occupa d’elle sans discontinuité. Ce fut lui-même qui la maria. De la même manière, il porta une grande attention à Umar et Durrah, fils et fille d’Umm Salma. Il ne faisait aucun doute pour celle-ci qu’elle-même et ses enfants appartenaient à la grande famille de l’Envoyé de Dieu.

5. Conseillère du prophète

En l’an VI de l’hégire, Umm Salma accompagna le Prophète  quand il partit en direction de la Mecque pour accomplir la Umra. C’était l’époque où les associateurs de Quraysh s’opposèrent à son entrée dans leur ville et où avait été conclu le pacte de Hudaybiyya. Umm Salma joua, en cette circonstance, un rôle éminent mentionné dans les livres d’histoire sur l’islam.

Les compagnons manifestèrent leur déception en prenant connaissance du contenu du pacte car ils considéraient que ses clauses allaient dans le sens des intérêts des idolâtres. Ils ne comprenaient que l’Envoyé de Dieu  puisse accepter les conditions des associateurs. Umar Ibn Khattab était le plus virulent des opposants à ce pacte. L’atmosphère était tendue d’autant plus qu’aucun des Compagnons ne daigna répondre favorablement à l’ordre donné par le Prophète.

En effet, quand il leur demanda d’immoler leurs bêtes et de couper leurs cheveux, rites inhérents à l’accomplissement de la Umra, personne ne s’exécuta malgré que l’Envoyé de Dieu lança cet appel à trois reprises.

Dépité, le Prophète  rejoignit Umm Salma. Sachant de quoi il retournait, elle le conseilla de sortir et, sans adresser la parole à personne, d’immoler sa bête, puis d’appeler son coiffeur pour lui raser les cheveux. L’Envoyé de Dieu  suivit le conseil de sa femme. En voyant cette scène, les musulmans se mirent à sacrifier leurs bétails. Après quoi, les uns rasèrent les cheveux des autres.

Les croyants sauront, plus tard, que le traité de Hudaybiyya était un avantage pour leur Communauté. En effet, exploitant la trêve, ils redoublèrent d’efforts pour diffuser les enseignements de l’Islam. Depuis la conclusion du pacte, le nombre de musulmans doubla.

Umm Salma eut d’autres occasions d’accompagner le Prophète  dans ses expéditions militaires. Il en fut ainsi à Khaybar, lors de la conquête de la Mecque, le blocus de Tayf, puis lors du pèlerinage d’adieu, en l’an XI de l’Hégire.

6. Partisane de Ali

Lors de la grande fitna, Umm Salma prit position au côté d’Ali . Elle aurait souhaité prendre elle-même  part à la bataille. Cependant, se disait-elle, en tant que Mère des croyants, il ne lui était pas possible de subir une telle épreuve. Il n’en demeurait pas moins qu’elle se rendit chez Ali en lui proposant d’incorporer son fils Umar dans ses troupes. Elle lui dit :

– Ô Ali ! Si je n’avais pas crains de désobéir à Dieu, j’aurais été avec toi dans le champ de bataille. Mais voici mon fils Umar qui est, pour moi, plus précieux que ma personne.

Dieu la garda en vie et elle put ainsi être témoin des épreuves qu’il fit subir à la Communauté musulmane. Elle était encore vivante quand eut lieu le massacre de Kerbala. A sa mort, Abu Hurayra pria sur sa tombe, suivi d’un nombre considérable de croyants. Elle fut la dernière des Mères des croyants à quitter ce monde.

8. Zaynab bint Jahsh

Environ un an après le mariage avec Umm Salmah, le Prophète  épousa Zaynab Bint Jahsh  qui avait eu pour mère Ummiyya, fille de 'Ab al-Muttalib, et tante de l'Envoyé de Dieu. Elle s'appelait auparavant Barrah. Ce fut le Prophète qui lui donna le nom de Zaynab.

Zaynab ne pouvait que susciter la jalousie des autres épouses car, non seulement, elle était belle, mais aussi son mariage a été ordonné par Dieu et mentionné dans le Coran. Pour bien comprendre les circonstances particulières de cette union, nous devons revenir en arrière.

Qui était Zayd ?

Zayd Ibn al-Harith avait été adopté par le Prophète  avant la révélation. Par la suite, il sera le premier, après Ali, à embrasser l'Islam.

Zayd appartenait à une grande lignée avant d'avoir été capturé et asservi par ses propriétaires. Son père ne désespéra pas de la retrouver. En effet, après de longues recherches, il apprit que son fils avait été adopté par l'Envoyé de Dieu . Il partit avec son frère Ka'b pour demander le retour de son fils. Quand il se présenta devant le Prophète , il lui manifesta son désir de reprendre son fils. Celui ci lui déclara :

– Nous allons l'appeler et lui demander de faire son choix. S'il veut repartir avec vous, je ne m'opposerai pas à sa volonté. Si, au contraire, il préfère rester avec moi, je ne le contraindrai pas à vous suivre.

Le père fut étonné que son fils choisisse de demeurer auprès du Prophète plutôt que de rejoindre sa famille. Il lui dit :

– Ô Zayd ! Préfères tu l'asservissement à ton père, ta mère, ton pays et ton peuple ?

– J'ai vu en cet homme quelque chose d'extraordinaire. C'est pourquoi, je ne me séparerai jamais de lui.

Ce fut alors que le Prophète  prit Zayd par la main, se présenta à une assemblée de Quraysh pour les informer qu'il l'avait adopté. Ce fut ainsi qu'il fut connu sous ce nom : « Zayd Ibn Muhammad ». Etant devenu son fils, Zayd avait, dès lors, le droit de compter au nombre de ses héritiers.

1. Le Mariage de Zayd et de Zaynab

Quand, à Médine, le Prophète  suscita la fraternité entre les Muhajirin et les Ansar, il donna à Zayd, comme frère, son oncle paternel Hamza. Et quand, le jeune homme avait atteint l'âge du mariage, il lui choisit, pour femme, Zaynab Bint Jahsh, la fille de sa tante paternelle. Celle-ci refusa de le prendre comme époux. Elle fut soutenue, dans son refus, par son frère Abd Allah Ibn Jahsh. Ils ne pouvaient pas admettre qu'une femme noble puisse épouser un ancien esclave d'origine yéménite, devenu un protégé parmi tant d'autres.

Le Prophète  argumenta en faveur de Zayd : Celui-ci était son fils et il appartenait à la Communauté de l'Islam. Il était issu d'une famille honorable tant du côté du père et que de la mère. Mais Zaynab continua à refuser cette union, bien qu'elle aurait voulu ne pas mécontenter le Prophète. Elle ne donna son agrément qu'à la suite de la révélation de ce verset :

« Au croyant, non plus qu'à la croyante, une fois que Dieu a tranché, avec Son Envoyé, sur un cas, il ne reste plus le choix sur leur propre cas. Qui se rebelle contre Dieu et Son envoyé se trouve dans l'égarement manifeste » (Coran 33.36)

Ce fut ainsi que Zaynab épousa Zayd par obéissance à Dieu et à son Messager.

Mésentente dans le foyer conjugal et mariage avec le Prophète

Certes, Zaynab accepta ce mariage sur un ordre venu du Ciel mais elle ne supportait pas encore d'être la femme d'un affranchi. Zayd subit cette vie pénible pendant un certain temps et alla ensuite se plaindre au Prophète. Celui ci ne pouvait que lui conseiller d'être patient et de lui ordonner « Garde ton épouse et crains Dieu ! »

Il en fut ainsi jusqu'au jour où le Prophète  alla voir Zayd chez lui. Celui ci était absent. Zaynab, qui était protégée par un rideau, lui demanda d'entrer mais il refusa. Entre temps, un vent souleva la tenture et il vit cette femme en tenue quelque peu légère. Le Prophète ressentit une étrange sensation. Il repartit en marmonnant : « Gloire à Dieu ! Gloire à Dieu qui dérive les coeurs ! »

Zaynab entendit ce qu'a dit le fils de son oncle. Elle se mit à réfléchir pour tenter de comprendre les paroles entendues jusqu'au moment ou Zayd arriva. Elle lui apprit que le Prophète  était venu le voir mais sachant qu'il était absent, il refusa d'entrer. Elle lui fit également part de ce qu'elle avait entendu. Zayd attendit un moment, puis alla voir le Prophète pour lui apprendre qu'il avait l'intention de se séparer de son épouse. Il lui certifia qu'il ne pensait d'elle que du bien mais il ne pouvait plus supporter son complexe de supériorité.

En effet, Zaynab se montrait orgueilleuse à son égard et le lui montrait en lui tenant un langage où se mêlait la vanité et la méchanceté. Il ne reçut que cette réponse « Garde pour toi ton épouse ! »

Dieu sonde les coeurs. Il savait parfaitement ce que Son Messager ressentait au fond de son coeur, d'où la révélation de ce verset :

Quand tu disais à celui qu´Allah avait comblé de bienfaits, tout comme toi-même l´avais comblé: « Garde pou toi ton épouse et crains Allah », et tu cachais en ton âme ce qu´Allah allait rendre public. Tu craignais les gens, et c´est Allah qui est plus digne de ta crainte. Puis quand Zayd eût cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu´il n´y ait aucun empêchement pour les croyants d´épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le commandement d´Allah doit être exécuté. (Coran 33.37)

Il est vrai qu'il n'était pas possible à Zayd de supporter plus longtemps l'atmosphère de ses liens conjugaux d'autant plus que son épouse ne voulait pas de lui. Il ne luit restait plus qu'à se séparer de sa femme et à décider le divorce. Ce fut à la fin de la période de viduité que le Prophète épousa Zaynab. Les hypocrites exploitèrent cette union pour dénigrer ce dernier :

– Muhammed a interdit le mariage avec les femmes du fils et le voilà, lui, qui se marie avec la femme de son fils.

En cette circonstance, Dieu révéla « Muhammad n´a jamais été le père de l´un de vos hommes, mais le messager d´Allah et le dernier des prophètes. Allah est Omniscient. » (Coran 33.40)

Ensuite dans deux versets, Dieu expose le problème avec plus de clarté et énonce une loi juridique applicable à travers le temps et l'espace. Il mit ainsi fin à ce nom « Zayd Ibn Muhammad », et il fut désormais appelé par son vrai nom « Zayd Ibn Haritha ».

Allah n´a pas placé à l´homme deux coeurs dans sa poitrine. Il n´a point assimilé à vos mères vos épouses [à qui vous dites en les répudiant]: « Tu es [aussi illicite] pour moi que le dos de ma mère ». Il n´a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants. Ce sont des propos [qui sortent] de votre bouche. Mais Allah dit la vérité et c´est Lui qui met [l´homme] dans la bonne direction.

Appelez-les du nom de leurs pères: c´ est plus équitable devant Allah. Mais si vous ne connaissez pas leurs pères, alors considérez-les comme vos frères en religion ou vos alliés. Nul blâme sur vous pour ce que vous faites par erreur, mais (vous serez blâmés pour) ce que vos coeurs font délibérément. Allah, cependant, est Pardonneur et Miséricordieux. (Coran 33.4)

2. Les noces et l'inopportunité de s'attarder chez le Prophète

Les noces furent l'occasion d'égorger un mouton et d'inviter les musulmans à participer aux festivités. Les gens venaient en groupe l'un derrière l'autre. Quand le premier terminait son repas, il ressortait, puis c'était le tour de l'autre d'entrer et ainsi de suite. Tous les invités partirent à l'exception de quelques uns qui s'attardèrent à discuter avec le Prophète, tandis que Zaynab demeurait assise, le dos contre le mur. Celle ci raconta qu'elle ne savait pas si c'était elle qui l'informa du départ des derniers invités où si c'était la révélation, à la suite de laquelle il souleva le voile qui le séparait d'elle.

Le verset en question indiquait clairement aux gens de ne pas rentrer chez le Prophète  à l'improviste et de ne pas s'attarder chez lui au point de l'importuner dans sa vie privée. Ce fut aussi à cette occasion que le Hijab fut imposé aux femmes de l'Envoyé de Dieu et également l'interdiction de prendre pour épouses ses femmes, celle-ci étant considérées comme les Mères des croyants.

Ô vous qui croyez! N´entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu´invitation ne vous soit faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson. Mais lorsqu´on vous appelle, alors, entrez. Puis, quand vous aurez mangé, dispersez-vous, sans chercher à vous rendre familiers pour causer. Cela faisait de la peine au Prophète, mais il se gênait de vous (congédier), alors qu´Allah ne se gêne pas de la vérité. Et si vous leur demandez (à ses femmes) quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau: c´est plus pur pour vos coeurs et leurs coeurs; vous ne devez pas faire de la peine au Messager d´Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui; ce serait, auprès d´Allah, un énorme pêché. (Coran 33.53)

3. La vie familiale

Ce mariage avec Zaynab accentua la jalousie de Aisha. Elle ne pouvait rester insensible en voyant cette belle femme entrer dans la Maison du Prophète. Cette jalousie était partagé par toutes les autres épouses, d'abord parce que Zaynab était la parente de leur mari et aussi parce que c'était Dieu qui la maria. D'ailleurs, elle-même ne manquait pas de dire :

– Votre mari est mon parent et Dieu me maria à partir de sept cieux.

Ainsi que nous l'avons narré précédemment, Aisha complota avec Sawda et Hafsa pour faire croire à leur époux que sa bouche dégageait une mauvaise odeur à la suite de sa consommation du miel que Zaynab lui avait servi. Ce complot entraîna leur mari à s'interdire, à l'avenir, de manger de cette sucrerie. En dépit de cette animosité, Zaynab prit la défense de Aisha lors de l'affaire du collier. De par sa nature, c'était une femme bonne, honnête, fidèle en amitié, n'aimant pas le mensonge. De plus, ainsi que le dit 'Aisha :

– Je n'ai pas vu une femme de bien et avec de meilleures pratiques religieuses que Zaynab.

De son côté, le Prophète  a dit : Zaynab éprouve une grande crainte révérencielle envers Dieu.

En outre, elle était généreuse. Elle fabriquait de ses mains des objets qu'elle revendait pour, ensuite, distribuer en aumônes le produit de ses revenus. A la mort de son époux, la rivalité entre les épouses n'avait plus sa raison d'être. Aussi, s'adonna-t-elle à l'adoration du Tout Puissant. Ainsi, elle se montre compatissante envers les croyants et, vis-à-vis de son Seigneur, d'une grande dévotion : prières et jeûnes, selon le témoignage d'Umm Salma. Quant à Aisha, en apprenant la mort de Zaynab, elle dit :

– Une femme louable et dévote nous a quittés. Elle était prompte à aider les veuves et les orphelins.

Lorsque 'Umar Ibn Khattab devint l'Emir des croyants, il envoya à Zaynab un don de douze mille dirhams afin qu'elle puisse subvenir à sa subsistance. Elle distribua cette somme d'argent entre les nécessiteux. Quant le calife apprit son geste généreux, il se rendit chez elle et lui remit encore mille dirhams. Zaynab répartit encore cet argent entre les pauvres, ne gardant pour elle aucun dirham.

Quand en l'an XX, la mort se présenta à elle, elle dit : « J'ai déjà préparé mon linceul. Si Umar, l'Emir des Croyants, m'envoie un autre, donnez en aumône l'un des deux. Si vous pouvez donner en aumône mon linceul, ce serait mieux pour moi. »

L'Emir des Croyants fit la prière des morts devant la tombe de Zaynab. Une foule de médinois l'accompagna jusqu'au cimetière de Baqi.

9. Juwayriyya bint al-Harith

1 Les événements ayant précédé le mariage

Après son mariage avec Zaynab, le Prophète  eut à faire face à d'importants événements qui emplirent la deuxième moitié de la cinquième année hégirienne. En effet, au mois de shawal, il y a eu la bataille du « fossé » (al-khandaq) au cours de laquelle les musulmans affrontèrent une coalition composée d'associationnistes, appuyés par les Juifs. En cette occasion, le Prophète  fit creuser une tranchée autour de Médine. D'un côté, il y avait trois mille musulmans et de l'autre dix mille mécréants.

Les Juifs avaient pourtant signé un pacte de non agression avec l'Envoyé de Dieu, mais ils violèrent l'engagement qu'ils avaient pris car, s'imaginaient-ils, qu'avec une telle coalition, ils allaient décapiter l'Islam.

Les ennemis encerclaient les croyants de tous les côtés. Ils étaient si nombreux et paraissaient si déterminés que la peur envahit les musulmans, se figurant que leu fin était peut être proche. Les hypocrites exploitèrent cette situation pour dénigrer le Prophète. Ils disaient :

– Muhammed nous avais promis que nous possèderons les trésors de Kisra et de Qaysar : Mais, aujourd'hui, aucun de nous n'est en sécurité pour aller aux toilettes.

Ces hypocrites avaient accepté de participer au combat, espérant recevoir une partie du butin de guerre, en cas de victoire. Dès qu'ils virent le retournement de la situation en défaveur des musulmans, ils changèrent d'attitude.

Le blocus dura vingt sept jours, durs et pénibles. Heureusement, la bataille prit une tournure défavorable aux associateurs et la victoire sourit, en définitive, aux croyants. Ceux ci retournèrent dans leurs maisons pour se reposer des fatigues de cette bataille. Mais, au milieu de la journée, ils entendirent le muezzin du Prophète  faire cette déclaration :

– Celui qui entend cet appel et qui est obéissant doit se préparer à ne s'acquitter de la prière du 'asr que face au Banu Quraysah.

Le Prophète  se devait de punir la trahison des Juifs. C'est pourquoi, il décida d'établir le siège de la tribu des Banu Qurayzah. L'encerclement dura vingt cinq jours et se termina par la reddition des juifs. Le Prophète  engagea d'autres expéditions militaires, celles des Banu Lahyan et de Dhu-l-Qird. Un mois après, les Banu-l-Mustafa se préparèrent à attaquer la Communauté musulmane. Ils avaient à leur tête al-Harith Ibn Abi Darrar. Mais les musulmans réussirent à défaire cette agression. Parmi les femmes captives de cette tribu, se trouvait Barrah, fille d'al-Harith ou Juwayriyya, comme l'appellera plus tard le Prophète .

2. La demande en mariage

De retour à Médine, alors qu'il se reposait dans la chambre de Aisha, le Prophète  entendit la voix d'une femme qui lui demandait la permission de le rencontrer. 'Aisha se leva pour ouvrir la porte et se trouva devant une très belle jeune fille, d'une vingtaine d'années, tremblante de peur et d'angoisse. 'Aisha ne l'aima pas dès qu'elle l'a vit. Aussi la reçut-elle avec froideur et tenait à s'interposer entre elle et son époux. Cependant, la jeune fille insista tant et si bien que Aisha ne pouvait plus l'empêcher de la faire entrer auprès de l'Envoyé de Dieu.

La jeune fille se présenta. Elle était la fille du chef de clan des banu Mustafa, al-harith Ibn Abi Darrar. Elle dit qu'elle traversait une épreuve dont le Prophète connaissait la raison. Autrement dit, elle était captive et ne supportait pas cette captivité. Aussi, venait-elle demander son aide.

Le Prophète  eut pitié de cette jeune fille, affolée et angoissé par son état. Il lui proposa de la délivrer de sa pénible situation en l'épousant. Le visage de la jeune fille s'épanouit. Elle ne croyait pas ce qu'elle entendait. Mais, dans un souffle rapide, elle dit : « J'accepte, Ô Envoyé de Dieu ».

La jeune fille dit à son père qu'elle avait choisi Dieu et Son Messager. Al-harith ne pouvait plus s'opposer à la volonté de sa fille. Lui même, il récita la profession de foi et dit au Prophète  : « Je reconnais que tu es vraiment l'Envoyé de Dieu ». Ce fut alors que le mariage fut décidé et la dot fixée à quatre cents dirhams.

La nouvelle du mariage fut connue à Médine. Dès lors, les musulmans ne pouvaient plus garder en captivité les alliés du Prophète . Ce fut ainsi que tous libérèrent leurs prisonniers et leur rendirent leur liberté. Ainsi le mariage de Juwayriyya  lui permit de recouvrir sa dignité et son honneur et ouvrit la voie de la liberté à son peuple.

Aisha continua à se rappeler le moment de l'apparition de juwayriyya devant la porte du Prophète. Elle disait :

– C'était une femme douce et belle. Aucun ne pouvait la voir sans ressentir en lui une forte sensation. Je prévoyais ce qui allait se produire. C'est pourquoi, j'ai éprouvé de l'aversion pour elle dès qu'elle se montra au seuil de ma chambre.

Juwayriyya  vécut jusqu'à l'avènement de Mu'awiyya. Elle mourut à Médine au milieu du premier siècle de l'hégire. Marwan Ibn al-hukm, gouverneur de Médine, fit la prière funèbre. Plusieurs versions fixent son âge lors de son décès. Il est probable qu'elle retourna auprès de son Créateur à l'âge de cinquante-six-ans.

10. Safiya Bint Huyayya

1.  Safiya au milieu des captives de Khaybar

La sixième année de l'hégire prit fin après que deux événements, l'un gai et l'autre triste, eurent lieu dans la Maison du Prophète . Ce fut d'abord le mariage avec Juwayriya et ensuite l'affaire du collier de 'Aïsha. Il eut ensuite le pacte de Hudaybiyya signé avec les associateurs.

Au début de la septième année de l'Hégire, le Prophète  se prépara à affronter, dans une bataille décisive, les Juifs qui l'avaient trahi dans celle du « Fossé ». Il fallait mettre un terme à cette menace des Juifs qui exploitaient la moindre occasion pour, pensaient-ils, détruire les assises de l'Islam.

Au cours de la seconde moitié de Muharram, l'Envoyé de Dieu  se dirigea, à la tête de ses troupes, vers Khaybar, siège de ses ennemis irréductibles. Les musulmans sortirent victorieux après avoir détruit les forteresses des Juifs, tués les hommes et capturé les femmes.

Parmi ces dernières, il y avait Safiya Bint Huyiya Ibn Akhtab , qui descendait de la branche de Aaron, frère de Moïse. Elle n'avait pas encore dix huit ans. En dépit de son jeûne âge, elle avait été mariée deux fois, d'abord avec le poète de son clan, Sallam Ibn Mashkam, et ensuite avec Kinana Ibn ar-Rabi'. Elle faisait partie des nombreuses captives que les musulmans firent à Khaybar.

Safiya contint sa douleur et s'efforça de garder sa dignité et son orgueil. Ce n'était pas le cas de sa cousines qui pleurait, se lamentait et jetait de la terre sur sa tête. Les deux femmes étaient traînées par Bilal. Le Prophète  s'approcha d'elles. Il les regarda avec pitié et compassion.

Il dit à Bilal :
– Je vois que tu t'es dépouillé de toute miséricorde en traînant ces deux femmes qui viennent de perdre leur mari.

Après quoi, il jeta sur Safiya son manteau, ce qui signifiait qu'il l'avait choisie pour lui.

Selon Anas, le Prophète  dit à Safiya :

– As-tu de quoi payer la rançon ?
– Cela était possible quand je vivais dans l'associationnisme. Comment pourrais-je le faire à présent que je vis en Islam.

Le Prophète  affranchit Safiya et l'épousa. Sa libération remplaçait la dot qu'il devait lui offrir. Pendant ce temps, la cousine continuait à se lamenter, en déchirant ses vêtements de désespoir.

2. Safiya entre dans la Maison du Prophète

Quand le calme fut revenu et que la peur de Safiya s'était quelque peu dissipé, il porta celle ci derrière lui sur son chameau et se dirigea vers Médine. A mi-chemin, il s'arrêta. Il constata que Safiya était plus sereine. Cette dernière était donc prête pour le mariage. Une coiffeuse vint la peigner, la maquiller et la parfumer. Les effets de la tristesse et de la souffrance disparurent complètement. Ce n'était plus la femme sortie du blocus de Khaybar, captive et humiliée.

A l'occasion de ce mariage, un banquet avait été organisé. Les invités mangèrent les bonnes choses prises de Khaybar jusqu'à satiété. Après quoi, le Prophète  reprit le chemin de Médine, ayant toujours à l'esprit le premier refus de Safiya de le prendre comme époux. Mais elle lui raconta un songe qu'elle avait fait avant la prise de Khaybar : La nuit de son mariage avec Kinana Ibn Rabi', elle vie en rêve une lune se poser sur ses genoux. Elle le raconta à son mari qui lui dit en colère : En vérité, tu désires Muhammed, le roi du Hijaz.

Le Prophète  se réjouit de cette nouvelle. Il comprit qu'à présent, elle l'acceptait comme époux. Il ne voulait pas lui montrer sa satisfaction. Aussi lui demanda-t-il la raison de son premier refus. Elle lui dit :

– J'avais peur pour ta sécurité tant que tu étais encore proche du lieu ou se trouvaient les Juifs.

3. Les souvenirs de Safiya

Safiya se remémorait les discussions des membres de sa famille qui parlaient de leur Livre annonçant la venue d'un Prophète. Elle se rappelait leur haine et leur déception quand ce Prophète  émigra à Médine alors que cela aurait dû être pour eux une bonne nouvelle.

Safiya se rappelait encore quand son père et son oncle paternel partirent à la rencontre de ce Prophète, entrant triomphalement à Médine. Ils ne revinrent qu'au coucher du soleil. Ils arrivèrent exténués et abattus par cette apparition. Safiya s'approcha d'eux pour entendre leur discussion. Ses deux parents étaient tellement soucieux qu'ils ne firent pas attention à sa présence. Elle entendit son oncle dire à son père :

– Est-ce bien lui le Prophète attendu ?

Ayant reçu une réponse affirmative, il insista :

– Tu l'as bien reconnu et tu en as la preuve ? Si c'est le cas, que ressens-tu à présent ?
– Par Dieu ! Mon animosité à son égard demeure et persiste,
 répondit le père de Safiya.

4. L'empoisonnement du Prophète

Pendant ce temps, les musulmans n'avaient pas oublié l'acte perfide d'une femme juive de Khaybar, à savoir Zaynab Bint al-Harith, épouse de Sallâm Ibn Mishkam, un des chefs du clan des juifs de Khaybar. Elle entra chez le Prophète alors que celui-ci se sentait tranquille depuis la reddition des Juifs et la conclusion de leur accord. Cette femme lui présenta un rôti d'agneau empoisonné après avoir demandé à ses Compagnons : « Quelle est la partie préférée de l'Envoyé de Dieu? » Aussi força-t-elle la dose de poison dans la partie concernée.

Le Prophète  ne mangea qu'une partie du rôti et donna l'autre à un de ses Compagnons Bishr Ibn-Barra. Après quoi, il dit : « L'os de ce rôti me dit qu'il est empoisonné! » Il appela la femme de Sallam qui reconnut avoir empoisonné la viande en disant :

– Je me suis dis : si c'est vraiment un Prophète, il en sera averti. Si ce n'est qu'un roi, je me serais débarrassé de lui.

Le Prophète  ne prit aucune mesure contre elle. Cependant, son compagnon, qui avait mangé une partie du rôti, mourut des conséquences de l'empoisonnement.

5. La vie familiale

Sur le chemin du retour à Médine, la chamelle, qui portait Safiya, trébucha et fit tomber celle-ci. Les femmes y virent un mauvais présage et dirent qu'il fallait éloigner d'eux cette Juive. Aussi, le Prophète  préféra ne pas faire entrer Safiya parmi ses autres épouses. Ainsi, il l'emmena chez un de ses Compagnons, Harith Ibn an-Na'man. Les femmes Ansarites se précipitèrent pour aller admirer la beauté de cette Juive. Entre temps, le Prophète  reconnut 'Aisha, le visage entièrement recouvert, qui marchait d'un pas précipité. De loin, il la suivit du regard. Il la vit entrer dans la maison d'al-Harith Ibn Nu'am. Il l'attendit jusqu'au moment où elle ressortit. Il alla vers elle et la saisit par son vêtement en lui disant : « Comment l'as-tu trouvé, ô la rousse ? »

La jalousie de 'Aisha se manifesta et, haussant les épaules, elle répondit :

– J'ai vu la Juive.
– Ne dis pas cela car elle a embrassé l'Islam et son islam est bon.

'Aisha ne fit aucun commentaire et se dirigea à la maison où Hafsa l'attendait avec impatience pour connaitre l'opinion qu'elle avait sur la nouvelle mariée. 'Aisha ne nia pas que Safiya était d'une grande beauté. Elle lui raconta aussi que leur époux la surprit à la sortir de la maison d'al-Harith ainsi que la discussion qu'elle eut avec lui.

En arrivant dans la maison du Prophète , Safiya trouva deux groupes de femmes qui l'attendaient. D'un côté, il y avait 'Aisha, Hafsa et Sawdah et de l'autre, les autres femmes dont Fatima az-Zahra. C'était comme si ces deux groupes lui demandaient de quel clan elle allait faire partie. Il lui était difficile de choisir entre l'épouse préférée du Prophète et sa fille bien aimée. Aussi, décida-t-elle de ne pas prendre position pour l'une ou l'autre mais d'entretenir plutôt de bons rapports avec toutes les femmes qu'elles soient dans un clan ou dans l'autre.

Cependant, Safiya ne pouvait s'attendre à aucun mal de la part de Fatima car celle-ci n'avait nullement l'intention de participer à ces antagonismes de femmes. Au contraire, elle recherchait la paix morale de son père.

La crainte de Safiya ne pouvait venir que de la jalousie de 'Aisha qui ne supportait pas qu'une belle femme puisse venir s'associer à elle à l'intérieur de la Maison de l'Elu de Dieu. En effet, l'épouse préférée du Prophète, Hafsa et les autres femmes s'enorgueillissaient de leur appartenance à la famille des Qurayshites et des Arabes. Quant à Safiya, elle n'était qu'une juive donc une étrangère et une intruse.

Quand à Safiya entendait les critiques et les sous-entendus de Aisha et Hafsa, elle se plaignait au Prophète  en pleurant. Elle lui disait :

– Comment peuvent-elles prétendre être meilleure que moi alors que Muhammad est mon mari, mon père est Aaron et mon oncle paternel est Moïse ?

L'Envoyé de Dieu  sentait que Safiya était considérée comme une étrangère dans sa Maison. Aussi ne se privait il pas de la défendre auprès des autres femmes, chaque fois que l'occasion se présentait.

Au cours d'un voyage, le Prophète  était accompagné de Safiya et de Zaynab bint Jahsh. Chemin faisant, le chameau de la première se blessa et ne pouvait plus supporter un poids sur son épaule. Heureusement que le palefrenier de zaynab était spacieux et qu'il pouvait contenir deux personnes. Le Prophète  lui demanda alors de cédé un espace à Safiya. Zaynab répondit avec hauteur et orgueil :

– Moi, donner une place à cette juive !

Cette réflexion fâcha l'Envoyé de Dieu. Il bouda Zaynab deux mois ou même trois sans jamais l'approcher.

Safiya ne fut jamais privée de la protection de son mari jusqu'à la mort de ce dernier. Alors que le Prophète  se trouvait atteint de cette maladie qui allait l'emporter, toutes les Mères des croyants se réunirent autour de son lit. Safiya dit, en cette occasion :

– Je jure par Dieu ô Messager de Dieu ! J'aurai aimé être atteinte à ta place du mal qui te fait souffrir.

Les autres femmes se regardèrent en se jetant des clins d'oeil, comme pour se dire que Safiya ne pensait pas ce qu'elle disait. Le Prophète  surprit leurs regards. Aussi leur dit-elle :

– Cessez de faire des clins d'oeil entre vous. Je jure par Dieu que les paroles de Safiya sont sincères.

A la mort du Prophète, Safiya perdit cette protection. Les gens n'avaient pas oublié qu'elle était d'origine Juive. Ils ne manquaient pas de la harceler, de temps à autre, pour lui rappeler ses origines, en dépit de la sincérité de son islam et de sa qualité d'épouse de l'Elu de Dieu. Ce fut ainsi qu'une de ses servantes alla voir l'Emir des Croyants, 'Umar Ibn al-Khattab pour lui rapporter que Safiya pratiquait le Sabbat et priait à la manière des Juifs. Ce n'était, en réalité, qu'un pur mensonge, une invention destinée seulement à porter préjudice à sa maîtresse.

Le calife interrogea la Mère des croyants pour connaître la vérité. Safiya lui répondit :

– Quant au Sabbat, je ne l'aime plus depuis que Dieu me l'a fait remplacer par le vendredi. Quant à être Juive, je ne peux pas nier cette origine puisque je suis d'origine Juive.

Lorsque Safiya interrogea sa servante sur les raisons qui la poussèrent à lancer contre elle de telles calomnies, elle reçut cette réponse :

– C'est Satan.

Safiya la congédia en décidant de la libérer de son asservissement :

– Pars d'ici, lui dit-elle, tu es libre !

Lors de la grande fitna, qui aboutit à l'assassinat de 'Uthman, Safiya prit ouvertement position pour ce dernier. Ainsi, quand le troisième calife de l'Islam était encerclé par ses assaillants, elle allait, elle-même lui porter à manger et à boire.

Safiya  mourut sous le califat de Mu'awiyya et fut enterrée au cimetière d'al-Baqi avec toutes les autres Mères des croyants.

11. Umm Habiba

Umm Habiba  était la fille d'Abu Sufyan. Elle embrassa l'Islam avant son père qui ne rejoignit la communauté musulmane qu'à la veille de la conquête de la Mecque. Elle épousa Ubayda Allah Ibn Jahsh. Tous les deux avaient émigré en Abyssinie. Bien que son époux ait renié l'Islam pour devenir chrétien, Umm habiba ne fut point influencée par l'apostasie de son mari qui mourra en Abyssinie. Au contraire, elle persista dans la religion qu'elle avait adoptée librement et sans aucune contrainte.

1. Emigration en Abyssinie

De son vrai nom Ramlah, elle embrassa l'Islam en même temps que son mari, tandis que son père demeura dans la mécréance. Elle craignit les représailles de son père. Aussi, alors qu'elle était enceinte, alla-t-elle en Abyssinie avec son mari, avec la seconde vague d'émigrants. Ce départ rendit Abu Sufyan fou de colère car sa fille embrassa l'Islam et, à cause de son éloignement, il n'avait aucune possibilité pour la contraindre à revenir à la religion de ses ancêtres. Arrivée en Abyssinie, elle accoucha, quelques temps après, d'une fille qu'elle appela Habiba, d'où le nom sous lequel elle est connue : Umm Habiba.

En Abyssinie, son mari se christianisa et tenta de la rallier à sa nouvelle croyance. Elle refusa d'apostasier et demeura fermement attachée à l'Islam. Il s'ensuit que Umm Habiba s'opposa d'abord à son père et ensuite à son mari. Au nom de l'Islam, elle quitta donc l'oppression de la Mecque et accepta de vivre loin de sa patrie, avec sa fille, née en terre étrangère. Ce nouveau-né allait vivre dans une situation paradoxale : son grand-père était idolâtre, son père était chrétien et sa mère était musulmane.

L'attachement d'Umm Habiba à l'Islam était certainement très fort quand nous prenons connaissance de son mode de vie en Abyssinie. La puissance de son énergie, sa ferme volonté et surtout ses profondes convictions religieuses lui avaient permis de surmonter ses difficultés et son isolement. En effet, à la suite de la conversion de son mari au christianisme, elle eut honte de se présenter devant la petite communauté musulmane d'Abyssinie et de vivre avec eux.

Elle ne pouvait plus retourner à la Mecque car elle n'y trouverait qu'animosité auprès de sa famille. Aussi, s'enferma-t-elle dans sa maison éthiopienne et se replia sur elle-même, montrant un courage exemplaire et d'une endurance à toute épreuve. Sa tristesse devait être encore plus grande en apprenant que son père Abu Sufyan était entré en guerre ouverte contre le Prophète  et contre la Communauté musulmane dont elle faisait partie, corps et âme.

2. Mariage avec le Prophète

Après un long moment vécu dans le veuvage, une servante du Négus frappa à la porte d'Umm Habiba. La femme émissaire du roi d'Abyssinie lui remit une lettre dans laquelle il lui demandait de désigner un tuteur qui la marierait au Prophète des Arabes.

Umm Habiba n'en croyait pas ses oreilles. Elle fit répéter une fois, puis deux fois et ensuite trois fois cette proposition. Quand elle en fut convaincue, elle enleva de ses poignées les deux bracelets en argent qu'elle remit à la servante pour la remercier de l'annonce de cette bonne nouvelle.

Après le départ de la servante, elle s'adressa à Khalid Ibn Sa'id, le plus en vue des émigrants de son clan les Banu Umiyya. Elle le chargea d'être son tuteur. Le préposé accepta volontiers cette charge.

Le soir même, le Négus convoqua les musulmans présents en Abyssinie et, à leur tête, Ja'far Ibn Abu Talib, cousin du Prophète et Khalid Ibn Sa'id le tuteur d'Umm Habiba. Il s'adressa à eux en faisant appel à un interprète :

– Muhammad Ibn Abd Allah m'a écrit pour que je le marie à Habiba, fille d'Abu Sufyan. Qui est, parmi vous, son tuteur. Ce fut alors que Sa'id se fit connaitre.

Ce fut ainsi que Umm Habiba devint une des Mère des Croyants. La servante lui retourna les bracelets car non seulement le Négus la récompensa suffisamment mais il ordonna à ses femmes d'envoyer à la nouvelle épouse du Prophète ce qu'elles avaient de meilleurs. Elle prendra ces objets avec elle à Médine.

3. La Vie à Médine

Quand Umm Habiba arriva à Médine, son oncle maternel Uthman Ibn Affan organisa en son honneur une fête au cours de laquelle les invités furent repus de nourriture et de viande. Les autres femmes du Prophète  la reçurent avec enthousiasme et chaleur. Elles n'avaient rien à craindre d'elle car elle s'approchait de sa quarantième année. En outre, la nouvelle venue n'avait pas le charme ensorceleur de Safiya, ni la grâce d'Umm Salma, ni la beauté de Zaynab.

Au sein de la maison du Prophète, Umm Habiba continuait à ressentir la tristesse au fond d'elle même car son père continuait à vivre dans l'idolâtrie et l'égarement. Elle souffrait de voir la guerre opposer d'un côté son mari et de l'autre celui qui l'a mise au monde.

Umm Habiba apprit un jour, que les Quraysh avaient violé le pacte de Hudaybiyya. Elle connaissait suffisamment son mari. Celui-ci n'allait pas se taire devant cette trahison car il n'admettait pas qu'on puisse rompre un accord. Elle s'attendait à le voir partir à l'assaut de la Mecque pour détruire les idoles et les idolâtres dont son père, ses frères, sa famille et tout son clan faisaient partie.

Les notables Qurayshites avaient décidé d'envoyer un émissaire, choisi parmi eux, à Médine pour négocier avec le Prophète. Ce fut Abu Sufyan, le père d'Umm Habiba.

4. Son Père, Abu Sufyan

Arrivé à Médine, Abu Soufyan se souvint qu'il avait une fille dans cette ville. Il se rendit chez elle dans l'espoir que ses conseils pourraient l'aider à résoudre son problème. Umm Habiba fut surprise de voir son père entrer chez elle. C'était la dernière personne qu'elle pensait voir en cette grave et pénible période. Voyant qu'elle ne l'invitait pas à s'asseoir, il prit l'initiative de se reposer sur la literie du Prophète. Aussitôt, Umm Habiba bondit et plia la literie pour que son père ne puisse pas s'asseoir dessus. Etonné, le père reçcu cette réponse de sa fille :

– C'est la literie de l'Envoyé de Dieu. Et toi, tu es un associateur. Je ne voudrais pas que tu t'asseyes dessus.

– Ma pauvre fille ! Tu as été atteinte d'un mal, dit le père en colère.

Ce n'est qu'au retour du Prophète , que Umm Habiba connut l'objet de la visite de son père à Médine. Abu Sufyan retourna bredouille à la Mecque sans rien obtenir des musulmans.

Le Prophète  entreprit les préparatifs pour marcher sur la Mecque à la tête de 10 000 combattants. La promesse que Dieu a faite à Son Messager allait se réaliser.

Celui qui t´a prescrit le Coran te ramènera certainement là où tu (souhaites) retourner. Dis: « Mon Seigneur connaît mieux celui qui a apporté la guidée et celui qui est dans un égarement évident. » (Coran 28.85)

Abbas, l'oncle paternel du Prophète, conseilla à Abu Sufyan d'embrasser l'Islam et d'exercer son influence sur les membres de son clan pour qu'ils suivent son exemple. Ce sera, lui dit-il dans son intérêt et celui de son peuple.

Ce fut alors qu'Abu Sufyan se dirigea du côté de l'armée musulmane. Quant Umar Ibn Khattab le vit, il demanda au Prophète  la permission de lui trancher le cou avec son épée. Abbas avait suivi Abu Sufyan. Quand il vit le danger dans lequel ce dernier se trouvait, il dit à l'Envoyé :

– Ô Envoyé de Dieu ! Abu Sufyan est sous ma protection !

Tous les combattants musulmans n'attendaient qu'un seul ordre pour décapiter le chef de file des mécréants. Ils étaient en attente jusqu'au moment où ils entendirent la voix du Prophète dire à Abbas d'emmener Abu Sufyan chez lui et de revenir le lendemain matin. Le Père d'Umm Habiba passa la nuit dans l'attente de la décision de Muhammad quant au sort d'un des plus grands dignitaires de Quraysh.

Au matin, Abu Sufyan se présenta devant le Prophète, entouré des notables d'entre les Muhajirin et des Ansar. L'Envoyé de Dieu lui rappela qu'il avait reçu la nouvelle qu'il n'y avait pas de divinité en dehors de Dieu, et qu'il était son Envoyé. Après avoir tergiversé quelque peu, le père d'Umm Habiba proclama son adhésion à l'Islam. Abbas intervint et demanda à son neveu de faire un geste en faveur de ce nouveau rallié afin de l'honorer au lieu de l'humilier. Ce fut alors que l'Envoyé de Dieu  fit cette déclaration :

– Que celui qui entrera dans la maison d'Abu Sufyan, sera en sécurité. Celui qui restera chez lui et fermera sa porte, sera en sécurité. Celui qui entrera dans la mosquée sacrée, sera en sécurité.

A la Mecque cette proclamation répétée inlassablement « Celui qui entrera dans la maison d'Abu Sufyan, sera en sécurité » traversa le désert et parvint jusqu'à Médine. La nouvelle parvint, bien entendu, aux oreilles d'Umm Habiba qui fut transporté de joie. Elle loua la générosité, la noblesse et la clémence de son époux. Après quoi, elle se prosterna devant Dieu en signe de remerciement.

5. Mort de Umm Habiba

Umm Habiba mourut probablement en l'an 44 de l'hégire et fut enterrée à Médine, dans le cimetière de Baqi.

Il est à noter que les livres de la Sunna contiennent soixante cinq hadiths rapportés par elle. Ils furent transmis par sa fille, un de ses neveux et une de ses nièces et d'autres encore.

12. Marya, la copte

Maria , la copte (Chrétienne Egyptienne) naquit dans un village appelé Hifin, situé sur le bord oriental du Nil. Son père, était copte et sa mère aussi. Après sa première enfance, au début donc de sa jeunesse, elle alla résider, avec sa soeur Sérine, dans le palais du dirigeant des coptes. Elle vivait en ce lieu quand elle entendit parler d'un Prophète, habitant la Presqu'île arabique, qui appelait à une nouvelle religion céleste. Elle se trouvait dans le palais quand Hatib Ibn Abi Balta'a vint en délégation, porteur d'un message au roi. Celui-ci entra et remit la lettre en question.

Après : Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, la lettre appelait à embrasser l'Islam. Le roi lut le message, le plia avec soin et le plaça dans un étui qu'il remit à l'une de ses servantes. Ensuite, il se tourna vers Hatib et lui demanda de lui parler de ce Prophète et de le décrire. A la fin de l'exposé de l'émissaire du Prophète, il dit à Hatib :

– Je savais qu'il restait encore un prophète à envoyer. Je pensais qu'il allait se manifester dans le Shâm car c'est dans cette région que les messagers sont issus. Je vois qu'il vient d'apparaître dans une terre arabe… Malheureusement, les coptes ne m'obéiront pas.

Il ne pouvait donc embrasser l'Islam, sans quoi il risquerait certainement de perdre son trône. Or, il ne voulait pas se séparer de son autorité sur son peuple.

Dans sa réponse au Prophète , le roi le remercia en l'informant qu'il envoyait, avec son émissaire, deux femmes coptes, de hautes conditions sociales, ainsi que des vêtements somptueux et un mulet qu'il pourrait monter.

En remettant le message à Hatib, il s'excusa de ne pas répondre favorablement à son appel d'adhésion à l'Islam car les coptes sont attachés à leur religion. Il lui demanda également de garder secret ce qui vient de se produire entre eux, afin que son peuple n'en sache absolument rien.

Après quoi, Hatib partit avec les présents royaux et les deux soeurs, Maria et Sérine. Il était compréhensible que ces dernières quittent avec regret leur patrie. Pour apaiser leur tristesse et leur faire oublier quelque peu ce qu'elles viennent d'abandonner, Hatib se mit, en cours de route, à leur raconter l'histoire antique du pays des Arabes. Il leur conta les récits et les légendes que le temps avait tissés autour de la Mecque et du Hijaz au cours des siècles. Après quoi, il leur parla du Prophète et de l'Islam. Il sut choisir les faits les plus convaincants et les arguments les plus probants, si bien que les deux soeurs furent réjouies de ce qu'elles venaient d'entendre et leurs coeurs s'ouvrirent à l'Islam et à son Prophète.

1. Arrivée et vie à Médine

L'arrivée de Maria et de sa soeur eut lieu en l'an VII de l'Hégire. Le Prophète  venait de revenir de Hudaybiyya où il conclut un pacte avec les Qurayshites. Maria lui plut et la prit pour épouse. Quant à sa soeur, il la maria avec son poète Hasan Ibn Thabit. Le bruit courut à travers la ville qu'une belle Egyptienne, aux cheveux longs, venait d'arriver des rivages du Nil et qu'elle avait été offerte en cadeau à l'Elu de Dieu.

Une année s'écoula et Maria menait une vie heureuse. Sa nostalgie de l'Egypte s'estompa. A présent, elle se familiarisa avec la vie médinoise et vivait paisiblement dans la Maison du Prophète. Aussi, accepta-t-elle volontiers de porter le Hijab, au même titre que les Mères des croyants.

Sa situation s'identifiait quelque peu à Hagar, la femme d'Abraham, qui, elle aussi, quitta l'Egypte, dans son état d'esclave, pour venir s'installer au Hijaz, en femme libre. Présentement, la différence portait sur le fait que sa compatriote donna naissance à Ismael. Allait-elle, à son tour, donner un enfant au Prophète ? C'est que son mari, depuis la mort de Khadija eut plusieurs épouses, pourtant, aucune d'elles ne lui donna un héritier mâle.

2. La bonne nouvelle

Deux années s'étaient écoulées depuis son mariage avec l'Envoyé de Dieu. Le souvenir de Hagar et d'Ismael continuait à habiter son esprit quand, un jour, elle sentit qu'elle portait un enfant dans son ventre. Cependant, elle n'y croyait pas, se figurant que ce n'était qu'une illusion qu'elle se faisait. C'était peut-être son imagination qui lui jouait un tour. C'est pourquoi, vivant encore dans le doute, elle cacha la nouvelle pendant un ou deux mois. Cependant, au fur et à mesure que la grossesse prenait forme, le doute se transforma en certitude. Ce n'était plus un rêve mais bel et bien une réalité.

Maria communiqua d'abord la bonne nouvelle à sa soeur Sérine qui l'assura qu'elle portait bien un enfant dans son ventre. Elle fut transportée de joie et elle annonça au Prophète  la prochaine naissance d'un enfant. Celui ci leva les yeux au Ciel et remercia, à son tour, son Créateur. Sa joie atténua quelque peu la tristesse qui l'envahi après le décès de ses filles Zaynab, Ruqiya et Umm Kaltoum.

L'évènement ne tarda pas à faire le tour de la ville :

– L'Elu de Dieu attendait un enfant de Maria l'Egyptienne.

Nous pouvons imaginer le désarroi des autres épouses. Voilà une femme étrangère enceinte alors qu'elle n'avait séjourné qu'une année avec le Prophète, au moment où elles-mêmes n'avaient pas porté de descendant dans leur ventre après plusieurs années dans sa Maison. C'était le destin.

Le Prophète craignait pour la santé de Maria. Aussi, la transporta-t-il dans les faubourgs de Médine afin qu'elle jouisse du calme et préserve la santé de l'enfant qui allait naître. Sérine resta auprès de sa soeur Maria pour prendre soin d'elle jusqu'au jour de la naissance, à savoir la nuit du mois de Dhu-l-Hijja, an VIII de l'Hégire. Le Prophète  fit appel à une sage-femme et s'isola dans un coin de la maison où il s'adonna aux prières et aux implorations.

La sage femme lui annonça la naissance d'un garçon qui, issu d'un homme libre, allait affranchir sa mère de son état d'esclave. L'envoyé de Dieu  était transporté de joie. Il nomma son fils Ibrahim, nom du père des croyants. Il distribua en aumônes une quantité d'orge égale au poids du nourrisson.

Un jour, le Prophète  prit son fils dans ses bras et le porta chez Aisha afin que celle-ci puisse y voir les traits similaires aux siens. Certes, l'épouse préférée retint ses larmes de joie. Elle se retint de montrer sa jalousie mais elle la manifesta sous une autre forme :

– Je ne vois aucune ressemblance entre toi et ce fils.

Aisha avait dit plus tard, qu'elle n'avait jamais été jalouse d'une femme autant que de Maria car elle était non seulement belle mais aussi Dieu lui accorda un enfant alors que les autres épouses en étaient privées.

3. Le décès d'Ibrahim

Hélàs ! Le bonheur de Maria ne dura qu'une année et un peu plus. Elle allait connaître une épreuve terrible et une période amère : la perte de son enfant. Celui ci tomba malade alors qu'il n'avait pas encore clos ses deux années. Maria fit appel à sa soeur pour lui tenir compagnie et veillait avec elle autour du lit d'Ibrahim. Cependant, la vie de ce dernier commença à s'éteindre petit à petit.

Le Prophète , apprenant la mauvaise nouvelle, arriva à la maison, appuyé sur l'épaule de Abd ar-Rahman ibn Awf, parce que la douleur et la souffrance lui firent perdre ses forces. Il prit son fils dans les bras de sa mère et le mit sur ses genoux, le coeur triste.

Il ne restait plus à l'Elu de Dieu qu'à dire que telle était la volonté divine. La mort était le lot de tous les humains. Les derniers rejoindront toujours les premiers, ajoutant un deuil à un autre. Certes, les yeux pleurent et le coeur est triste, mais, en aucune manière, ils ne se lamentent du sort décidé par le Créateur.

Il se tourna vers Maria, attendri par l'état où elle se trouvait. Il lui dit :

– Ibrahim est mon fils. Son allaitement se poursuivra au Paradis.

Il fit alors appel à son neveu, al-Fadl, le fils de 'Abbas pour laver le petit garçon tandis que lui, il demeura assis dans un coin, triste. Ensuite, il ensevelit son fils, s'acquitta d'une prière de quatre unités et l'ensevelit lui-même dans le cimetière d'al-Baqi.

4. L'éclipse solaire

Au retour de l'enterrement, le soleil se voila et l'horizon s'obscurcit. Quelqu'un dit :

– L'éclipse du soleil est conséquente à la mort d'Ibrahim.

Cette réflexion parvint aux oreilles du Prophète . Il se tourna vers ses compagnons et leur dit :

– Le soleil et la lune sont deux des signes de Dieu. Ni l'un ni l'autre ne s'éclipsent ni à la mort ni à la vie de quelqu'un.

De son côté Maria, la blessure au coeur, fit preuve de patience, acceptant avec résignation la volonté de Dieu. Elle resta cloîtrée dans sa chambre pendant la durée de l'enterrement. Ensuite, elle alla au cimetière, s'assit près de la tombe de son fils. Elle ne pouvait retenir ses larmes. Elle les avait retenues jusque là devant son mari, pour ne pas aggraver la blessure de ce dernier. Mais là, seule, ses yeux exprimaient la forte douleur de son coeur.

Le Prophète  mourra une année plus tard. Il laissa Maria veuve. Celle-ci mourut en l'an XVI de l'hégire. Le calife Umar appela les gens à se rassembler et à suivre le cercueil. Il pria sur sa tombe et l'enterra dans le cimetière de Baqi.

13. Maymuna bint al-Harith

1 . Son Mariage

Une année s'écoula depuis le traité de Hudaybiyya. Arriva alors le jour où le Prophète  et les croyants décidèrent d'effectuer une Umra (petit pèlerinage) comme le leur permettait le traité de paix. C'est en l'an 7 de l'Hégire que le Prophète et les croyants se rendirent à la Mecque. Les présents lançaient d'une seule voix « Labayka Allahumma labayk ».

Au même moment, le coeur d'une femme s'était épris de l'Envoyé de Dieu . C'était l'une des plus honorables femmes de la Mecque. Elle s'appelait Barrah Bint al-Harith ibn Huzn Ibn Bajir al-Amiryya al-Hilaliyya. Elle était la soeur d'Umm al-Fadl, l'épouse d'al-Abbas, oncle paternel du Prophète, cette femme qui n'hésita pas à lever la main sur Abu Lahab, l'ennemi de Dieu et le frappa d'un coup de bâton sur la tête.

 cette époque, Barrah était veuve d'Abu Rahm Ibn Al-'Uzza al-Amari. Elle avait trente six ans. Elle se confia à sa soeur pour lui exprimer son désir d'épouser l'Envoyé de Dieu . Umm Fadl en fit part à son mari. Al Abbas n'hésita pas un instant pour transmettre le message au Prophète . Celui ci accepta cette union avec promesse de remettre quatre cents dirhams en guise de dot.

Après trois jours de la Umra, le Prophète  et ses compagnons quittèrent la Mecque comme convenu. Il laissa à Abi Rafi' le soin de lui apporter Maymouna. Ainsi, le mariage fut consommé à Sarif, une étape lors du retour vers Médine. Le Prophète  lui donna un nouveau nom « Maymouna »  qui signifie « La Bénie ».

2. Sa vie à Médine

Maymuna était de très bonne nature et s’entendait bien avec tout le monde, et aucune querelle ou mésentente avec les autres femmes du Prophète ne fut relatée à son sujet. Aïcha dit d'elle : « Parmi nous, elle était celle qui craignait le plus Allah – Exalté soit-Il – et elle faisait le maximum pour maintenir les liens de parenté ».

Il est également rapporté qu'Abdallah Ibn Abbas, qui était encore un enfant, fut une nuit l’invité de Maymouna (qui était sa tante) et du Prophète. Au milieu de la nuit, le Prophète  se leva pour accomplir la prière du tahajjoud (prière nocturne surérogatoire) et Ibn Abbas se joignit à lui. Ils firent tous deux leurs ablutions et la prière de onze rak`ât, puis se couchèrent à nouveau jusqu’à l’aube.

Maymuna vécut trois ans auprès du Prophète  jusqu’à son décès. Ce fut dans sa chambre que le Prophète  commença à sentir les effets de sa maladie finale. Il demanda ensuite la permission à ses femmes de rester dans la chambre d’Aïcha pendant cette période.

3. Sa mort

Maymuna mourut à l’âge de quatre-vingts ans, en 51 de l’Hégire. Elle demanda à être enterrée à l’endroit où elle avait épousé le Prophète à Sarif, et sa requête fut entendue.

On rapporte qu’à ses funérailles, Ibn Abbas dit : “Ce fut la femme du Messager d’Allah  alors, lorsque que vous la soulèverez, ne la secouez pas et ne soyez pas trop brutaux, mais soyez doux”.

Les Filles du Prophète et de Khadija

1. Zaynab

Zaynab  était la fille aînée de l'Envoyé de Dieu  et de Khadija . Sa naissance précéda de dix ans, la révélation divine faite à son père. Quant à sa mère, elle entrait dans sa quarante cinquième année.

Elle épousa son cousin Abû-l-Âs Ibnu Rabi', qui faisait partie des hommes riches et honorables de la Mecque.

Ils eurent deux heureux événements, en premier lieu la naissance d’une fille dénommée Oumama et plus tard, un garçon prénommé Ali. Ces circonstances ont eu lieu juste avant l’Hégire du Messager de Dieu .

Les premiers à croire à sa mission et à rallier l’Islam furent sa femme Khadija, Zeinab et ses soeurs, Ali fils de Abi Talib ainsi que Zaïd, fils de Harith (que Dieu les agrée), qui faisait partie de la famille du Messager de Dieu saws. Ce fut la première famille islamique.

De retour d'un voyage, Abû-l-Âs fut mis au courant au sujet de la nouvelle religion que son beau-père devait communiquer au peuple, à savoir, l’adoration d’un Dieu unique. Zaynab exhortait son époux à se rallier à sa foi. Hélas, il déclina l’offre, argumentant sur le fait que l’on dise, qu’il a soi-disant abandonné la religion de ses aïeux pour l’Islam, et tout cela à cause de sa femme.

Les Qurayshites multipliaient leur agressivité à l'égard du Prophète saws. Ce fut ainsi que les notables de Quraysh décidèrent, dans une proclamation, affichée à la Kaaba, d'organiser un blocus autour de la famille du Prophete saws. Celui ci, ses parents et ses adeptes furent isolés dans un terrain, non loin de la Mecque. Le blocus dura trois longues années.

Certes Zaynab ne faisait pas partie de ceux qui avaient été bannis. Mais les nouvelles de sa famille lui parvenaient jusqu'à la maison de son mari. Elle ne pouvait qu'être peinée par l'état dans lequel son père, sa mère et ses soeurs vivaient.

Cet isolement prit fin après que quelques personnalités mecquoises se révoltèrent contre le sort réservé au Prophète saws. Ils décidèrent d'arracher la proclamation des murs de la Kaaba. Enfin, si la vie relativement normale reprit son court, il n'en resta pas moins que ce blocus eut de néfastes répercussions sur la santé de son oncle Abu Talib et de sa femme Khadija.

En effet, Abu Talib qui accordait sa protection au Prophète saws, mourut six mois après la fin du blocus, suivi trois jours après par la mort de Khadija. Ainsi, les premiers soutiens du Prophète saws disparurent.

Les idolâtres redoublèrent alors leur persécution jusqu'à ce que vint l'ordre du Messager de Dieu saws d'émigrer. Une petite partie des fidèles se rendirent en Abyssinie dont sa soeur Ruqyiya. Le reste des fidèles finirent par quitter la Mecque pour se rendre à Médine, suivi plus tard par le prophète Muhammad et son fidèle compagnon Abou Bakr (que Dieu l’agrée). Zaynab demeura ainsi seule à la Mecque en compagnie de ses enfants.

Lors de la bataille de Badr, les Musulmans étaient approximativement trois cents, alors que les Qoraychites furent un millier. Pourtant, les musulmans remportèrent la victoire avec l’aide du Tout Puissant. Rentrant victorieux à Médine avec un butin et de nombreux prisonniers de guerre, parmi lesquels se trouvait Abû-l-Âs.

Les Musulmans avaient exigé une rançon contre la liberté des captifs. A la Mecque, les Qorayshites se rendirent chez les parents des détenus, afin de réunir la rançon réclamée. Ils se rendirent chez Zeinab (que Dieu l’agrée) lui réclamant le prix de la rançon contre la liberté de son mari. Elle ne possédait que le bijou que Khadija lui offrit lors de son mariage. Le Prophète saws l’ayant reconnue, il pleura et expliqua aux musulmans les faits, leur demandant avec leur approbation la liberté d’Abû-l-Âs.

Abû-l-Âs rentra ainsi chez lui. Quand Zaynab le vit, elle sauta de joie. Cependant, ces retrouvailles allaient être suivies par une nouvelle séparation. En effet, le Prophète saws avait demandé que sa fille lui soit ramenée à Médine. Il n'était plus possible à une croyante d'être unie à un mécréant.

Il faut rappeler que les deux soeurs de Zaynab, Ruqiyya et Umm Kaltoum, furent répudiées par leurs maris idolâtres. Par contre celui de Zaynab refusa de divorcer malgré la promesse des notables de son clan de le marier le plus rapidement possible.

Malgré l'amour qu'elle portait à son mari, Zaynab était une fille obéissante. Elle ne pouvait pas aller à l'encontre de la décision de son père, d'autant plus qu'elle revêtait un caractère religieux. Enceinte, elle s’apprêta à émigrer, les préparations terminées, elle se mit en route en plein jour et devant les Qoraychites, accompagnée seulement par le frère de son conjoint. La nouvelle de son exode est parvenue aux oreilles des ennemis de l’Islam, et la blessure de la défaite était encore béante chez eux, et l’auteur n’était autre que son père, il fallait se venger, ils envoyèrent quelques hommes pour les intercepter.

Ils finirent par les rejoindre hors de la Mecque. Le premier qui les aperçut, fut Habbâru Ibn al-Aswad qui avait perdu à Badr ses trois frères. Il piqua de sa lance le chameau sur lequel était montée Zaynab. Le chameau se rua et fit tomber Zaynab qui heurta un rocher tout prêt de là. Grand archer, son beau frère s’était mis en position l’arc à la main, la défendant contre quiconque voulait s’approcher d’elle. A cet instant précis, Abou Soufyan, qui ne se trouvait non loin de là, intervint en disant :

Ô Kinâna (le frère du mari de Zaynab), Baisse ton arc. Nous avons à parler ! Je ne m'oppose pas au départ de Zaynab qui va rejoindre son père. Cependant, vous partez en plein jour, au vu et au su de tous alors que tu connais le malheur qui nous a frappé à Badr. En te laissant partir, les gens prendront cela comme une humiliation et une faiblesse de notre part. Retourne donc sur tes pas et attends que le calme revienne. Les gens sauront que nous nous sommes opposés à ce départ. Ensuite, tu reprendras Zaynab et tu la conduiras chez son père discrètement.

Zaynab était à terre, le sang coulant de sa blessure provoquée par sa chute. Kinâna fit demi-tour avec sa belle sœur à la Mecque où malheuresement elle perdit son foetus. Son mari resta avec elle jusqu'au moment où ses blessures se cicatrisèrent. Une fois ses forces revenues, elle quitta la Mecque avec son beau frère. Cette fois les poursuivant de la veille fermèrent leurs yeux.

Médine accueillit la fille du Prophète avec enthousiasme. Le Prophète saws montra sa joie, d'un côté, mais il était courroucé par le traitement que les idolâtres avaient fait subir à sa fille.

Zaynab vécut, au cours des six premières années à Médine, dans la sérénité, si ce n'est l'espoir d'apprendre un jour que son mari venait d'embrasser l'islam. C'est que depuis son arrivée auprès de son père, des centaines et des centaines de gens avaient rejoint la religion de Dieu. Elle voyait que la victoire que le Très Haut avait promis à son Messager était certaine.

Un matin, à l'heure de la prière du fajr, elle entendit sa porte s'ouvrir lentement et avec précaution. Soudain, elle vit son mari, debout au seuil de la maison. Elle fut transportee de joie et cria: «Abû-l-Âs ! Abû-l-Âs !». Ces retrouvailles n'etaient pas toutes empreintes de joie. L'époux de Zaynab n'était pas venu a Médine en tant que Musulman mais comme fugitif. II demeurait encore associateur comme il l'était avant. Il lui donna alors les explications suivantes:

– Ô Zaynab! Je ne suis pas a Yathrib en tant que musulman. Je revenais de Syrie avec une caravane transportant certaines marchandises à moi et d'autres à un groupe de Qurayshites. Au cours du chemin, une expédition militaire, conduite par Zayd Ibn Harith et comprenant cent soixante-dix hommes, nous intercepta. J'ai réussi à leur échapper. Je me suis caché jusqu'à la tombée de la nuit. A présent, je suis là en cachette et je me place sous ta protection.

Zaynab etait angoissée. Elle ne savait quelle attitude prendre. Elle garda le silence et entendit son père prononcer le takbîr de la priere de l'aube. A la fin de l'office, elle sortit au seuil de la porte et voyant les croyants sortir en groupe de la mosquee, elle cria:

– Ô vous les gens ! Sachez que j'ai sous ma protection Abû-l-Âs Ibn Rabi'.

L'Envoyé de Dieu saws dit à son entourage:

– Avez vous entendu ce que j'ai entendu ? Ayant reçu une réponse positive, il ajouta « Par celui qui détient l'âme de Muhammad dans ses mains, je n'étais pas au courant de cette nouvelle jusqu'au moment où je l'ai entendue comme vous. » Il poursuivit après un court silence : « Je place sous ma protection ce que ma fille a placé sous sa protection ».

Le Prophete saws entra chez sa fille. Dès que Zaynab le vit, elle s'écria, attendant de lui son approbation et son soutien:

 Ô Envoyé de Dieu ! Si Abû-l-Âs est proche, c'est qu'il est le fils d'un oncle. Et s'il ne l'est pas, il reste le père d'un enfant. Je déclare qu'il est sous ma protection.

Son généreux père manifesta de la tendresse à sa fille. Cependant, il lui apprit qu'étant musulmane et lui associateur, elle n'était plus licite pour lui. Zaynab comprit que l'union conjugale était, à présent, interdite par la religion de Dieu puisque celle-ci n'autorisait pas le mariage d'une croyante avec un idolâtre. Aussi, lui dit-elle d'un ton triste: «C'est le moment de notre séparation». Abul-'As se cacha le visage afin que son épouse ne voit pas les larmes qui coulaient sur ses joues. Apres quoi, il leva la tête et lui dit d'un ton calme et pondéré:

– « Hier, il m'a été proposé d'embrasser l'Islam et de prendre avec moi les biens que je transportais. Mais ces biens appartiennent aux associateurs. Aussi ai-je refusé d'obtempérer. C'est qu'il est malheureux que ma vie de musulman commence en trahissant la confiance de ceux qui m'ont remis leur dépôt. »

Zaynab le regarda bien en face, cherchant a déchiffrer la pensée de son mari. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Etait-il vraiment disposé à embrasser l'Islam? Ce serait vraiment une nouvelle des plus importantes car ce serait leur retour à une vie conjugale commune.

Au matin, l'Envoye de Dieu saws envoya chercher Abu-l-'As. Il se trouvait à la mosquée, entouré de quelques uns de ses Compagnons parmi lesquels ceux qui avaient participé a l'expédition et s'étaient emparés des marchandises de la caravane. Il leur dit:

– Comme vous le savez, cet homme est l'un de nous. Vous vous êtes saisie de sa marchandise. Si vous voulez lui rendre son bien, faites-le mais si vous ne le voulez pas, gardez-le car, faisant partie d'un butin de guerre, il est de votre droit de le garder.

Tous, d'une même voix, répondirent :

– Ô Envoyé de Dieu! Nous lui rendons les biens que nous lui avons pris.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Tous les biens, sans exception, furent restitués.

Au moment de se dire adieu, Abu-l-'As promit à l'Envoyé de Dieu saws qu'il embrasserait l'Islam dès qu'il aurait remis les biens à leurs ayant droits.

Abu-l-'As arriva à La Mecque. Les Mecquois étaient ravis de son retour avec des gains appréciables, conséquents à de fructueuses tractations commerciales. Il s'assura que tous avaient récupéré leurs biens. Puis, balayant du regard l'assistance, il dit avec calme et moderation mais d'une voix distincte pour qu'il puisse être entendu:

– « Je témoigne qu'il n'y a point de divinité en dehors de Dieu et je témoigne que Muhammed est le serviteur et l'Envoyé de Dieu. » Il continua : « Si je n'ai pas donné mon adhésion à l'Islam alors que je me trouvais à Médine, c'est pour que vous ne disiez pas que je voulais m'accaparer de vos biens. A présent que je vous ai restitué votre dû, je me déclare musulman. »

Après quoi, il partit en direction de Médine, laissant Ie public abasourdi par cette sensationnelle nouvelle. Quant à lui, il resplendissait de joie car il allait retrouver sa femme bien-aimée et vivre auprès d'elle le restant de leurs jours. Arrivé à Médine, il se dirigea vers la mosquée où se trouvait le Prophète. Sur son passage, les musulmans le saluaient et le félicitaient d'avoir embrassé l'Islam.

Mais lui, il etait préoccupé par une seule idée: est-ce que 1'Envoye de Dieu allait accepter une nouvelle union avec Zaynab? Etant musulman, rien ne s'opposait a ce qu'il vive sous le même toit que Zaynab. C'est pourquoi, le Prophète saws prit son beau-fils par la main et le conduisit chez sa fille. C'était ainsi que le rempart, qui les avait désunis, avait été détruit et que la vie conjugale entre les deux époux reprit naturellement.

Hélas, une année après la reprise des liens conjugaux, Zaynab mourut au début de l'an huit de l'Hégire. Cette fois, c'était une séparation definitive en ce monde.

C'est le Prophète saws qui la déposa dans sa tombe et on sait qu'il invoqua Allah en sa faveur.

Quant à Abû-l-`As, il survécut jusqu'au califat de `Umar.

Qu'Allah soit satisfait de Zaynab 

2. Ruqiyya

Les cris et les pleurs de Zaynab vibraient encore entre les quatre murs de la maison, quand une seconde fille, Ruqiyya , était venue égayer la maison du Prophète  et de son épouse Khadija . Cette naissance était comme la première une bonne et heureuse nouvelle.

1. Comme ses soeurs, elle reçut la meilleure éducation.

Le mariage des deux soeurs :

Quelque temps après le mariage de Zaynab avec Abu l-As Ibnu-r-Rabi', une délégation de la famille de Abd al-Muttalib arriva dans la maison de Muhammad . Elle etait venue pour demander la main de Ruqiyya et sa petite soeur Um Kaltoum pour 'Ataba et 'Utayba, les deux neveux de 'Abdul-'Uzza.

Les deux filles n'avaient rien à reprocher aux deux prétendants, mais elles s'inquietèrent de la réputation de Umm Jamila, la femme de 'Abdul-'Uzza et mère des deux jeunes hommes, qui était connue pour avoir un coeur dur, insensible aux malheurs des autres. Elle était, de plus, une mauvaise langue.

Mais Ruqiyya et Um Kaltoum ne purent pas décliner la proposition de mariage, car un refus aurait été ressentit comme un affront et une humiliation à Umm Jamila, qui n'aurait pas hésité à créer une zizanie dans le clan Quraychite.

Ainsi, elles acceptèrent de se marier pour ne pas causer de problème entre leur Père Muhammed et ses proches parents. Il ne leur restait qu'à supporter l'animosité de 'Abdu-l-'Uzza et la malveillance de sa femme.

2. Répudiation et Persécution

Le Mariage ne durera pas longtemps. En effet, dès que le Prophète  commença sa mission et se mit a appeler les gens à la religion de la vérité, ses deux filles Umm Kaltoum et Ruqiyya furent chassées de la maison d''Abdu-l-'Uzza surnommé Abu Lahab et retournèrent auprès de leur père et leur mère.

Les membres de la famille des deux maris, enracinés dans leur idolâtrie, avaient été encouragés par les Quraysh, aussi entêtés dans leur mécréance qu'eux, à répudier les deux filles sans tarder :

– En vous mariant avec ses filles, vous avez soulagé Muhammad de ses soucis. Rendez lui donc ses filles pour le faire replonger dans ses insolubles problèmes.

Ils promirent aux deux fils d'Abu Lahab de les marier avec n'importe quelles autres femmes qurayshites qui leur plairaient.

Umm Jamil etait, en réalité, jalouse de as-sayyida Khadija. Elle éprouvait même de la haine envers elle. En incitant les gens contre Muhammad, elle voulait, par la même occasion, altérer le bonheur de son épouse, bonheur qui était cité en exemple dans le milieu mecquois. Non seulement, elle lui rendit ses deux filles, mais elle, et son mari, descendirent dans l'arène de la bataille qui opposait le Sceau des envoyés aux Qurayshites. Il n'y avait pas quelqu'un d'aussi virulent qu'elle et aussi méchant que son époux.

C'est d'elle et de son mari qu'il est question dans la sourate 111 intitulée « Al-Massad », ce qui augmentera davantage leur colère et leur agression :

Que périssent les deux mains d´Abu-Lahab et que lui-même périsse. Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu´il a acquis. Il sera brûlé dans un Feu plein de flammes. De même sa femme, la porteuse de bois, à son cou, une corde de fibres.

Lorsque cette sourate fut revelée, Umm Jamil, la femme d'Abu Lahab, chercha le Prophète  qui se trouvait avec Abu Bakr dans l'enceinte de la Ka'ba. Ce dernier, en voyant Umm Jamil s'avancer vers eux, dit au Prophète :

– Mets-toi de côté ou quitte la mosquée car il semble qu'elle est venue t'agresser.

Abu Bakr, quelque peu surpris, reçut cette réponse :

– Il y aura comme un écran entre elle et moi. Ainsi elle ne le vit pas.

La femme d'Abu Lahab dit à Abu Bakr sur un ton coléreux, tout en dévoilant son ignorance sur l'origine et la portée de la révélation divine :

– Ton compagnon fait de la poésie contre moi.

Abu Bakr répliqua comme pour rectifier l'erreur de cette femme perfide et lui expliquer la vraie dimension du Livre de Dieu :

– Par Allah ! Il ne dit pas de la poésie.

Quand elle partit, étonné, Abu Bakr dit à son ami :

– Ô Envoyé de Dieu ! Comment se fait il qu'elle n'a pas pu te voir alors que tu es assis près de moi, aussi visible que moi même ?

Le Prophète  répondit en souriant, insouciant de l'incrédulité de cette femme vouée, incontestablement, aux affres du Feu :

– En effet, un ange s'est interposé entre elle et moi.

Le Mariage de Ruqiyya et 'Uthman Ibn 'Affan

En renvoyant les deux filles chez leurs parents, Abu Lahab et sa femme Umm Jamil pensaient perturber la famille du Prophète.

Ainsi, leur tentative échoua lamentablement d'autant que Uthman Ibn Affan ne tarda pas à demander la main de Ruqiyya. Celle ci allait connaître une meilleure vie conjugale avec cet homme qui faisait partie des dix hommes auxquels le Paradis avait été promis. Il appartenait à la jeunesse dorée des Quraysh. Cette union venait renforcer la communauté musulmane, d'autant plus que ses membres étaient disposés à sacrifier leurs biens et leur vie pour le triomphe de la religion de Dieu.

3. L'émigration en Abyssinie

Lorsque le Prophète  vit que l'oppression s'accentuait et qu'il n'avait aucun moyen de s'y opposer, il ordonna aux croyants d'émigrer en terre d'Abyssinie où régnait un roi juste, incapable de faire du mal aux gens.

Uthman Ibn Affan a été le premier à émigrer accompagné de sa femme Ruqiyya. Celle ci ne pouvait pas retenir ses larmes. Elle embrassa son père, sa mère et ses soeurs avant de suivre son mari vers ce pays étranger qu'elle voyait pour la première fois.

Les Abyssins accueillirent convenablement les premiers émigrants et le Négus les laissa vaquer à leurs occupations en toute liberté. Il leur permit de pratiquer leur religion sans qu'aucun ne puisse exercer sur eux une quelconque contrainte.

Cet état ne fit qu'accroître la colère des associateurs mecquois. Ils n'admettaient pas que des musulmans puissent vivre en sécurité. Ainsi, ils décidèrent d'envoyer une délégation pour convaincre le Négus de renvoyer les émigrants à la Mecque, mais le Roi Chrétien refusa de les expulser à cause de leur croyance à Jésus Christ.

L'échec de la tentative procura une immense joie aux musulmans qui allaient vivre en paix, sans toutefois oublier leur patrie.

Ruqiyya était de celles qui avaient le plus de nostalgie. Il est vrai que c'était la première fois de sa vie qu'elle se séparait de son père, sa mère et ses soeurs. Cependant, les événements qu'elle avait subis à la Mecque et les fatigues du trajet jusqu'en Abyssinie avaient quelque peu épuisé ses forces. Sa santé était si fragile qu'elle ne pouvait supporter le bébé qui était dans son ventre. Ce fut alors qu'elle fit une fausse couche. Dieu merci, elle aura un autre enfant une année plus tard. Elle lui donna le nom de son grand-père : 'Abd Allah.

La faiblesse ressentie par Ruqiyya ne la découragea pas parce qu'elle était entourée des soins de son mari et de l'attention des émigrants. Leur précieuse aide lui fit surmonter la crise morale dont elle avait été atteinte. Sa santé s'améliora encore davantage quand elle apprit que le blocus organisé autour de sa famille avait été levé.

Les nouvelles lui parvenaient, de temps à autre, de la Mecque. Ce fut ainsi qu'elle apprit que de nouveaux membres étaient venus renforcer la communauté musulmane. L'information la plus importante portait sur l'annonce de la réconciliation des assiciateurs avec son père. Cette fausse nouvelle s'était propagée à la suite de la mauvaise interprétation qui a été faite sur ce qui est appelé « les versets sataniques ». La révélation avait mis les choses au point mais les émigrants ne l'avaient pas appris à temps. Aussi, leur éventuel retour à la Mecque les remplissait de joie.

4. Le Retour à la Mecque

En effet, quelques temps après, des émigrants firent les préparatifs nécessaires pour leur retour. Les partants étaient au nombre de trente trois conduits par Uthman Ibn Affan, accompagné de sa femme et de son nourrisson Abd Allah. La perspective de revoir leurs familles et leurs amis les comblait de gaieté et d'allégresse. Ils se voyaient déjà vivre dans la tranquillité et la paix.

Hélas ! Ils s'aperçurent que rien n'avait changé. Les musulmans mecquois étaient toujours harcelés et brutalisés par les mécréants. Ruqiyya entra néanmoins dans la maison de ses parents en toute confiance. Elle entoura de ses bras ses soeurs Um Khatum et Fatima, ignorant la mauvaise nouvelle qui l'attendait. Elle tourna son regard à droite et à gauche et demanda :

– Où est mon père et où est ma mère ?

Elle apprit que son père était allé à la rencontre des émigrants. Puis, un silence pesant s'abattit dans la maison. Elle répéta sa question :

– Et ma mère où est-elle ? , le coeur palpitant.

Um Kaltoum se tut. Quant à Fatima, elle sortit de la chambre, ses yeux gonflés de larmes. Ruqiyya se dirigea vers la chambre de sa mère qu'elle trouva vide. Elle comprit que celle qui lui donna le jour, n'était plus de ce monde. Elle demeura pétrifiée de douleur jusqu'à l'arrivée de son père qui la consola

L'émigration à Médine et décès de Ruqiyya

Ruqiyya ne resta pas longtemps à la Mecque. Après l'émigration de son père à Médine, ce fut ensuite son tour d'aller le rejoindre, en compagnie de son mari.

A Médine, elle feignit d'oublier la mort de sa mère et les misères qu'elle traversait depuis que son père s'était mis à appeler les gens à se conformer à la religion de Dieu. Hélas, Dieu lui fit connaître de nouvelles épreuves. En effet, son fils Abd Allah mourut alors qu'il n'avait que six ans. Elle tomba elle même malade, entourée par les soins de son mari.

Ruqiyya était dans un état critique quand elle entendit l'appel au Jihad. C'était la mobilisation des Muhajirins et des Ansars qui allaient affronter l'ennemi à Badr. Uthman aurait souhaité répondre à cet appel mais son coeur ne l'autorisait pas à quitter Ruqiyya qui luttait contre les affres de la mort. D'ailleurs, le Prophète  l'en dispensa, lui ordonnant de demeurer au chevet de sa femme mourante. Quelques temps après, elle perdit l'âme, au moment où l'annonce de la victoire des croyants sur les mécréants se répandit dans toute la ville de Médine.

Le Prophète  arriva, s'approcha du lit de la défunte et l'embrassa sur le front en signe d'adieu. Ensuite, il alla consoler Fatima qui, courbée sur le lit de sa soeur, versait de chaudes larmes.

Toutes les croyantes accoururent en apprenant la malheureuse nouvelle de la mort de Ruqiyya. Aucune d'elles ne pouvait retenir ses larmes, tant une profonde tristesse agitait leurs coeurs. Leurs cris irritèrent Umar Ibn Khattab qui les réprimanda en leur disant que ce lieu avait besoin de calme et de tranquillité. Le Prophète , stoppa leurs lamentations en disant :

– Tout ce qui est dans les yeux et le coeur émane de Dieu et de sa Miséricorde. Quant à ce qui vient de la main et de la langue est produit par Satan.

Après quoi, il fit la prière sur sa fille Ruqiyya, cette femme qui avait connu deux émigrations, l'une en Abyssinie et l'autre à Médine et dont la mort coïncida avec l'éclatante victoire de la foi sur la mécréance à Badr.

Qu'Allah soit satisfait de Ruqiyya 

3. Umm Kaltoum

Ni l'amertume, ni le désappointement n'effleurèrent l'esprit de Muhammed  et Khadija  à la naissance d'une troisième fille, Um Kaltoum  . Pourtant, cette nouvelle aurait chagriné n'importe quel autre père qui n'ayant pas d'enfant mâle se serait sentit humilié. Au contraire, Muhammed  et Khadija ont remercié Dieu de leur avoir offert ce petit bijou qui réjouissait leurs yeux.

Comme ses soeurs, elle reçut la meilleure éducation.

1. Le mariage des deux soeurs :

Quelque temps après le mariage de Zaynab avec Abu l-As Ibnu-r-Rabi', une délégation de la famille de Abd al-Muttalib arriva dans la maison de Muhammad . Elle etait venue pour demander la main de Um Kaltoum et sa grande soeur Ruqiyya pour 'Utayba et 'Ataba, les deux neveux de 'Abdul-'Uzza.

Les deux filles n'avaient rien à reprocher aux deux prétendants, mais elles s'inquietèrent de la réputation de Umm Jamila, la femme de 'Abdul-'Uzza et mère des deux jeunes hommes, qui était connue pour avoir un coeur dur, insensible aux malheurs des autres. Elle était, de plus, une mauvaise langue.

Mais Ruqiyya et Um Kaltoum ne purent pas décliner la proposition de mariage, car un refus aurait été ressentit comme un affront et une humiliation à Umm Jamila, qui n'aurait pas hésité à créer une zizanie dans le clan Quraychite.

Ainsi, elles acceptèrent de se marier pour ne pas causer de problème entre leur Père Muhammed  et ses proches parents. Il ne leur restait qu'à supporter l'animosité de 'Abdu-l-'Uzza et la malveillance de sa femme.

2. Répudiation des deux soeurs

Le Mariage ne durera pas longtemps. En effet, dès que le Prophète  commença sa mission et se mit a appeler les gens à la religion de la vérité, ses deux filles Umm Kaltoum et Ruqiyya furent chassées de la maison d''Abdu-l-'Uzza surnommé Abu Lahab et retournèrent auprès de leur père et leur mère.

Les membres de la famille des deux maris, enracinés dans leur idolâtrie, avaient été encouragés par les Quraysh, aussi entêtés dans leur mécréance qu'eux, à répudier les deux filles sans tarder :

– En vous mariant avec ses filles, vous avez soulagé Muhammad de ses soucis. Rendez lui donc ses filles pour le faire replonger dans ses insolubles problèmes.

Ils promirent aux deux fils d'Abu Lahab de les marier avec n'importe quelles autres femmes qurayshites qui leur plairaient.

3. Le blocus décrété par les mécréants

Dieu avait voulu faire du bien à Um Kaltoum en la divorçant de 'Utayba Ibn Abu Lahab. Elle avait été délivrée de la fureur d'Umm Jamil, la porteuse de bois, ainsi que l'avait décrite le Coran. Donc, après sa répudiation, Umm Kaltoum rejoignit la maison paternelle et vécut avec sa soeur Fatima à la Mecque.

Cela lui donna l'occasion d'aider sa mère Khadija, et son père qui revenait à chaque fois exténué par les offenses dont ses compatriotes l'accablaient. Les deux femmes étaient là pour le soulager de ses souffrances morales.

Entre temps, Hamza rallia les rangs de la communauté musulmane suivi de Umar Ibn Khattab. Umm Kaltoum se sentait quelque peu soulagé car elle voyait que son père était à présent entouré d'hommes vaillants, capables de lui apporter une aide précieuse.

Cependant, la vindicte des Quraysh était tenace. Aussi Umm Kaltoum subit avec ses parents et toute la famille Hashimite, sauf Abu Lahab, le blocus organisé par les mécréants. Elle mangea avec eux les feuilles des arbres quand ils n'avaient pas de quoi se nourrir décemment. Pendant trois ans, toutes les nourritures, qu'ils recevaient, leur parvenaient clandestinement par des amis et des alliés.

Cette pénible situation n'ébranla pas pour autant la foi d'Umm Kaltoum. Elle était certaine de la victoire de son père bien qu'elle avait, comme tous les autres, si faim qu'elle portait à sa bouche tout ce qui lui paraissait consommable. Cet état dura jusqu'au jour où un groupe d'assiociateurs eurent leur conscience troublée de voir des gens souffrir de la sorte. Beaucoup commencèrent à regretter leur acte. Ce fut ainsi, qu'une nuit, Hisham Ibn Amru arriva avec un chameau plein de provisions près du lieu du blocus. Il libéra la bête de ses rênes et celle ci se dirigea vers le campement.

Le Prophète  distribua le contenu entre tous les prisonniers du campement.

Quelques temps plus tard, Hisham Ibn Amr et d'autres hommes avec lui décidèrent de déchirer la proclamation du blocus. Arrivés à la Kaaba, ils trouvèrent la proclamation rongée par les termites. Il ne restait suspendu qu'un petit carré de papier où il était encore écrit :

« En ton Nom Seigneur Dieu – Bismika allahumma ». Devant ce spectacle imprévu, les Quraysh restèrent interloqués.

4.  Fin du blocus et décès de Khadija

Les musulmans présents dans ce campement, applaudirent la bonne nouvelle. Tous ce préparèrent à quitter ce lieu de sacrifice et de privation et se dirigèrent vers la Ka'ba. Ils firent le tour de ce temple, après quoi, chacun retourna chez lui.

Dans la maison du Prophète , As-Sayyida Khadija se prépara à rencontrer son Seigneur. Quelques temps après la levé du blocus, alors que son mari se trouvait à ses côtés, elle rendit l'âme. Ses filles, Umm Kaltoum et Fatima entouraient son lit. Elles embrassèrent une dernière fois cette mère qui avait montré tant de courage, de persévérance et de ténacité devant l'adversité.

5. L'émigration à Médine

Le moment arriva ou Dieu ordonna au Prophète  d'émigrer à Yathrib. Il fit ses adieux à ses filles, avec l'espoir de les revoir à Médine et émigra avec son compagnon Abu Bakr.

La bonne nouvelle de leur arrivé à Yathrib, sains et sauf, arriva à la Mecque. Il était, à présent temps que les filles, Umm Kaltoum et Fatima, ainsi que la famille d'Abu Bakr rejoignent leur père sous la conduite de Zayd Ibn Haryth. La tristesse d'abandonner leur maison se mêlait à la joie de revoir leur père et de vivre avec lui au milieu d'autres émigrants et de leurs hôtes bienfaiteurs les Ansârs.

Deux années s'écoulèrent depuis l'émigration d'Umm Kaltoum et de Fatima. Cette période avait été pleine d'évènements. Umm Kaltoum était témoin du retour de son père victorieux à Badr. De la même manière, elle vécut la triste mort de sa chère soeur Ruqiyya.

6. Le mariage avec Uthman Ibn Affan

Au cours de la troisième année, les Quraysh continuaient à pleurer leurs morts de Badr et appelaient à la vengeance. Umm Kaltoum s'attendait que Uthman Ibn Affan demande sa main après la mort de sa femme Ruqiyya. Cependant, un léger incident faillit déranger ce projet. En effet, un jour du mois ar-Rabi', le Prophète  rentra à la maison pour un repos bien mérité.

Il n'eût pas le temps de s'asseoir que 'Umar Ibn Khattab  fit irruption chez lui, agité par la colère. Il se plaignit de l'attitude d'Abu Bakr  et de Uthman  parce qu'il avait proposé, à l'un puis à l'autre, de prendre pour femme sa fille Hafsa. Celle-ci avait perdu son mari Khunays Ibn Hadhafah. Si Abu Bakr garda le silence, Uthman lui répondit :

– Je ne veux pas me marier aujourd'hui.

Umm Kaltoum entendit son père dire à Umar :

– Hafsa se mariera avec un homme meilleur que Uthman. Et Uthman se mariera avec une femme meilleure que Hafsa.

Elle comprit l'allusion et son coeur se mit à battre de joie. Alors le Prophète  l'appela et lui proposa de se marier avec Uthman. Elle donna son accord. Le mariage fut célébré et Umm Kaltoum rejoignit la maison de Uthman, où sa grande soeur avait également vécu.

Umm Kaltoum vécut six années dans la maison de Uthman. Elle avait vu l'Islam remporter victoire sur victoire, comme elle avait vu son père organiser des expéditions militaires les unes après les autres. Son mari était toujours aux côtés de son père. Il combattait en donnant sa fortune et en se disposant à sacrifier sa vie.

7. La générosité de Uthman Ibn Affan

Il y avait un puits nommé « puits de dawmah » qui appartenait à un Juif. Celui ci s'enrichissait en vendant de l'eau aux musulmans. Une fois, l'Envoyé de Dieu  dit à ses compagnons :

– Qui de vous achètera ce puits et le mettra à la disposition des musulmans pour qu'ils puissent s'alimenter librement en eau ? Celui qui le fera aura un abreuvoir spécialement réservé à lui au Paradis.

Uthman se proposa d'aller voir le Juif, propriétaire du puits. Il lui fit une proposition, mais le Juif ne daigna en vendre que la moitié au prix de douze mille dirham. Ainsi, il l'acheta. Il fut décidé que la propriété du puits serait un jour à Uthman et un jour au Juif. Quand le tour du premier arrivait, les musulmans emplissaient de l'eau de sorte que ce liquide leur suffise pendant deux jours. Quand le Juif vit ce qui se passait, il lui dit :

– Tu m'as privé d'une source de revenu. Achète donc l'autre moitié pour huit mille dirham. C'est ce qui fut fait.

Une autre fois, le Prophète  demanda à ses compagnons :

– Qui de vous voudrait agrandir notre mosquée ? Uthman acheta un terrain qui permit d'élargir l'espace du lieu de prière.

Au mois de Dhu-l-Qi'da, an VI de l'hégire, Umm Kaltoum vit son père quitter Médine à la tête d'environ mille cinq cents compagnons. Il voulait aller à la Mecque pour effectuer la Umra, le petit pèlerinage. Tous partirent sans armes, sauf leurs épées gardées dans leurs fourreaux. Ce qui signifiait qu'ils n'avaient pas l'intention de livrer une bataille. Les Mecquois s'opposèrent à l'entrée des musulmans dans leur cité. Ils les bloquèrent à Hudaybiyya. Le Prophète  envoya Uthman comme émissaire afin qu'il fasse savoir aux associateurs que les musulmans n'ont pas d'intention belliqueuse. Leur seul désir est seulement de s'acquitter des rites de la Umra.

En apprenant que son mari avait été désigné en qualité d'émissaire pour le camp ennemi, Umm Kaltoum sentit de fortes palpitations dans son coeur. Elle n'ignorait pas que son père avait une grande confiance en son époux. Il était digne de confiance d'accomplir une mission aussi délicate et périlleuse. Cela ne l'empêcha pas de craindre pour sa vie. La fausse nouvelle de la mort de Uthman, tué par les idolâtres, se répandit à Médine. Son angoisse se transforma alors en une profonde consternation tant son chagrin n'avait plus aucune limite.

Quant au Prophète , il appela les croyants à prêter le serment « bay'atu-r-ridwan » de venger Uthman. Cependant le deuil d'Umm kaltoum ne dura pas longtemps puisque son mari était revenu, sain et sauf, de sa mission. Un traité fut signé entre les deux parties dans lequel les mecquois autorisaient les musulmans à revenir l'an prochain accomplir leur devoir. C'est ce qui fut fait.

8. Triomphe de l'Islam et décès d'Umm Kaltoum

Deux années après le pacte de Hudaybiyya, les musulmans entrèrent triomphalement à la Mecque. Ainsi, Umm Kaltoum assista à la victoire finale de l'Islam. En ce moment où la voie était libre pour ce qui voulait retourner chez lui à la Mecque, elle se rappela sa mère et ses deux soeurs Zaynab et Ruqiyya, toutes ensemble dans leur maison familiale. Umm Kaltoum était aussi témoin de l'expédition de Tabuk au mois de Rajab, an IX de l'hégire. Ce fut avec l'argent de son mari que l'armée musulmane fut équipée. Il offrit neuf cents cinquante chameaux. Il ajouta cinquante chevaux pour boucler le chiffre de mille. Tous ces évènements ne pouvaient que réjouir Umm Kaltoum.

Hélas ! Tout a une fin. Umm Kaltoum mourut dans la maison de son époux, en l'an IX de l'hégire sans laisser de descendance. Le Prophète  demeura debout devant la tombe de sa fille, les yeux pleins de larmes et le coeur serré de souffrance. Il ne restait auprès de lui que Fatima, la plus jeune des filles.

Ainsi Umm Kaltoum mourut avant son père qui retournera auprès de son Créateur une année plus tard. Sa mort lui évita d'assister à la mort tragique de son mari Uthman, assassiné par des assiégeants en furie et qui, après elle, épousa deux autres femmes : Umm al-Banin bint Ubayda et Naïla Bint al-Farâfasa.

4. Fatima Zahra

Fatima  était la plus jeune des filles du Prophète saws. Elle est née cinq années avant le début de la révélation ; le jour même où les Quraysh choisirent son père pour la pose de la pierre noire au terme de la reconstruction de la Kaaba.

Elle vécut heureuse auprès de son père, de sa mère, et de ses soeurs, en particulier Zaynab qui joua, pour elle, le rôle de mère. Fatima devait se séparer de ses soeurs, l'une après l'autre, à la suite du mariage de chacune d'elle.

Elle était encore toute jeune lorsque la révélation descendit sur son père. Elle vécut avec le fils de son oncle paternel, Ali Ibn Abu Talib, que le Prophète saws joignit à sa famille et considéra comme son fils. 'Ali, qui n'avait que quatre ans de plus qu'elle, fut donc pour Fatima un frère et un compagnon.

1. Témoin des peines endurées par son père

Dès la cinquième année de son âge, Fatima devait, malgré elle, affronter les durs heurts soulevés par les idolâtres contre la nouvelle religion qu'était l'Islam. C'est dire que, sans regretter cette période, elle ne connut pas une enfance tranquille.

Fatima était présente lorsque 'Aqaba ibn Abu Mu'it arriva, portant dans un sac les entrailles d'un mouton. Il les jeta sur le dos de l'Envoyé de Dieu saws , au moment où il se prosternait. Il ne leva pas la tête jusqu'au moment où sa fille Fatima s'approcha de lui, prit la saleté jetée sur son père et la jeta sur 'Aqaba. A ce moment, il releva la tête et lança la malédiction contre Abu Jahl, 'Ataba et d'autres encore. Cette malédiction fit peur aux associateurs. Ils stoppèrent leurs attaques et laissèrent le père de Fatima poursuivre sa prière. Après quoi, le Prophète saws et sa fille quittèrent les lieux, la main dans la main et se dirigèrent vers leur maison.

A une autre occasion, Fatima était avec le Prophète saws alors qu'il faisait le « Tawâf » autour de la Kabah. Une foule de Quraysh se réunit autour de lui, le saisirent et essayèrent de l'étrangler avec ses propres vêtements. Fatima cria et appela à l'aide. Abu Bakr accouru et réussit à libérer le Prophète saws. Il implorait alors: 'Tueriez-vous un homme qui dit : 'Mon seigneur est Allah'. Au lieu de baisser les bras, la foule se tourna vers Abu Bakr et commença à le battre jusqu'à ce que le sang coule de sa tête et de son visage.

2. Emigration à Médine

Ce fut dans ce contexte que Fatima grandit jusqu'au jour où sa famille subit le blocus des mécréants. Elle vécut donc dans le campement avec les privations et les souffrances et ressortit comme tous les autres pour retourner à la Mecque. Elle fut alors témoin de la mort de sa mère Khadija. Quelques temps après, elle suivit son père à Médine à la suite de son émigration avec d'autres Compagnons. 'Ali, qui resta à la Mecque pour surveiller et protéger les arrières du Prophète saws, rejoindra ce dernier trois jour après.

Le voyage de Fatima et de sa soeur Umm Kaltoum à Médine ne se fit pas sans difficulté. Des associateurs les rattrapèrent en cours de route. Al Huwayrath Ibn 'Abd Ibn Qassi, un de ceux qui firent le plus de mal à leur père à la Mecque, piqua de sa lance le chameau monté par Fatima. Celle-ci fut déséquilibrée et tomba sur le sol. A cette époque, c'était une jeune fille frêle et faible de corps.

Fatima finira, en fin de compte par arriver à Médine. Elle fut témoin de la fraternité que son père avait suscitée entre les Muhajirin et leurs hôtes les Ansars. Ce fut une fraternité concrétisée par des actes tangibles. Le Prophète saws, lanca cet appel :

– « Soyez frères en Dieu, Que chacun prenne un frère. Quant à moi, voici mon frère » et il désigna Ali.

3. Son mariage avec 'Ali'

A cette période, Fatima s'approchait de sa dix-huitième année. Ce n'était plus la fille qui, toute jeune, disait à sa mère qu'elle ne se marierait jamais car elle ne tenait pas à se séparer de ses parents comme ses soeurs l'avaient fait. Cependant, elle atteint l'âge de la maturité et savait que le mariage est un état naturel depuis Eve jusqu'à sa mère et ses soeurs. Elle avait à ses côtés 'Ali qu'elle voyait quotidiennement. Celui-ci avait des vues sur elle mais il n'osait pas les exprimer ouvertement.

En l'an II de l'Hégire, elle reçut des propositions de mariage par l'intermédiaire de son père, dont deux furent rejetées. Ali, le fils d'Abu Tâlib, rassembla alors son courage et vint demander sa main au Prophète. En présence du Prophète pourtant, il se laissa intimider et perdit sa langue. Il ne quitta pas le sol des yeux et ne put dire un mot. Le Prophète saws lui demanda alors :
– 'Pourquoi es-tu venu ? As-tu besoin de quelque chose ?'
Ali ne pouvait toujours pas parler, alors le Prophète saws suggéra :
– 'Peut-être es-tu venu pour demander Fatima en mariage ?'
– 
'Oui' répondit Ali.
Le Prophète saws dit simplement : 'Marhaban wa ahlan – Bienvenue dans la famille' et cela fut prit comme l'approbation du Prophète par Ali et par les Ansars qui l'attendaient dehors. On rapporte aussi que le Prophète saws approuva et demanda à Ali s'il avait quelque chose à donner en dot. Ali répondit que non. Le Prophète saws lui rappela qu'il avait un bouclier qu'il pouvait vendre.

Ali vendit le bouclier à Uthman pour quatre dirhams et pendant qu'il se dépêchait de retourner chez le Prophète saws pour lui remettre la dot, Uthman l'arrêta et lui dit :
'Je te rends ton bouclier comme cadeau de ma part pour ton mariage avec Fatima'.

Le Prophète saws lui-même dirigea la cérémonie du mariage. Pour le « Walîmah », on servit aux invités des dattes, des figues et une mixture de dattes et de beurre gras appelé hais. Un membre dirigeant des Ansars offrit un bélier et d'autres firent des dons de céréales. Tout Médine se réjouit.

Pour son mariage, on rapporte que le Prophète saws offrit à Fatima et à Ali, un lit de bois entrelacé de feuilles de palmes, une couverture de lit en velours, un coussin en cuir rempli de fibres de palmes, une peau de mouton, une marmite, une outre en peau et une meule manuelle pour moudre le grain.

4. Les difficultés matérielles

La vie de Fatima avec Ali fut aussi simple et sobre qu'elle l'avait été chez son père. En fait, en ce qui concerne le confort matériel, c'était une vie de difficultés et de privations. Durant leur vie commune, Ali resta pauvre car il n'attachait que peu d'importance aux richesses matérielles.

Fatima était la seule parmi ses sœurs à ne pas avoir épouser un homme riche.

En fait, on pourrait dire que la vie de Fatima avec Ali était même plus rigoureuse que celle qu'elle eut chez son père. Au moins, avant le mariage, il y avait toujours dans la famille du Prophète saws une quantité de mains prêtes à aider. Mais maintenant elle devait faire face seule, de fait. Pour soulager leur pauvreté extrême, Ali travaillait comme peintre et porteur d'eau et elle comme broyeuse de céréales. Un jour, elle dit à Ali : 'J'ai moulu jusqu'à ce que mes mains se couvrent de cloques'. 'J'ai puisé de l'eau jusqu'à en avoir mal à la poitrine' répliqua Ali.

Celui-ci suggéra à Fatima 'Dieu a donné à ton père quelques prisonniers de guerre, va lui demander de te donner une servante'.
A contrecœur, elle alla chez le Prophète saws qui lui dit : 'qu'est-ce qui t'amène ici, ma petite fille ?' 'Je suis venue te donner le Salam' dit-elle de peur qu'il ne puisse lui donner ce qu'elle avait l'intention de demander.
'Que faisais-tu ?' demanda Ali lorsqu'elle repartit seule.
'J'avais honte de lui demander' dit-elle. Alors tous deux vinrent ensemble mais le Prophète saws sentit qu'ils étaient moins dans le besoin que d'autres.
'Je ne vais pas vous le donner' dit-il 'et laisser les Ahl as-Suffah (pauvres musulmans restés dans la mosquée) tourmentés par la faim. Je n'ai pas assez pour leur nourriture…'

Ali et Fatima rentrèrent chez eux, et se sentirent quelque peu découragés mais cette nuit, après qu'ils soient allés se coucher, ils entendirent la voix du Prophète leur demandant la permission d'entrer. Pour l'accueillir, ils se levèrent, mais le Prophète saws leur dit :
'Restez où vous êtes' et il s'assit à côté d'eux 'Ne vous indiquerais-je pas quelque chose de meilleur que ce que vous êtes venus me demander ?' demanda-t-il et ils lui dirent 'Si', il dit : 'Les mots que Jibril m'a enseignés, que vous pouvez dire : 'Subhana Allah' dix fois après la prière, et dix fois « Al hamdu lillah' et dix fois « Allahu Akbar« . Et avant de dormir, il faut que vous le disiez 33 fois chacun.
Ali dit plus tard : 'Je n'ai jamais manqué de le faire depuis que le Messager de Dieu saws nous l'a enseigné'.

5. Perte de sa soeur

Au milieu de la seconde année suivant la Hijrah sa sœur Ruqayyah tomba malade: Elle fut prise par la fièvre et la rougeole. Ce fut peu de temps avant la bataille de Badr. Uthman, son mari, resta à ses côtés et manqua la bataille. Ruqayyah mourut juste avant le retour de son père. De retour à Médine, une des premières choses qu'il fit fut de se rendre sur sa tombe.

Fatima y alla avec lui. C'était la première perte qu'ils subirent au sein de leur proche famille depuis la mort de Khadîdjah. Fatima fut énormément touchée par la mort de sa sœur. Les larmes coulèrent de ses yeux dès qu'elle s'assit à côté de son père sur le bord de la tombe, et il la consola et chercha à sécher ses larmes avec le coin de son manteau.

Le Prophète saws avait auparavant parlé des lamentations de la mort, mais cela avait amené un malentendu et quand il revinrent du cimetière, la voix d'Umar en colère fut entendue, contre les femmes qui pleuraient pour les martyrs de Badr et pour Ruqayyah. 'Umar laisse-les pleurer' dit le Prophète Mouhammad saws et il ajouta : 'Ce qui vient du cœur et des yeux, cela vient d'Allah et de sa miséricorde, mais ce qui vient des mains et de la langue, cela vient de Satan' – par « les mains », il faisait allusion au fait de se frapper la poitrine et de se gifler les joues et par « la langue », aux cris en cœur lancés par les femmes, comme une marque publique de sympathie.

6. Naissance de ses fils

La perte dont souffrit la famille avec la mort de Ruqayya fut suivie par la joie quand, au grand plaisir de tous les croyants, Fatima donna naissance à un garçon au mois de Ramadan de la troisième année après l'hégire. Le Prophète saws prononça l'Adhan dans l'oreille du nouveau-né et l'appela Al-Hasan, ce qui signifie le beau.

Un an plus tard, elle donna naissance à un autre garçon, qui fut appelé Al-Husayn, ce qui signifie le petit Hassan ou 'le petit beau'. Fatima emmenait souvent ses deux fils voir leur grand-père qui les aimait excessivement. Plus tard il les emmenait à la Mosquée et ils grimpaient sur son dos quand il se prosternait. Il fit de même avec sa petite-fille, Umamah, la fille de Zaynab.

En l'an cinq de l'hégire, Fatima donna naissance à un troisième enfant, une fille qu'elle nomma comme sa sœur aînée Zaynab, qui était décédée peu avant sa naissance. Cette Zaynab grandit et fut l'héroïne de Karbala. Le quatrième enfant de Fatima naquit l'année d'ensuite. L'enfant était aussi une fille et elle l'appela Umm Kulthum comme sa sœur qui mourut l'année précédente d'une maladie. Ainsi, l'Envoyé de Dieu saws garda dans sa pensée la mémoire de ses deux filles défuntes.

7. Vers la conquête de la Mecque

Le temps permit à Fatima d'être témoin de l'héroisme de son père qui allait de victoire en victoire, répandant une nouvelle lumière sur le monde, et s'approchait de cette victoire finale que Dieu avait promise à lui et aux croyants. Ce fut ainsi que l'image de la Mecque traversa son esprit. Huit années s'étaient déjà écoulées depuis son arrivée à Médine.

Le jour arriva où le Prophète saws s'avança vers la « Mère des cités » à la tête d'une dizaine de milliers de musulmans. L'entrée victorieuse de l'armée musulmane se fit sous une clameur aussi extraordinaire et qu'exceptionnelle. Dix mille voix scandaient :

Allahu Akbar ! Allahu Akbar ! Allahu Akbar ! Il n'y a point de divinité que Dieu ! Il a fait triompher Ses serviteurs, a renforcé la puissance de Ses soldats et a défait Seul la coalition. Il n'y a de divinité que Dieu. Allahu Akbar !

En arrivant à la Mecque, Fatima souhaita revoir la maison où elle était née et avait grandi, de même que 'Ali. Après son émigration, elle était devenue celle d'Uqayl Ibn Abu Talib. Aussi, se demanda-t-elle quelle serait la maison que son père leur choisirait à la Mecque. Les Ansârs aussi se posaient la même question : Est ce que l'Envoyé de Dieu saws allait les quitter et séjourner définitivement dans sa ville natale ? La grande joie, qui s'empara de lui en revoyant sa patrie après une si longue absence, leur fit croire qu'il ne retournerait point à Médine; l'un d'eux fit cette remarque :

– Par Dieu ! L'Envoyé de Dieu saws a retrouvé son peuple !

Fatima entendit tous les murmures des Ansars, puis le Prophète saws demanda à les faire rassembler. Il leur tint ce discours après avoir distribué un butin de guerre essentiellement aux Qurayshites, ce qui souleva le mécontentement des Médinois :

– Ô assemblée des Ansars ! Vos propos me sont parvenus ! Comment avez vous pensé de moi ce qui est dans vos coeurs ? Ne suis-je pas venu à vous alors que vous étiez égarés et que Dieu vous a guidés ? N'étiez vous pas pauvres et Dieu vous a enrichis ? N'étiez vous pas ennemis les uns aux autres et Dieu a réuni vos coeurs ? Vous êtes en droit de me dire : Tu es venu à nous alors que ton peuple te traitait de menteur tandis que nous, nous avons cru en toi et nous t'avons donné un refuge !…

– Ô assemblée des Ansars ! Ne voulez vous pas que des gens partent avec du bétail et des chameaux au moment où vous, vous retournerez chez vous en compagnie de l'Envoyé de Dieu ? Par Celui qui détient l'âme d Muhammad dans Sa main, si ce n'était l'émigration, j'aurais été un homme des Ansars. Si je devais choisir un peuple, j'opterai pour celui des Ansars. Ô Seigneur Dieu ! Accorde ta miséricorde aux Ansars, aux fils des Ansars, aux fils des fils des Ansars.

Ce discours fit pleurer les Ansars ainsi que les habitants de la Mecque. Ainsi l'Envoyé de Dieu saws a choisit la demeure de l'émigration. Il ne restait plus à Fatima qu'à faire ses adieux à la maison de son enfance et visiter une derniere fois la tombe de sa mère, avant de s'engager, avec son père, sur la route de Médine. Elle n'y séjourna que deux mois et quelques jours.

Arrivée à Médine, elle passa encore deux mois de bonheur auprès de son père dont l'affection, pour elle, son mari et ses enfants, n'avait faibli à aucun moment. Pendant cette période, elle avait repris des forces. Elle s'occupait davantage de l'éducation de ses enfants, laissant les travaux de la maison à une servante que 'Ali, enrichi quelque peu par le produit du butin de la conquête de la Mecque, avait mis à sa disposition.

8. Maladie et mort du Prophète

En l'an XI de l'hégire, le père de Fatima se plaignit d'un mal qui le faisait souffrir. Les membres de la Maison et les musulmans pensaient que ce n'était qu'un mauvais moment à passer et, ensuite, tout rentrerait dans l'ordre. Personne ne se doutait que cette maladie allait l'entraîner vers la mort. Mais Fatima se rappela le moment où elle se rendit chez son père qui se trouvait dans la chambre de 'Aisha. Après que son père, affaibli par sa maladie, l'embrassa et la fit asseoir à sa droite, il lui fit comprendre que sa vie avait atteint son terme. Elle éclata en sanglots et pour la consoler, il lui dit :

– Tu seras la première des membres de ma Maison qui me rejoindra dans la tombe. Il ajouta : N'accepterais-tu pas d'être la sayyida de cette Communauté ?

Fatima sourit de cette nouvelle. Aisha qui rapporta cette scène, dit qu'elle n'avait jamais vu une joie aussi proche de la tristesse. Elle demanda à Fatima la raison de ce changement brusque d'humeur. Celle ci lui avait répondu sur le moment qu'elle ne pouvait pas révéler un secret que le Prophète saws lui dévoilait.

Quelques jours après, la maladie du Prophète saws empira. La peur se mêla à l'angoisse. Fatima entoura son père de toute son attention, ne cessant pas d'implorer Dieu de renforcer son courage et sa patience. Fatima sentit que l'état de son père empirait quand elle le vit prendre de l'eau de sa main et le renverser lentement sur sa tête. Elle l'entendit lui dire de ne pas être triste après sa mort. Quelques temps après, l'Envoyé de Dieu saws, quitta ce monde, les musulmans et les êtres les plus chers de sa famille.

10. Fatima « la resplendissante » n'avait que 29 ans.

Ses mérites

Le Prophète saws avait un profond amour pour Fatima , il dit une fois : « Quiconque plait à Fatima plait en réalité à Dieu, et quiconque cause sa colère cause en réalité celle de Dieu. Fatima est une partie de moi. Ce qui lui plait me plait aussi, et ce qui l'a met en colère me met aussi en colère »

Il dit aussi : « Les meilleures femmes au monde sont au nombre de quatre : la vierge Marie, Assiya la femme de Pharaon, Khadija la mère des croyants, et Fatima, la fille de Muhammad. »

On donna à Fatima  le titre de az-Zahra, ce qui signifie la Resplendissante, en rapport avec son visage radieux, qui semblait diffuser de la lumière. On dit que lorsqu'elle se levait pour la prière, le mihrab reflétait la lumière de son visage. On l'appelait aussi al-Batul, en raison de son ascèse. Au lieu de passer son temps en compagnie d'autres femmes, elle passait beaucoup de son temps en prière, à lire le Coran ou à d'autres actes d'adoration.

Fatima  avait une forte ressemblance avec son père, le Messager de Dieu saws. Aisha , l'épouse du Prophète, dit d'elle : « Je n'ai jamais vu une créature de Dieu qui ressemblait davantage au Messager de Dieu dans son langage, sa conversation et sa façon de s'asseoir que Fatima. »

Elle a hérité de son père une éloquence convaincante, puisée dans la sagesse. Quand elle parlait, les gens étaient souvent émus aux larmes. Elle avait la capacité et la sincérité pour créer des émotions, émouvoir les gens aux larmes, et emplir leur cœur de louange et de gratitude pour Dieu pour ses faveurs et sa générosité inestimable.Les bonnes manières de Fatima , son doux langage, faisaient partie de sa ravissante et sympathique personnalité. Elle était particulièrement gentille avec les pauvres et les nécessiteux, et donnait souvent toute la nourriture qu'elle avait à quelqu'un qui se trouvait dans le besoin même si elle-même restait sur sa faim. Elle n'avait aucun amour pour les ornements, ni pour le luxe et le confort de la vie.

Sahabiyat

1. Fatima Bint Asad

Cette femme fut parmi les premières à embrasser l'Islam, après Khadija et ses filles. Elle fut l'épouse de Abu Talib, oncle du Prophète . Avant la venue de l'Islam, elle était déjà réputée pour sa générosité et sa noblesse de coeur. C'est sans doute pour cette raison que, sentant sa mort prochaine, Abd Al-Muttalib, le grand-père de Muhammad, qui n'était encore qu'un jeune enfant, confia celui-ci à Abu Talib et son épouse. C'est donc à elle que revint le privilège de veiller sur Muhammad, qu'elle considéra comme son propre enfant.

Mieux encore, lorsqu'elle constata que ses propres enfants se jetaient sur la nourriture avant même que Muhammad ait pu prendre une bouchée, elle le faisait manger avant ses enfants. Elle rapporta que, lorsqu'il prenait son repas, son plat ne se vidait jamais. Parmi les enfants de Fatima bint Asad, nous trouvons Ali ibn Abi Talib, qui devait plus tard devenir le quatrième calife, et Ja'far, tombé martyr lors de la Bataille de Mu'ata.

Elle fut la grand-mère d'Al-Hassan et Al-Hussayn, les enfants de 'Ali et de Fatima, fille de l'Envoyé de Dieu. Certainement, le jeune Muhammad trouva auprès de cette femme et de son mari, Abu Talib, l'affection et la chaleur familiale dont il avait besoin, alors qu'il avait perdu très jeune, d'abord ses parents, puis son grand-père. On nous rapporte qu'il eut pour elle et pour son oncle un profond attachement. Il appelait Fatima « Mère ».

Son époux, Abu Talib, oncle du Prophète , conduisait des caravanes de marchandises vers la Syrie et un jour le jeune Muhammad insista pour l'accompagner. Son oncle finit par accepter et c'est au cours d'un de ces voyages qu'eut lieu la rencontre avec le moine qui décela chez lui le signe de la prophétie. Il mit d'ailleurs l'oncle en garde, lui recommandant de ne dire à personne ce qu'il venait de lui dévoiler pour ne pas mettre la vie de l'enfant en danger.

Abu Talib veilla avec une grande attention sur son neveu et dit parfois à son épouse Fatima que le jeune Muhammad serait appelé à un destin exceptionnel. Plus tard, en raison de sa position élevée parmi les notables de La Mecque, il lui fut possible d'apporter sa protection au Prophète  alors que ces mêmes notables rêvaient de le voir disparaître tant ils craignaient qu'il leur enlevât un peu de leurs pouvoirs !

Muhammad demeura auprès de Fatima et son oncle jusqu'à son mariage avec Khadija. Il était devenu un homme aimé et respecté de tous en raison de sa personnalité exceptionnelle. On le surnomma « Al-Amîn » (l'homme de confiance). Après son mariage, il demeura très proche d'eux et nous savons que, lors d'une période de disette (famine), il prit chez lui Ali, un de leurs enfants, afin d'alléger un peu leurs charges familiales, d'autant que sa situation matérielle d'alors le lui permettait.

Fatima connaissait si bien son neveu pour toutes les vertus qui étaient les siennes, elle avait tant confiance en cet homme réputé pour son intégrité que, lorsqu'il commença à parler à ses proches du message qui lui était révélé, elle ne douta pas un instant et se convertit aussitôt. Elle fut parmi les premières personnes à embrasser la nouvelle religion et ses enfants se convertirent également. Seul Abu Talib refusa d'adopter l'Islam, mais n'en demeura pas moins le protecteur de l'Envoyé de Dieu.

Le prophète Muhammad avait pour Fatima une grande affection et ne pouvait que se réjouir de la grande piété et la ferveur de sa foi. Après l'Hégire, il lui rendit souvent visite, fit parfois la sieste dans sa maison. Il lui offrit aussi des cadeaux. Un jour, il remit une coupe de belle étoffe à l'un des Compagnons, Ja'da ibn Habîra, lui ordonnant de la partager entre les « quatre Fatima pour qu'elles s'en fassent un foulard », ce que fit ce dernier en distribuant un morceau à Fatima, fille du Prophète , puis à Fatima bint Asad, une autre à Fatima bint Hamza, la quatrième n'est pas mentionnée.

L'attitude affectueuse et respectueuse du Prophète à l'égard de sa tante emporta de la part de tous les Compagnons le témoignage d'une grande considération à son égard également. Au moment de sa mort, il dit aux Compagnons : « Levez-vous pour ma mère ! » Elle mourut à Médine, et c'est l'Envoyé de Dieu lui même qui l'enterra. On rapporte qu'il la fit envelopper avec sa propre tunique et descendit dans la tombe, s'y allongea avant de l'y déposer.

Il fit ensuite des invocations en sa faveur : « Que Dieu t'accorde Sa Miséricorde ô mère ! Tu étais à la place de ma mère. Tu ne mangeais pas à ta faim mais tu me rassasiais, tu te privais de vêtements et tu m'habillais, tu te privais de bonnes choses et tu donnais. Tu ne recherchais par-là que la face de Dieu et le Paradis ! »

Après l'enterrement de Fatima, les Compagnons l'interrogèrent sur ce qu'il venait de faire : « O Messager de Dieu, nous t'avons vu faire deux choses que tu n'as jamais faites auparavant ? Tu as enseveli la défunte dans ta tunique et tu t'es allongé dans sa tombe ! » Il leur répondit : « Pour ce qui est de ma tunique, je l'ai enveloppée avec afin que le feu ne la touche jamais et qu'elle soit habillée de parures au Paradis ; quant à la raison pour laquelle je me suis allongé dans sa tombe, c'est pour que Dieu la lui élargisse. »

Que Dieu soit satisfait de Fatima bint Asad.

2. Lubana bint Al-Harith (Um Fadl)

Um Fadl bint Al-Harith ibn Hazan Al-Hilaliya fut l'épouse de l'oncle du Prophète  Al-Abbas ibn Abd Al-Muttalib. Elle avait une soeur, Maymuna, qui devint l'une des Mères des Croyants, ainsi que deux demi-soeurs, Asma bint Umays et Salma bint Umays. Enfin, ajoutons qu'elle était la tante maternelle de Khalid ibn al-Walid.

Ibn Sa'd rapporte dans ses Tabaqat qu'elle fut la deuxième femme à avoir embrassé l'Islam après Khadija, l'épouse bien aimée du Prophète . Elle fréquenta régulièrement la demeure de l'Envoyé de Dieu et de Khadija, auprès desquels elle apprit les principes de sa religion, tandis que son époux, Al-Abbas, n'avait pas encore embrassé l'Islam, malgré les efforts qu'elle fit dans ce sens.

Lorsqu'il apprit que son épouse avait embrassé l'Islam, Al-Abbas lui suggéra qu'elle s'était peut-être précipitée inconsidérément ! Elle lui répondit qu'elle n'espérait que le mérite de l'antériorité et de la primauté, et il respecta son choix ! Il se convertit plus tard, selon certains auteurs, et il aurait embrassé l'Islam après la Bataille de Badr, mais Dieu est le plus Savant.

Entre temps, cela ne l'empêcha pas de protéger et d'aider son neveu. On sait par exemple qu'il fut à ses côtés lors de la rencontre avec les gens de Médine, et qu'il assista au serment d'Al-Aqaba. Ils eurent plusieurs enfants : Al-Fadl, Abdallah, Ma'bad, Quthum, 'Ubaydallah, Abd Ar-Rahmân et Um Habîba, qui devinrent tous de bons musulmans et furent parmi les Compagnons de l'Envoyé de Dieu.

Le plus connu d'entre eux est sans doute 'Abdallah ibn Abbâs, né pendant l'exil dans le désert. Plus tard, Abdallah fut surnommé « le docte de la communauté » tant son savoir était important. Il faut dire qu'il passa le plus clair de son temps à rechercher la connaissance, interrogeant les uns et les autres, et doté d'une excellente mémoire, il retenait aisément ce qu'il entendait.

Um Fadl, alors enceinte, passa devant l'Envoyé de Dieu qui lui dit : « Il se peut que Dieu fasse de ta grossesse un motif de satisfaction. » Cette annonce prometteuse prit tout son sens lorsque Abdallah fut devenu un homme. Um Fadl ne participa pas à l'Hégire et demeura avec son époux à La Mecque, ce qui ne l'empêcha pas de s'enquérir du Prophète , de sa famille et de ses Compagnons, tout en protégeant l'intégrité de sa foi, et lorsque cela se présenta, en défendant l'Islam contre ses détracteurs.

Par exemple, Abu Lahab, ennemi implacable de l'Islam, avait un serviteur, Abu Râfi', qui se convertit secrètement. Après la Bataille de Badr, Abu Sufyân témoigna de ce qu'il avait vu lors des combats : « […] Nous avons vu des hommes en blanc montés sur des chevaux balzans entre ciel et terre. Par Dieu, ils ne laissaient rien et rien ne leur résistait ! » En écoutant ce récit, Abu Râfi' se trahit en disant : « C'est là la description des anges ! »

Découvrant alors que son serviteur était devenu un adepte de cette nouvelle religion, Abu Lahab le frappa sauvagement le faisant tomber à terre ; c'est Um Fadl qui intervint pour prendre sa défense, indignée par la brutalité de Abu Lahab. Elle frappa celui-ci elle-même à la tête avec un bâton ! On nous dit qu'il mourut quelque temps plus tard !

Enfin, peu après cet événement, le jour de l'Émigration arriva pour cette femme courageuse. Son époux venait enfin d'embrasser l'Islam et ils partirent rejoindre le Prophète et l'ensemble des musulmans à Médine. Ils prirent ce chemin sitôt après que le Prophète eut effectué le petit pèlerinage à La Mecque en l'an 7 de l'Hégire. C'est également lors de cette visite de trois jours à La Mecque que le Prophète  épousa Maymûna, la soeur de Um Fadl.

Une fois à Médine, Um Fadl put enfin se consacrer sans se cacher de ses concitoyens à ses actes de piété et d'adoration. Elle priait beaucoup et l'on nous rapporte qu'elle jeûnait tous les lundis et les jeudis. L'Envoyé de Dieu avait pour cette femme une grande affection et beaucoup de considération. Il lui rendait souvent visite, faisait parfois la sieste chez elle. Un jour, elle lui raconta qu'elle avait rêvé qu'un membre de la maison du Prophète était chez elle. Il lui fit savoir : « C'est quelque chose de bien. Fatima va avoir un enfant et tu l'allaiteras en même temps que ton fils Quthum ! »

C'est ainsi que Um Fadhl allaita Al-Husayn qui devint le frère de lait de Quthum. Elle fut du nombre des femmes érudites, douée de perspicacité et d'intelligence. Elle rapporta une trentaine de hadiths. Lors du Pèlerinage d'Adieu, alors que le Prophète  se tenait sur le mont Arafat, les Compagnons s'interrogèrent s'il jeûnait ou non. Um Fadl fit porter une coupe de lait à l'Envoyé de Dieu qui la but, dissipant ainsi le doute des Compagnons.

Alors que chacun savait le Prophète  bien malade, elle vit entrer son fils Al-Fadl attristé. Elle l'interrogea : « Le Messager de Dieu est-il mort ? » Il lui répondit par l'affirmative, d'une voix étouffée par les pleurs. Elle en fut bouleversée, mais accepta avec courage le décret de Dieu, sachant que chacun doit un jour rendre son âme à son Seigneur.

Que Dieu soit satisfait de Um Fadl.

3. Um Hani bint Abi Talib

Fille de Abu Talib et soeur de Ali , elle était également la cousine paternelle de l'Envoyé de Dieu. Elle grandit en sa compagnie lorsqu'il fut chez son oncle Abu Talib, dont chacun sait qu'il fut celui qui prit soin du Prophète lorsqu'il était encore un enfant, après la mort de son grand-père, qui assura sa protection jusqu'à la fin de sa vie alors que les Quraysh persécutaient les musulmans.

Certes, Um Hani n'embrassa pas l'Islam de manière aussi précoce que ses frères, Ali et Ja'far, mais on rapporte qu'elle montra toujours respect et affection pour le Prophète , et surtout qu'elle ne dénigra jamais le message de l'Islam. Le Prophète  avait aussi à son égard une grande affection et lui rendait souvent visite jusqu'au jour où il quitta La Mecque pour accomplir son Hégire vers Médine.

C'est ainsi d'ailleurs que l'événement miraculeux de l'Ascension (isra wal mi'râj) se produisit dans la maison de Um Hani. Il dormait chez elle cette nuit-là. Um Hani nous raconte elle même : « Il avait passé la nuit chez moi après avoir accompli la prière de la nuit. Il se réveilla avant l'aube et nous réveilla. Il leur dit : « J'ai prié avec vous cette nuit, puis je me suis rendu à Jérusalem où j'ai prié, et voilà que je suis revenu pour faire la prière de l'aube avec vous ! » Um Hani lui recommanda : « O Messager de Dieu ! Ne répète pas cela aux gens, ils te traiteraient de menteur. »

Mais le Prophète lui répondit : « Par Dieu, je leur répéterai ce qui s'est passé ! » Et il s'en alla raconter cet événement sans se soucier de la réaction des gens ! Um Hani fut inquiète pour lui et appela une de ses servantes, lui demanda de suivre le Prophète  et de lui rapporter ce que diraient les gens. Ceci nous montre combien cette femme fut attentionnée pour son cousin et craintive de ce qui pouvait lui causer du tort.

Quelque temps après cet événement, le Prophète  accomplit l'Hégire et s'installa à Médine, mais elle ne resta pas sans nouvelles de lui, continuant de se préoccuper de ce qu'il faisait. Devenue l'épouse d'un certain Hubayra, adversaire acharné de l'Islam, elle demeura dans les croyances de son mari. Cela ne l'empêcha nullement d'éprouver respect et considération pour l'Envoyé de Dieu qu'elle savait sincère et intègre.

Vint le jour de la prise de La Mecque, où le Prophète  et les fidèles entrèrent pacifiquement. On sait l'attitude magnanime qu'il eut à l'égard des Quraysh qui les avaient tant persécutés. En effet, il leur dit, après les avoir tous rassemblés : « O Quraysh ! Que pensez-vous que je vais faire de vous ? » Certains d'entre eux devaient craindre pour leur vie après tout ce qu'ils avaient fait endurer aux musulmans. Et il leur dit : « Je vous dirai comme Joseph à ses frères : « Vous ne serez pas blâmés ! Partez, vous êtes libres ! » »

On sait qu'il rendit visite à sa cousine Um Hâni et, après avoir fait ses ablutions et prié, il lui demanda : « As-tu quelque chose à manger ? » Elle lui répondit : « Je n'ai rien d'autre que des morceaux de galette sèche et j'ai honte de t'offrir un tel repas ! » – « Apporte-les donc ! » Lorsqu'elle eut déposé les morceaux devant lui, il émietta le pain qu'il saupoudra de sel et demanda si elle avait de la sauce. Comme elle n'avait que du vinaigre, il en arrosa le pain qu'il mangea ensuite. S'adressant ensuite à Um Hâni, il lui dit : Quelle succulente sauce fait le vinaigre. Une maison dans laquelle il y a du vinaigre ne connaîtra pas le dénuement ! »

Le mari de Um Hani, rempli de crainte – alors qu'il n'avait rien à redouter de l'Envoyé de Dieu – s'enfuit à l'arrivée des musulmans et tenta de convaincre son épouse de le suivre. Elle refusa et embrassa ainsi l'Islam lors de la prise de La Mecque. Cependant, parmi les ennemis les plus acharnés de l'Islam, deux hommes furent condamnés à mort par l'Envoyé de Dieu et Ali fut chargé d'exécuter la sentence. Mais, Um Hani se rendit auprès de son cousin et intercéda afin de leur éviter la mort.

Le Prophète  lui répondit : « Nous protégerons ceux que tu as pris sous ta protection et accordons l'immunité à ceux auxquels tu l'as accordée ! » Um Hâni passa le reste de sa vie à étudier l'Islam et essaya de compenser toutes les années perdues. Elle acquit une grande connaissance et rapporta de nombreux hadiths que nous transmirent ses enfants et petits-enfants. Elle quitta ce monde en l'an 40 de l'Hégire, sous le Califat de son frère Ali.

Que Dieu soit satisfait de Um Hani.

4. Safiyya bint Abd Al-Muttalib

Safiyya était l'une des tantes paternelles de l'Envoyé de Dieu et la fille de Abd Al-Muttalib, le grand-père paternel du Prophète . Elle fut la mère de Zubayr ibn Al-Awâm, l'un des élus du Paradis. Safiyya embrassa l'Islam très tôt, dès les premiers appels du Prophète  qui interpella les membres de son clan en ces termes : « Ô gens de Quraysh, sauvez vos âmes de l'Enfer ! Ô gens des Banû Hashim, sauvez vos âmes de l'Enfer ! Ô Fatima fille de Muhammad, sauve ton âme de l'Enfer ! O Safiyya, fille de Abd Al-Muttalib, sauve ton âme de l'Enfer ! Je ne peux vous être d'aucun secours auprès de Dieu le Très-Haut. Par contre, vous pouvez me demander tout ce que vous voulez de ce que je possède. »

Elle était très cultivée et, dès avant l'Islam, elle jouissait déjà de la considération de ses concitoyens pour son savoir et ses dons de poétesse. Son adhésion à la nouvelle religion l'éleva davantage ; à ses qualités reconnues s'ajoutèrent les vertus de piété, de sagesse, de courage. Elle fut de tous les événements qui jalonnèrent l'histoire des débuts de l'Islam, faisant parfois preuve de témérité et d'une grande force de caractère.

Elle ne manqua pas de prendre des positions claires et sévères à l'égard de ceux qui portèrent préjudice à l'Envoyé de Dieu : c'est ainsi que lorsque Abu Lahab fit du tort au Prophète , elle le désavoua publiquement et le fustigea sans crainte. Lorsque son frère Hamza, martyr lors de la bataille de Uhud, embrassa l'Islam à son tour, elle en fut très heureuse et l'interpella ainsi : « Enfin, tu as décidé de soutenir ton neveu et tu t'es distingué ! »

Le jour de la Bataille de Uhud, elle fut à l'avant-garde des femmes qui sortirent avec le Prophète pour encourager les musulmans au combat, leur donner à boire et soigner les blessés. Lorsque les combats cessèrent, dans la débâcle que l'on sait, de nombreux blessés et morts jonchaient le sol, souvent affreusement mutilés par les Quraysh. Ce fut notamment le cas de son frère Hamza. La voyant s'approcher de la dépouille de son frère, le Prophète  dit au fils de Safiyya d'aller au-devant d'elle pour l'empêcher de voir dans quel triste état se trouvait le corps de Hamza.

Mais elle insista et dit qu'elle était capable d'affronter cette épreuve, tout en sachant ce qui lui était arrivé, ajoutant qu'elle saurait se montrer patiente et résignée, satisfaite du sort réservé à son frère mort martyr. Par la suite, comme il était de coutume encore à cette époque, elle composa des vers en l'honneur de son frère Hamza, mort en martyr.

Elle eut d'autres occasions de faire preuve d'un courage exceptionnel, notamment lors de la Bataille du Fossé où les Quraysh, les juifs de Médine et les hypocrites s'allièrent pour assiéger la ville de Médine et les musulmans qui s'y trouvaient. Pour les mettre à l'abri des ennemis, le Prophète  recommanda que les femmes et les enfants demeurent dans un fortin appartenant à Hasan ibn Thâbit. Ce dernier s'y trouvait aussi. C'est alors qu'un soldat juif se mit à rôder autour du fortin cherchant l'ouverture qui permettrait d'y accéder.

Safiyya le vit se hisser pour monter et demanda à Hasan ibn Thâbit d'aller le tuer afin d'éviter qu'il ne les découvre et n'appelle ses congénères. Mais le pauvre homme n'était visiblement pas capable de tuer un ennemi, fût-ce pour défendre toutes les femmes cachées dans sa demeure ! Il y alla de la vie de toutes ces musulmanes. Safiyya fit alors preuve d'un grand courage et trancha elle-même la tête de ce soldat ennemi, puis la jeta en bas du fortin, de telle sorte que les autres soldats ne puissent imaginer que ce fortin n'abritait que des femmes sans défense !

Lorsque le Prophète  eut connaissance de cette affaire, il rit de bon coeur. On la retrouve encore lors de la Bataille de Khaybar où, avec d'autres femmes, elles montèrent une tente pour en faire une infirmerie afin de soigner les blessés. Selon les coutumes de l'époque, un duel eut lieu avant la bataille ; il eut lieu entre Zubayr, le fils de Safiyya et un juif du nom de Marhaba. Comme toute mère, elle s'inquiéta de savoir si son fils serait tué dans ce duel, mais il n'en fut rien.

C'est Zubayr qui tua son adversaire. Puis la bataille eut lieu, elle fut difficile et longue. Finalement, les musulmans sortirent vainqueurs de cette confrontation. Ce fut une étape importante pour la pacification de la région, d'autant que se trouvait alors neutralisée la dernière tribu qui présentait un danger pour les musulmans. Après la bataille, le butin fut distribué aux hommes, mais aussi aux femmes, afin de les récompenser de leur courage.

Safiyya était aussi une femme d'une grande sensibilité, ce qui se reflétait dans sa poésie. Notamment, lors de la mort de l'Envoyé de Dieu, elle composa d'admirables poèmes à sa mémoire. Elle rapporta un certain nombre de hadîths. Tout comme du vivant de l'Envoyé de Dieu, elle bénéficia jusqu'à la fin de sa vie de la considération et du respect des Compagnons et quitta ce monde à l'âge de 73 ans, après avoir consacré toute sa vie à Dieu et au triomphe de l'Islam. C'est 'Umar qui dirigea la prière sur sa dépouille et elle fut enterrée au cimetière d'al Baqî' à Médine.

Que Dieu soit satisfait de Safiyya.

5. Dura bint Abu Lahab

Elle est la fille de 'Abd Al-'Uzza, l'un des oncles de l'Envoyé de Dieu. Il fut surnommé Abu Lahab, « le père du feu » que l'Islam transformera en « celui qui est promis au feu ». Ceci provient du fait qu'il s'était allié avec beaucoup de détermination aux ennemis du Prophète  pour le persécuter.

La mère de Dura, Um Jamîl ibn Harb, était la soeur de Abu Sufyân, qui fut aussi un grand ennemi du Prophète  avant de se convertir à l'Islam à son tour, peu après la prise de La Mecque. À propos de Abu Lahab et de son épouse, Um Jamîl, retenons qu'une sourate fut révélée tout exprès les concernant : « Périssent les mains d'Abû Lahab et qu'il périsse lui même ! Toutes ses richesses et tout ce qu'il a acquis ne lui auront servi à rien quand il sera, dans un Feu aux flammes ardentes, précipité, ainsi que sa femme, la porteuse de fagots, qui sera traînée une corde rugueuse au cou. » Coran 111

Dura fit face à l'attitude hostile de ses parents avec beaucoup de courage et de détermination, résistant à leurs pressions. Elle fut mariée à Al-Hârith ibn Nawfal ibn Al Hârith ibn Abd Al-Muttalib, un des oncles du Prophète  avec lequel elle aura plusieurs enfants. Son époux demeura païen et participa, contre les musulmans, à la Bataille de Badr où il perdit la vie.

Devenue veuve, Dura partit rejoindre les musulmans à Médine, où elle put enfin vivre sa foi en toute quiétude. Le Prophète  lui fit épouser un Compagnon, Dihya Al-Kalbî, réputé pour sa beauté et dont on rapporte que Gabriel prenait parfois les traits lorsqu'il visitait l'Envoyé de Dieu. On nous dit d'elle qu'elle fut une femme très pieuse.

Peu après son arrivée à Médine, certaines personnes se permirent de mettre en doute sa sincérité en lui posant la question : « Tu es la fille de Abu Lahab, l'homme destiné au feu ! À quoi donc peut te servir ton émigration ? » Dura fut très peinée par cette remarque et se rendit auprès du Prophète  à la mosquée pour lui rapporter ce qui s'était passé. Il la calma et lui conseilla de rester.

Puis il fit la prière et retint les fidèles auxquels il s'adressa : « Pourquoi me faites-vous du tort au travers des membres de ma famille ? Par Dieu, mon intercession atteindra toute ma parenté, ainsi que Sada'în, Hakamîn et Salhaîn, le Jour du Jugement. Celui qui nuit aux membres de ma famille me nuit également. Et celui qui me fait du tort fait du tort à Dieu. »

En effet, personne ne peut subir de préjudice pour la faute commise par quelqu'un d'autre, cela est clairement énoncé dans le Coran : « Nul ne commet le mal qu'à son propre détriment. Nul n'aura à assumer les fautes d'autrui. » Coran 6.164

Un homme interrogea le Prophète  : « Quelle est la meilleure personne parmi les gens ? » Il lui répondit : « La meilleure personne parmi les gens est celle qui est la plus éduquée et la plus pieuse, c'est celle qui commande le bien et déconseille le mal et celle qui préserve les liens de parenté. »

Dura fréquenta régulièrement les Mères des Croyants auprès desquelles elle approfondit ses connaissances en matière de religion. Elle fut bientôt réputée pour son savoir. Elle avait notamment des connaissances en matière de hadith. Elle fut également une poétesse appréciée.

Un jour qu'elle se trouvait chez Âïsha, le Prophète entra et demanda de l'eau pour faire ses ablutions. Elle devança Aïsha et présenta un récipient d'eau à l'Envoyé de Dieu. Lorsqu'il eut terminé, il leva les yeux vers elle et lui dit : « O Dura, tu es des miens et je suis des tiens. »

Selon certaines sources, Dura aurait vécu jusqu'au califat de 'Umar et aurait quitté ce monde en l'an 20 de l'Hégire.

Que Dieu soit satisfait de Dura.

6. Baraka bint Tha laba

Bien que n'ayant pas de lien du sang avec l'Envoyé de Dieu, nous faisons figurer cette noble femme dans sa famille, car elle fut sa nourrice et demeura très proche de lui toute sa vie durant. D'ailleurs, il a dit à son sujet : « Um Ayman est ma mère après ma mère ! »

Éthiopienne d'origine, cette femme fut achetée comme esclave par Abdallah, le père de Muhammad. Après sa mort et celle de Amina, la mère de Muhammad, Um Ayman demeura aux côtés du jeune enfant alors qu'il était chez son grand-père, Abd Al-Muttalib. Ensuite, après la mort de ce dernier, lorsque l'enfant fut pris en charge par son oncle Abu Tâlib, elle resta auprès de lui. Enfin, après que Muhammad eut épousé Khadîja, on la trouve encore auprès de lui ! Il l'affranchit après son mariage avec Khadîja.

Alors qu'il était petit enfant et orphelin, elle le combla de son affection et veilla sur lui en suivant les recommandations que lui faisait Abd Al-Muttalib. Celui-ci aimait énormément son petit fils et s'inquiétait pour lui. Il insistait beaucoup pour qu'elle ne le laisse pas s'éloigner trop loin de la maison. Le vieil homme disait souvent à ses proches : « Laissez mon petit fils, car par Dieu, je sais qu'il est appelé à un avenir glorieux. »

Le jeune enfant aimait beaucoup son grand-père. Um Ayman nous a rapporté que le jour où il quitta ce monde, l'enfant éprouva un vrai chagrin : « J'ai vu, ce jour-là, le Messager de Dieu pleurer derrière le lit de Abd Al-Muttalib. » Mais la providence divine veillait déjà sur cet enfant. Un jour, le Coran le soulignera : « Ne t'a-t-Il pas trouvé orphelin quand Il t'a recueilli » Coran 93.6

Dieu assurera à l'enfant, puis à l'homme, Sa protection pour lui permettre d'accomplir, le moment venu, la mission dont Il allait le charger. Um Ayman fut témoin des nombreux événements extraordinaires qui jalonnèrent la vie de Muhammad, enfant, adolescent puis adulte. C'est ainsi qu'elle a pu nous rapporter : « Je n'ai jamais vu le Messager de Dieu se plaindre de la faim ni de la soif. Lorsqu'il sortait le matin, il buvait de l'eau de Zam-Zam. A son retour, nous lui demandions s'il voulait manger et i l nous répondait : « Je n'ai pas faim.  » (Voir l'ouvrage Les preuves de la prophétie d'Al-Isphahâni.)

Après le mariage du Prophète avec Khadîja, Um Ayman épousa Ubayd ibn Zayd Al-Khazraji, dont elle eut un enfant, Ayman. Il fut l'un des Compagnons du Prophète  et mourut martyr à Hunayn. Lorsque les premières révélations parvinrent à l'Envoyé de Dieu et qu'il commença à transmettre le message, Um Ayman fut parmi les premières à adhérer à l'Islam, ainsi que le raconte l'historien Ibn Al-Athîr dans son ouvrage Asad Al Ghâba.

Il fut d'autant plus facile à Um Ayman de croire en ce message qu'elle avait une confiance totale en celui qu'elle avait vu grandir et devenir un homme aimé et apprécié de tous. Rappelons qu'avant la Révélation, ses concitoyens le désignaient sous le nom de « Al-Amîn » (l'homme de confiance). Par contre, son époux, Ubayd ibn Zayd refusa de la suivre sur le chemin de la foi et ils se séparèrent.

Quelque temps plus tard, elle devint l'épouse de Zayd ibn Hârithâ, que le Prophète  avait acheté comme esclave et qu'il traita comme son fils. Il avait même refusé de repartir avec son père venu le racheter, préférant rester auprès de l'Envoyé de Dieu. De leur union, naquit un garçon qu'ils nommèrent Usama.

Um Ayman fit partie du groupe de musulmans qui avaient émigré en Abyssinie pour fuir les persécutions dont étaient victimes les premiers convertis. A son retour, elle fit la seconde émigration vers Médine cette fois. Elle fit donc partie de ces fidèles dont le Prophète  a vanté les mérites de leurs deux émigrations. À propos de son émigration vers Médine, il est rapporté que, durant sa traversée du désert, elle était en état de jeûne et tenaillée par la soif ! Elle regarda autour d'elle dans l'espoir d'apercevoir une caravane, et vit une outre descendre vers elle, accrochée à des plumes blanches ! Elle but de cette eau jusqu'à n'en plus pouvoir. Elle dira plus tard : « Depuis ce jour, la soif ne m'a plus jamais tenaillée. Je me suis opposée à la soif par le jeûne, même lors des journées les plus caniculaires, et jamais je n'en fus éprouvée ! »

L'historien du soufisme, Abu Nu'aym, a évoqué cet événement en faisant ce commentaire, dans son livre Hulyat Al-Awliya' (la parure des saints) : « Um Ayman, l'émigrante à pieds, la jeûneuse pénitente, l'évocatrice en pleurs, celle à qui fut servie une eau sans serveur, une eau divine qui lui donna bien-être et suffisance. » Certes, de tels événements ne peuvent être vécus que par des personnes à la spiritualité élevée, et ayant atteint un haut degré de certitude.

Tout en ayant voué sa personne à la vie ascétique et à la contemplation, Um Ayman ne s'était pas pour autant retirée du monde. La vie monacale n'existe pas en Islam. Elle fut très active et participa à plusieurs batailles contre les ennemis de l'Islam, soignant les blessés, donnant à boire aux combattants. On nous rapporte qu'elle se trouvait avec les combattants à Uhud, puis à Khaybar, à Hunayn et encore dans d'autres hauts lieux où la bravoure des musulmans s'exerça avec succès contre leurs ennemis.

Elle fit preuve de courage et de patience lorsque son époux, Zayd, mourut martyr à la bataille de Mu'ata, puis encore lorsque son fils Ayman tomba martyr à la bataille de Hunayn. L'Envoyé de Dieu demeura très familier avec elle. An-Nawawî a rapporté qu'il disait d'elle : « Elle est ma mère après ma mère ! » Il disait également : « Elle est tout ce qui reste de ma famille. » (Al-Isâba fi-tamyîz as-sahâba)

Il plaisantait avec elle. Un jour qu'il lui rendit visite accompagné de Anas ibn Mâlik, elle lui proposa à boire et à manger, mais il jeûnait ce jour-là et refusa d'en prendre. Alors, Um Ayman insista pour le taquiner sachant bien à quoi s'en tenir ! Dans un autre récit, Aïsha raconte que le Prophète était en train de boire en présence de Um Ayman. Elle lui demanda : « Donne-moi à boire, ô Messager de Dieu ! » Aïsha rapporte : « Je lui dis : « Tu dis cela à l'Envoyé de Dieu ? » » Et Um Ayman répondit : « Je l'ai servi plus que cela ! » Le Prophète  ajouta : « Elle a raison », et il lui donna à boire.

Telles furent les relations d'affection qui existèrent entre le Prophète et Um Ayman. La disparition du Prophète  bouleversa Um Ayman. Elle fut plus accablée encore que pour la disparition de son mari, Zayd, et de son fils, Ayman. Ibn Sa'd a rapporté qu'elle le pleura longuement et composa, en son honneur, des poèmes élogieux.

Les Compagnons continuèrent de montrer leur attachement et leur considération à Um Ayman. On rapporte que lorsqu'il était calife, Abu Bakr appelait souvent 'Umar et lui disait : « Allons rendre visite à Um Ayman comme le faisait l'Envoyé de Dieu. » Et, lorsqu'elle les voyait, elle éclatait en larmes au souvenir des jours bénis où le Prophète  était encore parmi eux. Elle demeura fidèle à sa famille et l'on nous rapporte qu'elle continua de manifester son affection aux proches de l'Envoyé de Dieu, en particulier à sa fille Fâtima et à ses Epouses.

Cinq mois seulement après la disparition du Prophète , Um Ayman rendit l'âme à son tour et rejoignit, dans la félicité éternelle, le Messager et ceux des Compagnons qui l'avaient précédé. On nous rapporte que tous les Compagnons, qui avaient pour elle une grande considération, désignaient ses enfants et petits-enfants sous le nom des « bien-aimés du Messager de Dieu ».

Que Dieu soit satisfait de Um Ayman et de sa descendance.

7. Sumayya bint Khubât

Cette femme fut une esclave, appartenant à un notable de La Mecque, Hudayfa ibn Al-Maghîra Al-Makhzûmî, qui la donna en mariage à Yâsir ibn 'Amar ibn Mâlik, venu du Yémen à la recherche de son frère, avant de s'installer à La Mecque. Ils eurent un enfant, Amar, qui deviendra plus tard un Compagnon du Prophète .

Après la naissance de Amar, Abu Hudayfa procéda à l'affranchissement de Yâsir. Malgré sa libération, Yâsir demeura chez lui. Yâsir, Sumayya et leur fils Amar menèrent une vie simple, paisible et heureuse, sans se douter que les événements à venir leur donneraient une notoriété qui dépasserait leur époque et la région de l'Arabie, pour parvenir jusqu'à nous !

En effet, dès que les lumières de l'Islam commencèrent à éclairer le monde, Sumayya, l'esclave, embrassa la nouvelle religion pour s'engager sur le chemin qui devait faire d'elle l'une des plus illustres femmes de son temps. L'imam Dhahabî dit d'elle, dans son ouvrage relatif aux personnages célèbres en Islam, qu'elle fut une « femme parmi les plus prestigieuses de l'Islam ».

Elle fut parmi les premières à rendre sa conversion publique, avec son fils Amar, Abu Bakr, Suhayb Ar-Rûmî, Bilâl fils de Rabâh, Khabab fils de Hârith et Muqdâd. Dès lors, elle et les siens, ainsi que Bilâl, eurent à subir les persécutions réservées aux musulmans par les Quraysh, et ce, d'autant plus qu'ils ne bénéficiaient d'aucune protection.

On sait par exemple que le Prophète  était placé sous la protection de son oncle Abu Tâlib. Quant à Abu Bakr, il était protégé par son clan. Mais les autres convertis, dont un certain nombre d'esclaves, n'avaient aucun protecteur et étaient injustement persécutés par leurs maîtres.

C'est ainsi que Sumayya et sa famille furent persécutés et torturés de façon totalement inhumaine. Sumayya fut dans un premier temps torturée par son maître, Abu Hudayfa, battue, exposée des jours en plein soleil, sans eau ni nourriture, exposée à la mort. Tous résistèrent à ceux qui les torturaient pour leur faire abjurer leur foi, ce qui contribua à exaspérer les tortionnaires qui s'acharnaient sur leurs pauvres corps, sans parvenir à atteindre leur foi en Dieu.

Devant son impuissance, Abu Hudayfa finit par remettre Sumayya et les siens entre les mains du terrible Abu Jahl qui multiplia les tortures, physiques et morales. Mais Sumayya et Yâsir résistèrent sans faiblir. Chaque fois que le Prophète  passait devant eux, le coeur plein de compassion pour ce qu'ils enduraient, mais impuissant à les sauver des griffes de leurs bourreaux, il leur disait des paroles de réconfort, ce qui leur donnait du courage. Un jour, il leur dit : « Patience, ô famille de Yâsir ! Le Paradis sera votre rendez-vous. » (Hâkim)

Après la mort de son époux, Sumayya continua de résister et nargua même Abu Jahl qui prenait un plaisir sadique aux tortures qu'il lui infligeait. Alors que, une fois de plus, Sumayya lui répondit avec fierté et détermination, il fut dans un tel état d'exaspération et de surexcitation qu'il prit sa lance et la planta dans le coeur de Sumayya qui rendit l'âme aussitôt, apaisée, et rejoignit son Seigneur, parmi les Elus.

Elle fut la première femme martyre de l'Islam, ainsi que cela est rapporté par Ibn Al-Jawzî dans son ouvrage Sifât as-safwa. Ces événements tragiques eurent lieu en l'an 7 avant l'Hégire. Quant à son fils Ammâr, il ne supporta plus les tortures et, un jour, épuisé par les souffrances qui lui étaient imposées, il finit par dire ce que voulaient entendre ses tortionnaires qui le libérèrent. Cependant, seule sa langue prononça certaines paroles contre l'Islam, mais son coeur resta fidèle. Il se rendit aussitôt auprès de l'Envoyé de Dieu pour l'informer de ce qu'il avait fait et, à cette occasion, un verset fut révélé, que le Prophète lui communiqua et qui le rassura : « […] à moins d'y être contraint tout en demeurant intérieurement fidèle à sa foi. » Coran 16.106

La courageuse et pieuse Sumayya laissa aux générations successives des musulmans un souvenir émouvant impérissable. On nous rapporte que le Prophète  la portait en haute considération et qu'il le manifesta en appelant son fils Ammâr « ibn Sumayya » (le fils de Sumayya). Le jour de la bataille de Badr, après la victoire des musulmans, il appela Ammâr et lui dit : « Dieu a tué l'assassin de ta mère ! » En effet, Abu Jahl avait été tué lors de cette bataille.

Telle fut la vie et la mort de cette noble femme, qui, d'un statut d'esclave s'est vue portée au plus haut degré parmi les plus illustres personnages de l'histoire de l'Islam. A elle s'applique parfaitement ce verset du Coran : « Il est parmi les croyants des hommes qui ont tenu loyalement leur engagement vis-à-vis de Dieu. Certains d'entre eux ont déjà accompli leur destin ; d'autres attendent leur tour. Mais ils n'ont jamais rien changé à leur comportement. » Coran 33.23

Que Dieu soit satisfait de Sumayya.

8. Um Rûmân bint Âmir ibn Umayr

Fille de 'Âmir ibn 'Umayr, originaire de Sarât, elle arriva à La Mecque avec son mari 'Abdallah ibn Al-Hârith Al-Uzdî et leur fils Tufayl. Etranger à la ville, Abdallah demanda à l'un des hommes influents de La Mecque de le prendre sous sa protection, selon la coutume d'alors. C'est Abu Bakr qui assura cette garantie et ils purent ainsi vivre à La Mecque sans difficulté.

Mais Abdallah mourut peu après son arrivée, laissant Um Rûmân seule avec un jeune enfant, dans une société rude et difficile. Abu Bakr l'épousa et de leur union naquirent Aïsha et Abd Ar-Rahmân. Dès que Abu Bakr eut connaissance du message de l'Islam, il se convertit aussitôt ainsi que Um Rûmân. Ils furent parmi les premiers, après la proche famille de l'Envoyé de Dieu, à embrasser l'Islam. Aisha dit à leur propos : « Je n'ai jamais connu mes parents autrement que musulmans. »

Nous savons que le Prophète  leur rendait visite presque quotidiennement de telle sorte que la Révélation leur parvînt au fur et à mesure. Nous savons quelle fut la noble attitude de Abu Bakr dans les premiers temps qui furent les plus difficiles. Ils connurent les persécutions des Quraysh, ce qui fut le lot de tous ceux qui embrassèrent l'Islam, mais Abu Bakr mit tous ses moyens à la disposition de l'Islam et fut à l'évidence le Compagnon le plus proche de l'Envoyé de Dieu.

Le Prophète  témoigna à Abu Bakr et à sa famille, son affection, son amitié et sa reconnaissance en plusieurs occasions. Il y eut beaucoup de signes de cet attachement. Nous ne citerons que les principaux : c'est Abu Bakr qui fut choisi pour l'accompagner au moment de l'Hégire ; il épousa sa fille 'Aïsha, les faisant tous entrer au sein de sa propre famille. Et aussi lorsqu'il fut malade, c'est Abu Bakr que le Prophète désigna pour le remplacer. Enfin, c'est Abu Bakr qui assura sa « succession » après sa mort !

Um Rûmân vécut avec courage, résignation et détermination tous ces événements aux côtés de son époux. Elle ne manqua pas de participer activement à certains d'entre eux. Elle profita des enseignements du Prophète ainsi que les autres membres de la famille, dont on rapporte que Aïsha fut l'une des plus attentives à retenir ce qu'elle voyait et entendait.

Puis vint le temps de l'Hégire. Comme l'on sait, le Prophète  et Abu Bakr partirent seuls, laissant leurs familles respectives à La Mecque pour ne pas éveiller les soupçons des Quraysh. Une fois installés à Médine, ils les firent venir à leur tour. À leur arrivée à Médine, Um Rûmân trouva le Prophète déjà occupé à construire la première mosquée !

Après la mort de son épouse Khadîja, environ trois ans avant l'Hégire, le Prophète se retrouva seul. Constatant la tristesse de l'Envoyé de Dieu, une femme du nom de Khawla bint Hakîm vint lui parler pour lui suggérer de prendre une nouvelle épouse. Elle lui proposa d'épouser, soit une jeune fille, soit une femme veuve. Comme on le sait, le Prophète choisit d'abord d'épouser Sawda, une veuve d'un certain âge et d'expérience, qui avait traversé bien des épreuves.

Dans le même temps, sur un signe de Dieu, il demanda la main de Aïsha, encore toute jeune. Abu Bakr et Um Rûmân furent très honorés par cette demande. Ils acceptèrent, mais en raison de sa jeunesse, Aïsha demeura quelques années encore chez ses parents. Ce n'est que plus tard qu'elle entra dans la maison du Prophète  et que Um Rûmân et Abu Bakr devinrent des membres de la famille de l'Envoyé de Dieu.

Bien des événements jalonnèrent la vie de 'Aïsha qui furent autant marquants pour Um Rûmân. En particulier, il y eut le grave incident de la calomnie contre sa fille, incident que nous avons relaté dans le chapitre consacrée à 'Aïsha, qui fit souffrir autant la mère que la fille. Elle avait totalement confiance en elle et lui apporta son soutien, mais elle fut comme tous ses proches obligée d'attendre que vint sa disculpation. Finalement, l'innocence de 'Aïsha fut proclamée par une révélation qui eut en outre pour effet de servir d'enseignement à l'ensemble des musulmans pour tous les temps !

En effet, depuis ce jour, les musulmans savent qu'il est interdit de porter atteinte à la moralité d'une femme sans produire quatre témoins de son immoralité ! Um Rûmân fut célèbre pour sa piété, comme cela est rapporté par Ibn Sa'd dans ses Tabaqât. En outre, son dévouement à l'égard du Prophète et les efforts qu'elle déploya elle-même pour communiquer le message de l'Islam autour d'elle, furent largement reconnus. C'est ainsi que le Prophète  dit un jour aux Compagnons : « Celui qui veut se réjouir de la vision d'une des femmes du Paradis n'a qu'à regarder Um Rûmân ! »

Um Rûmân quitta ce monde en l'an 6 de l'Hégire. C'est le Prophète lui-même qui la descendit dans sa tombe, ce qu'il ne fit que pour quelques personnes, notamment Khadîja, son épouse bien-aimée, et sa fille Ruqayya. On nous rapporte qu'au moment de la déposer dans sa tombe, le Prophète  invoqua Dieu : « O mon Dieu ! Tu ne peux ignorer ce qu'a enduré Um Rûmân pour Toi et pour Ton Envoyé. »

Que Dieu soit satisfait de Um Rûmân.

9. Asma bint Abî Bakr

Asma est la fille aînée de Abu Bakr, l'ami et Compagnon le plus proche du Prophète  et de Qatila bint Abd Al-'Uzza. Asma est la demi-soeur de Âïsha, Mère des Croyants, qui naîtra une dizaine d'années plus tard. Dès le début de la Révélation, toute la famille de Abu Bakr embrassa l'Islam. On croit savoir que Asma fut la dix-septième à se convertir. Dès ce moment, elle fut parmi ceux qui oeuvrèrent pour défendre et propager le message de l'Islam auprès de ses concitoyens, avec toutes les conséquences qui pouvaient en résulter du fait de l'hostilité très marquée des idolâtres.

Très tôt, elle fit preuve de sagesse et de maturité. Son action fut surtout remarquable à partir du moment où le Prophète et son père Abu Bakr quittèrent ensemble La Mecque pour émigrer à Médine au moment de l'Hégire. En effet, ils partirent en grand secret de la ville et furent poursuivis par leurs ennemis ; ils restèrent donc plusieurs jours dissimulés dans une grotte, à quelque distance de la ville, avant de pouvoir poursuivre leur chemin.

Asma leur prépara quelques vivres qu'elle serra dans une besace. Pour la fermer, elle déchira sa ceinture en deux, utilisant l'un des morceaux pour ficeler l'ouverture de cette besace. C'est pourquoi le Prophète  la surnomma « la femme aux deux ceintures ». Il lui dit : « Que Dieu te change ta ceinture par une double au Paradis. »

Après leur départ, Abu Jahl se précipita chez Abu Bakr pour connaître le lieu où ils se trouvaient, mais Asma sut garder le secret. Il lui administra même une gifle si violente qu'elle en perdit une boucle d'oreilles ! Cela ne semble pas l'avoir effrayée. C'est elle encore qui trouva le moyen de leur porter elle même un peu de nourriture et leur donner des nouvelles concernant les recherches organisées par leurs ennemis.

Elle partit vers la grotte en faisant plusieurs détours, accompagnée d'une servante qui conduisit un troupeau de moutons, de telle sorte que le piétinement des bêtes effaçait la trace de ses pas, lui évitant ainsi de trahir la cachette des deux fuyards ! Finalement, les recherches furent abandonnées par les gens de Quraysh, convaincus que le Prophète et son Compagnon Abu Bakr étaient déjà loin et qu'il n'était plus possible de les rejoindre.

Ce qui permit à ces derniers de prendre la direction de Médine où ils furent accueillis avec joie par les musulmans de Médine et ceux qui avaient émigrés avant eux. Pendant ce temps, Asma dut encore faire face à une autre difficulté : son grand-père, Abu Quhâfa, qui était aveugle, vint prendre de leurs nouvelles. Il questionna Asma à propos de Abu Bakr : « Bien sûr, il est parti et ne vous a rien laissé ? »

Abu Bakr avait effectivement emporté toute sa fortune avec lui à Médine, soit environ cinq à six mille dirhams, mais Asma affirma à son grand-père : « Pas du tout. Mets ta main sur ce sac et vois qu'il est encore rempli d'or ! » En réalité, elle avait eu le temps de glisser quelques cailloux pour rassurer son grand père, qui repartit tranquillisé.

Asma fut mariée à l'un des Compagnons parmi les plus nobles, Zubayr fils de Al-Awam, fils de Safiyya, fille de Abd Al-Muttalib. Au moment de l'Hégire, elle portait en son sein Abdallah qui vint au monde précisément lorsqu'elle arriva à Médine. Cet enfant fut le premier musulman né à Médine !

Dès leur arrivée à Médine, le Prophète et Abu Bakr chargèrent Zayd de ramener les membres de leurs familles respectives restés à La Mecque. C'est ainsi que, peu après, ils furent de nouveau tous réunis à Médine où ils purent enfin vivre leur foi à l'abri de la vindicte des gens de Quraysh. Toutefois, d'autres épreuves les attendaient qui leur demandèrent beaucoup de courage et une foi profonde.

Asma fut une épouse dévouée et, comme beaucoup de ses compagnes, elle travaillait dur. Outre les tâches de la maison, elle s'occupait du cheval qu'elle devait bouchonner, abreuver et nourrir. C'est encore elle qui transportait des noyaux de dattes pour les planter dans un jardin que le Prophète  avait attribué à Zubayr. Malgré ses efforts, son mari ne semblait jamais satisfait d'elle et se montrait rude à son égard. Elle fit preuve de patience et de persévérance, mais finalement, elle s'en plaignit à son père qui l'encouragea à supporter sa situation.

Zubayr était également jaloux ! Or, un jour qu'elle transportait des noyaux pour les semer, elle rencontra le Prophète avec un groupe d'hommes. Il l'appela et la fit monter en croupe derrière lui. Elle fut mal à l'aise au milieu des hommes et, de surcroît, elle se souvint de la jalousie de son mari. Le Prophète s'aperçut de son malaise et la fit descendre du chameau. Finalement, Abu Bakr, son père, mit un esclave à sa disposition pour l'aider dans ses nombreuses tâches trop lourdes pour elle.

Nous comprenons bien que Zubayr et Asma vivaient alors dans la pauvreté. C'est ainsi que Asma a raconté elle même qu'elle mettait de côté des provisions après les avoir pesées. Un jour, le Prophète  la vit faire et lui dit : « Ô Asma ! Ne fais pas de comptes, car Dieu ferait des comptes avec toi. » Depuis ce jour, Asma avoua ne plus avoir jamais comptabilisé ni ce qui entrait ni ce qui sortait de chez elle, et elle ajouta : « Chaque fois que quelque chose venait à manquer, Dieu y pourvoyait aussitôt. »

Plus tard, Zubayr devint un homme riche et il eut de nombreux esclaves. Cependant, Asma demeura très modeste. On nous rapporte que les deux époux furent très généreux. Ainsi, chaque fois qu'elle tomba malade, Asma affranchissait un de ses esclaves. Son fils Abdallah l'a décrite en ces termes : « Je n'ai jamais vu de femmes plus généreuses que Aïsha et Asma, mais chacune d'elles avait sa conception de la générosité. Aisha amassait petit à petit ce qui tombait comme biens entre ses mains, qu'elle redistribuait au fur et à mesure des besoins. Quant à Asma, elle ne gardait jamais rien pour le lendemain ! »

Asma était également connue pour sa piété. Elle était assidue à la lecture du Coran dont elle méditait le sens. Un jour, alors qu'elle était déjà d'un certain âge, son petit fils, Abdallah ibn 'Urwa, l'interrogea sur les Compagnons lorsqu'ils écoutaient la récitation du Coran. Elle lui dit : « Leurs yeux versaient des larmes et ils avaient la chair de poule comme les avait décrits le Coran. » Son mari, Zubayr, a rapporté qu'un jour, en entrant chez lui, il trouva Asma occupée à lire la sourate At-Thur. Il ressortit alors qu'elle récitait le verset : « Puis Dieu nous a favorisés et protégés du châtiment du Samûm. »

A son retour, Zubayr rapporte qu'il la trouva en train de répéter ce verset en pleurant. Quant à la connaissance du hadith, elle fit autorité en la matière. On croit savoir qu'elle en a rapporté cinquante huit, transmis par de nombreux Compagnons, comme ses fils Abdallah et 'Urwa, ainsi que par Abdallah ibn Abbâs, Fâtima bint Al-Mundhir ibn Zubayr et d'autres encore.

Asma vécut très âgée. On pense qu'elle parvint à l'âge de cent ans en gardant toute sa lucidité et sa mémoire ! Après la mort du Prophète , elle fut honorée et respectée par les Compagnons qui connaissaient tous la place privilégiée qu'elle occupait auprès de l'Envoyé de Dieu. Sous le califat de 'Umar, elle se vit attribuer, comme l'ensemble des femmes qui avaient fait l'émigration, une pension de mille dirhams.

Alors qu'elle était devenue âgée et presque aveugle, on pourrait imaginer qu'elle avait une vie paisible à l'abri des peines qui n'avaient pas manqué de jalonner déjà sa longue existence. D'autres épreuves lui furent imposées par les événements. Lors du conflit qui l'opposa au calife Abd Al-Mâlik ibn Marwan, son fils Abdallah ibn Zubayr demanda conseil à sa mère, alors que le gouverneur de l'Irak, Al-Hajâj, profitant de la faiblesse de son armée, lui proposa de capituler.

Asma répondit à son fils : « Ô mon fils ! Prends garde à Dieu ! Si tu es convaincu d'appeler les gens à la vérité, continue ton combat et ne capitule pas devant ces ennemis. Un coup d'épée dans le coeur vaut mieux qu'un coup de fouet et l'humiliation de la captivité. » Il rétorqua : « Mais j'ai peur que mes ennemis ne me mutilent et me crucifient ! » Sa courageuse mère le réconforta : « Mon fils, la brebis égorgée ne souffre pas de son égorgement une fois égorgée ! Place ta confiance en Dieu ! »

Il embrassa sa mère et partit reprendre le combat. Il fut tué dans la même journée et, comme il l'avait redouté, il fut crucifié. Lorsqu'elle apprit la nouvelle du martyre de son fils, elle invoqua Dieu : « Ô mon Dieu ! Ne me fais pas mourir avant d'avoir pu frotter le corps de mon fils avec du camphre et de l'avoir enterré. »

Son invocation fut entendue, puisque au troisième jour de sa mort, on lui rendit le corps de Abdallah, qu'elle frotta avec du camphre, enveloppa d'un linceul et fît enterrer.

Asma fît encore preuve d'un grand courage lorsque Al-Hajâj vint la voir pour se justifier, en lui adressant une verte semonce : « Tu lui as gâché la vie en ce bas monde, mais il pourrira la tienne dans l'Au-delà ! L'Envoyé de Dieu nous a informé que la tribu des Thaqîf donnerait le jour à un menteur et à un prédateur. Le menteur nous savons déjà qui il est, il s'agit d'al Mukhtar ath-Thaqafi. Quant au prédateur, je n'ai aucun doute qu'il s'agisse de toi ! »

Il ne trouva rien à répondre à cette femme, courageuse, digne et aussi parfaitement informée des affaires des musulmans. Asma quitta ce monde peu de temps après son fils Abdallah, en l'an 73 de l'Hégire.

Que Dieu soit satisfait de Asma bint Abu Bakr.

10. Fatima bint Al Khattâb

Fatima et son frère 'Umar ibn Al-Khattâb, dont elle fut à l'origine de la conversion à l'Islam, étaient issus de la famille d'Al-Khattâb de la tribu des Banû Makhzum, une des familles les plus nobles et les plus respectées de La Mecque.

Elle épousa Sa'îd ibn Zayd, un parent à elle. Ce fut un couple sans histoire jusqu'au moment où commença la propagation de l'Islam. Sa'îd ibn Zayd fut le premier des deux époux à embrasser l'Islam, et il ne tarda pas à convaincre son épouse Fatima de le suivre dans sa foi. Sa'îd en fut très heureux, d'autant que, selon ce que rapportent les historiens à son sujet, il n'avait jamais suivi les croyances païennes de ses concitoyens.

Peu à peu, l'Islam commença à se répandre, déchirant de nombreuses familles. Les chefs des Quraysh furent de plus en plus inquiets devant cette nouvelle situation, et redoutèrent surtout que le Prophète Muhammad leur prenne leur pouvoir ! Leur hostilité augmenta à son égard et les persécutions se multiplièrent alors envers les musulmans les plus faibles, pour bientôt s'étendre à tous.

'Umar ibn Al-Khattâb qui assista un jour à la réunion des chefs Quraysh, sentit monter en lui une colère contre Muhammad « qui semait la division entre les familles et dévalorisait les divinités et les croyances des ancêtres ». Il quitta brusquement ses concitoyens avec l'intention de se débarrasser définitivement du Prophète. Il prit son épée et partit à la recherche de l'Envoyé de Dieu.

En chemin, il rencontra un homme de la tribu des Banû Makhzum secrètement converti à l'Islam, qui lui demanda où il se dirigeait. 'Umar, sans l'ombre d'une hésitation, lui répondit qu'il allait « tuer Muhammad et débarrasser les arabes de sa sédition ». Comprenant le danger, notre homme dit à 'Umar : « Tu crois que les Banû Hâshim et les Banû Zahra te laisseront en vie après que tu auras tué Muhammad ? Va plutôt voir ce qui se passe dans ta propre maison. »

'Umar l'interrogea : « Que veux-tu insinuer par là ? » L'homme répondit : « Ta soeur Fatima et son mari Sa'îd ibn Zayd ont embrassé l'Islam ! » Furieux, il fit demi-tour et se rendit chez sa soeur et son mari. Ceux-ci, ignorant ce qui se préparait, étaient occupés à apprendre des versets du Coran sous la direction du Compagnon qui fut à l'origine de la conversion de Sa'îd. Lorsqu'ils entendirent la voix de 'Umar, leur visiteur se précipita dans la pièce voisine, alors que Fatima dissimula la feuille sur laquelle étaient écrits les versets.

'Umar fit une entrée fracassante dans la pièce et, comme il avait entendu leur récitation, interrogea vivement Sa'îd et Fâtjma : « Quelle est cette récitation que je viens d'entendre ? Donne-moi ce feuillet que tu as dissimulé ! » Ils essayèrent de résister, mais la courageuse Fatima finit par dire à son frère : « Oui, nous croyons en Dieu et en Son Messager et nous avons embrassé l'Islam ! » La colère de 'Umar fut si grande qu'il se précipita sur Sa'îd et, lorsque Fatima voulut le défendre, elle reçut à son tour un coup au visage qui la fit saigner !

Voyant le sang couler sur le visage de sa soeur, 'Umar se calma et retrouva la raison, puis il demanda à lire le feuillet. Fatima refusa de le lui donner car il ne s'était pas purifié. Elle le fit se laver et le lui remit ensuite. Il s'agissait des premiers versets de la Sourate Tâ Hâ :
« Tâ H â ! Nous t'avons envoyé le Coran non pas pour te rendre malheureux, mais plutôt comme rappel pour celui qui craint le Seigneur et comme une révélation émanant de Celui qui a créé la Terre et les Cieux sublimes, le Miséricordieux qui S'est établi sur le trône, le Souverain des Cieux, de la Terre, des espaces interstellaires et de tout ce qui se trouve dans les profondeurs du sol. » Coran 20/1-6

Le coeur de 'Umar fut ému par ces paroles : « Celui qui exprime ces paroles ne doit pas avoir d'associé », et il demanda qu'on lui indiquât où trouver le Prophète . Ensemble, ils répondirent : « Il est dans la maison d'Al-Arqam avec d'autres Compagnons ! » Et 'Umar s'y rendit aussitôt pour y déclarer la profession de foi.

De ce jour, 'Umar devint un ardent défenseur de l'Islam et il mit ses biens et sa personne au service de Dieu. On ne peut évoquer Fatima depuis lors sans se souvenir qu'elle fut à l'origine de cet événement si bénéfique pour l'Islam, tout en faisant preuve d'un grand courage lorsqu'elle affronta son frère, le « terrible » 'Umar.

Que Dieu soit satisfait de Fatima bint al Khattâb.

11. Asma bint Umays

Originaire de La Mecque, Asma fut parmi les toutes premières femmes à embrasser l'Islam, avant même que les fidèles ne se réunissent autour de l'Envoyé de Dieu dans la demeure d'Al-Arqam. Elle fut l'épouse de Ja'far ibn Abû-Tâlib, cousin et proche Compagnon du Prophète . Ils firent partie du premier groupe des musulmans qui émigrèrent vers l'Abyssinie, sur les conseils de l'Envoyé de Dieu, afin d'échapper aux persécutions de Quraysh.

Comme nous le savons, le roi de ce pays, le Négus, les accueillit avec bienveillance et les protégea contre les gens de Quraysh qui les poursuivirent et tentèrent de les ramener à La Mecque. Asma et Ja'far passèrent un grand nombre d'années en exil. C'est pendant cette période qu'ils eurent leurs trois enfants : Abdallah, Awn et Muhammad. On sait également que Asma allaita l'enfant du Négus né en même temps qu'un de leurs enfants.

Les relations entre ce roi et les musulmans exilés furent excellentes. On rapporte que le Négus aurait en fait embrassé l'Islam secrètement et l'aurait fait savoir au Prophète  qui l'appela « mon frère ». C'est seulement lorsqu'ils furent certains que la situation le permettait que tous les émigrés allèrent rejoindre le reste de la Communauté qui, de son côté, avait quitté La Mecque pour émigrer vers Médine.

C'est encore le Négus qui leur affréta deux bateaux pour les reconduire sur leur terre. A leur arrivée à Médine, le Prophète  venait de prendre Khaybar et l'on nous rapporte qu'il fut si heureux qu'il dit : « Je ne sais pas de ces deux événements lequel me rend le plus heureux : la prise de Khaybar ou le retour de Ja'far. » Cela eut lieu en l'an 6 de l'Hégire. Asma et Ja'far trouvèrent tout naturellement leur place à Médine et participèrent à tous les événements importants.

Ils jouissaient, comme les autres émigrés, d'une grande considération de la part des musulmans ! Un jour où Asma était en visite chez Hafsa, 'Umar vint rendre visite à sa fille. Il voulut plaisanter avec Asma et lui dit : « Tiens, voici le matelot d'Abyssinie. Nous avons fait l'émigration avant vous, nous avons donc plus de droit sur le Prophète que vous n'en avez ! » Mais Asma répliqua : « Non, par Dieu, vous, vous étiez avec le Messager de Dieu qui nourrissait vos pauvres et instruisait vos ignorants. Quant à nous, chassés de notre pays, nous vivions en exil, dans la crainte et les soucis. Tout cela au service de Dieu et de Son Messager ! »

Puis, elle s'en alla raconter cette conversation au Prophète  qui, après l'avoir entendue, lui dit : « Personne n'a plus de droits que vous sur moi. Les gens n'ont fait qu'une émigration tandis que vous, vous en avez accompli deux ! » Asma raconta plus tard : « Abu Mûsa Al-Ash'arî et les gens du bateau (les émigrants d'Abyssinie) aimaient entendre de ma bouche ce hadith qui les réjouissait tellement. »

Quelque temps après leur retour, en l'an 8 de l'Hégire, Ja'far fut l'un des premiers Compagnons à se porter volontaire pour participer à l'expédition de Mu'ta en Syrie. Il n'avait pu participer aux expéditions de Badr et Uhud qui eurent lieu tandis qu'il était encore en exil, et il ne voulut pas manquer cette occasion de contribuer à la défense de l'Islam. Il y perdit la vie de manière très héroïque, alors qu'il commandait l'armée après la mort de Zayd. Il fut au nombre des martyrs.

Lorsque le Prophète  apprit la mort des Compagnons tombés martyrs, il fut très peiné. Il se rendit notamment chez Ja'far annoncer la triste nouvelle à son épouse, Asma, qui nous rapporte : « Le Messager entra un jour chez moi, fit appeler les enfants de Ja'far et les serra fortement contre lui en respirant profondément leur odeur. Soudain, ses yeux s'emplirent de larmes. Sentant que quelque chose de grave venait de se produire, je l'interrogeai : « Ô Messager de Dieu ! As-tu des nouvelles de Ja'far ? » – « Oui, répondit-il, il a été tué aujourd'hui ! » Ne pouvant retenir nos larmes, nous nous mîmes à pleurer. Mes cris attirèrent les voisines qui accoururent. Le Prophète  me dit alors : « Ô Asma ! Ne dis pas de choses inconvenantes et ne frappe pas ta poitrine. » Puis, s'adressant à celles qui m'entouraient il ordonna : « Préparez un repas pour la famille de Ja'far, car ils sont bouleversés aujourd'hui. » »

Asma fit preuve d'un grand courage et de résignation devant ce malheur qui l'atteignit alors qu'elle était encore dans la fleur de l'âge. Quelque temps plus tard, l'Envoyé de Dieu lui fît épouser Abu Bakr, qui prit soin d'elle et de ses enfants. Tandis qu'elle l'accompagnait lors du Pèlerinage de l'Adieu, elle mit au monde un enfant qu'ils appelèrent Muhammad. Alors que Abu Bakr se préparait à rentrer à Médine, il demanda conseil à l'Envoyé de Dieu qui lui dit : « Dis-lui de se purifier et de se sacraliser. »

Elle fut auprès de Abu Bakr une épouse dévouée et appréciée. Sa piété et ses actes de dévotion firent d'elle un exemple. Abu Bakr demanda, avant sa mort, à être lavé par Asma. Après la mort de Abu Bakr, ce fut Alî ibn Abî Tâlib – devenu veuf de Fatima, la fille du Prophète – qui demanda Asma en mariage. Elle lui donna également un fils, Yahya.

L'Envoyé de Dieu eut beaucoup d'estime pour elle et pour sa famille. Il est à noter que deux de ses demi-soeurs furent mariées, l'une Maymûna, au Messager de Dieu, l'autre, Um Fadl, à l'oncle du Prophète , Al-'Abbâs. Asma fut une femme qui fit preuve d'un grand intérêt pour le savoir. Ainsi, nous lui devons un bon nombre de hadiths.

Parmi ses transmetteurs, citons 'Umar ibn Al-Khattâb, Abu Mûsâ Al-Ash'arî, son fils Abdallah ibn Ja'far, son petit fils Al-Qâsim ibn Muhammad ibn Abî Bakr et son neveu, Abdallah ibn Abbâs. Tous les successeurs de l'Envoyé de Dieu lui témoignèrent le même respect et la même considération. Au cours de son Califat, on nous rapporte que 'Umar lui alloua une pension de 1 000 dirhams, de même qu'à toutes celles qui avaient accompli l'Emigration (Hégire). Asma vécut encore quelque temps après la disparition de Alî, sous le califat de Mu awiya.

Que Dieu soit satisfait de Asma bint Umays.

12. Âtika bint Zayd

Originaire de La Mecque, issue de la tribu des Banû Makhzum, son père était Zayd ibn Amr ibn Nufayl. On nous rapporte que ce dernier s'opposa au culte des idoles et qu'il resta fidèle à la religion d'Abraham, refusant notamment de manger de la chair des bêtes immolées pour les idoles. Son frère, Sa'îd ibn Zayd, fut époux de Fâtima bint Al-Khattâb, la soeur de 'Umar ibn Al-Khattâb.

'Âtika fut parmi les premières personnes à embrasser l'Islam et fit preuve, tout au long de sa vie, de piété, de courage et de patience. Il est à remarquer que les époux successifs de cette femme sont tous morts martyrs. Ce fait fut très connu, à tel point que Abdallah, le fils de 'Umar ibn Al-Khattâb, dit à son propos : « Celui qui désire mourir en martyr, qu'il prenne pour épouse 'Âtika bint Zayd ! »

Son premier époux fut Abdallah ibn Abu Bakr. Il l'épousa alors qu'ils étaient tous deux très jeunes. On nous rapporte qu'elle était belle, spirituelle et maîtrisait l'art de la poésie. Abdallah était très épris et passait beaucoup de temps en sa compagnie, négligeant parfois ses affaires et même ses obligations religieuses. Un jour, le père de Abdallah se dirigeait vers la mosquée pour aller à la prière et se proposa de prendre son fils au passage.

Arrivé devant la maison de celui-ci, il l'entendit qui déclamait de la poésie amoureuse à son épouse. S'interdisant d'entrer dans leur intimité, Abu Bakr continua son chemin puis, au retour de la prière, il trouva de nouveau son fils chez lui ! Il l'interpella : « Ô Abdallah ! As-tu prié ? » 'Abdallah questionna son père : « Les gens ont-ils prié ? » Abu Bakr lui répondit : « Oui, mais toi non ! Atika t'a distrait de tes affaires et même de la prière ! Répudie-la donc ! »

Abdallah, prenant conscience qu'il se laissait détourner de ses affaires et de ses obligations envers Dieu, obéit aussitôt à son père en répudiant la belle Atika, qui retourna chez ses parents. Mais les deux époux s'aimaient et la séparation leur fut une véritable souffrance. Le malheureux Abdallah regretta finalement de l'avoir répudiée et passa ses nuits sans sommeil. Un jour, son père l'entendit déclamer des vers vantant les qualités de sa bien-aimée : « O Atika, je ne t'oublierai pas tant que le soleil se lèvera à l'Orient et tant que la colombe mise en cage lancera ses roucoulements plaintifs ! Ô Atika ! Tous les jours et toutes les nuits, mon coeur ne cesse de penser à toi.. ».

Abu Bakr fut ému en entendant ces paroles et compatit à son état, d'autant que Abdallah semblait sincèrement regretter ses négligences à l'égard de Dieu. Il appela son fils et lui dit : « Reprends ta femme ! » De bonheur, Abdallah appela un de ses esclaves et l'affranchit, puis il se rendit auprès de 'Âtika pour lui annoncer la bonne nouvelle. 'Âtika en fut très heureuse et le couple reprit sa vie faite à la fois d'amour, mais aussi d'adoration de Dieu et d'actes de piété.

Ce bonheur dura un temps. Mais la vie d'ici-bas est un parcours semé d'épreuves et il en fut pour Atika comme pour chacun ! Un jour, Abdallah – qui s'était ressaisi et remplissait scrupuleusement ses devoirs envers Dieu – partit pour combattre lors de la Campagne de Hunayn où il mourut martyr. Son épouse le pleura longuement, composant des poésies à la mémoire de son bien-aimé.

Elle était encore jeune ; sa beauté, sa piété et sa spiritualité ne manquèrent pas d'attirer des prétendants parmi les plus illustres des Compagnons. C'est ainsi qu'elle fut demandée par 'Umar ibn Al-Khattâb, alors Calife. Atika voulut bien accepter, mais il subsistait un empêchement : Abdallah lui avait fait cadeau d'un jardin à condition qu'elle n'épouse personne après lui ! Elle demanda conseil à Ali à ce sujet et il fut décidé qu'elle pourrait épouser 'Umar après avoir restitué le jardin en question aux héritiers de Abdallah.

Dans la maison de 'Umar, Atika partagea son temps entre les actes de dévotion et l'acquisition du savoir dont elle était assoiffée. Auprès d'elle, le Calife trouvait le bon conseil, la sérénité, la tendresse. Mais une fois encore, le destin de Atika allait se trouver bouleversé. En effet, tandis que 'Umar dirigeait la prière, un esclave du nom de Fayruz le poignarda et 'Umar mourut à son tour. Atika se retrouva de nouveau seule. Elle pleura 'Umar et se résigna à la volonté de Dieu.

Elle demeura chez elle, le coeur blessé. On ne la voyait que dans la mosquée où elle se rendait pour prier et adorer Dieu. Lorsque sa période de deuil fut terminée, 'Âtika reçut une nouvelle demande en mariage. Elle émana d'un Compagnon bien connu, Zubayr ibn Al-Awwâm, l'un des dix élus du Paradis. Atika hésita, encore sous le coup de ses malheureuses expériences, puis finit par accepter et devint l'épouse de Zubayr, après avoir formulé certaines conditions, car Zubayr était connu pour sa sévérité et sa jalousie excessive !

Une fois mariés, Zubayr tenta de l'empêcher d'accomplir ses devoirs religieux à la mosquée en dépit de la promesse qu'il avait faite. Atika lui rétorqua : « Ta jalousie voudrait elle m'empêcher de me rendre dans un endroit où j'ai prié avec l'Envoyé de Dieu, Abu Bakr et 'Umar ? » Et Zubayr, surpris, répondit : « Je ne t'en empêcherai pas ! »

Cependant, Zubayr ne renonça pas tout à fait. Un matin, il se pressa pour la devancer lors de la prière de l'aube. Il se cacha sur le chemin de la mosquée et, lorsqu'elle arriva à sa hauteur, il lui donna une claque sur une partie de son corps sans se montrer ! Surprise, elle s'exclama : « Qu'as-tu donc ! Que Dieu te coupe la main ! » Puis elle rebroussa chemin. A son retour, Zubayr fit mine de s'étonner : « Pourquoi ne t'ai-je pas vue à la mosquée ce matin ? » Pas dupe, elle lui rétorqua : « Que Dieu te fasse miséricorde, ô Zubayr. Les gens sont devenus immoraux. »

De ce jour, elle ne se rendit plus à la mosquée pour ne pas contrarier Zubayr ! Les épreuves de Âtika ne furent pas encore terminées. Zubayr fit partie de l'armée qui se rendit à la Bataille du Chameau avec Âïsha, la Mère des Croyants. Tout comme Âïsha, Zubayr se rendit compte qu'ils avaient été induits en erreur dans cette affaire et il regretta beaucoup de s'être laissé piégé et d'y avoir entraîné d'autres Compagnons. Alors que Zubayr était en prière, un des partisans de Alî s'approcha et le tua.

Le meurtrier se rendit ensuite auprès de Alî pour lui dire que Zubayr était mort de sa main, mais Alî refusa de le recevoir. Il chargea un de ses gardes de lui dire : « Annonce au meurtrier du fils de Safiyya le châtiment de l'Enfer. » Nous retrouvons à nouveau Âtika veuve. Elle prit le deuil de Zubayr et composa à sa mémoire des vers émouvants, se rappelant qu'elle avait vécu avec lui des jours heureux et paisibles.

Malgré la richesse de Zubayr, elle continua de vivre modestement, détachée des biens de ce monde. On rapporte à ce propos qu'après la mort de Zubayr, son fils Abdallah lui délégua son épouse Asma bint Abu Bakr pour voir avec elle ce qu'elle désirait recevoir de l'héritage, mais elle répondit qu'elle n'avait aucune prétention sur les biens de Zubayr. Lorsque sa période de veuvage fut terminée, elle reçut encore une nouvelle demande en mariage, cette fois de la part de Alî lui-même, veuf de Fâtima la fille de l'Envoyé de Dieu.

Mais Âtika refusa cette fois en lui répondant : « O cousin du Prophète ! Je redoute pour toi la mort, car tous les hommes que j'ai épousés ont été tués. » De cette réponse, naquit la légende : « Que celui qui désire mourir martyr épouse Atika ! »

Cependant, après avoir éconduit poliment Alî, voilà qu'elle se remaria encore une fois, cette fois avec le fils de Alî, Al-Husayn, l'illustre petit-fils de l'Envoyé de Dieu. Elle fut à ses côtés dans son épopée tragique et assista à son martyre à Karbala. Elle composa à sa mémoire des vers d'une haute facture littéraire.

Elle passa le reste de sa vie absorbée dans l'adoration de Dieu. Elle consacra sa vie à l'Islam et, après bien des épreuves vécues aux côtés des Compagnons les plus illustres, elle rendit l'âme en l'an 40 de l'Hégire.

Que Dieu soit satisfait de Âtika.

13. Hamna bint Jahsh

Elle est la fille de Jahsh ibn Ri'ab ibn Ya'mar. Son frère, 'Abdallah ibn Jahsh, est connu comme l'un des Compagnons de l'Envoyé de Dieu. Hamna embrassa l'Islam et fut l'épouse de Mus'ab ibn 'Umayr, lui-même devenu musulman, renonçant à une vie facile auprès de sa famille. Bien des jeunes filles de La Mecque auraient aimé l'épouser, en raison de son élégance et du charme qu'il dégageait. Dieu avait scellé le destin de ces deux êtres qui allaient consacrer leurs efforts à l'Islam pour la satisfaction de Dieu.

Une première rencontre secrète eut lieu à Aqaba entre un petit nombre des convertis de Médine et le Prophète . Ils ne furent alors pas plus d'une douzaine. Sur leur demande, l'Envoyé de Dieu leur envoya un jeune Compagnon qui fut chargé de communiquer le message de l'Islam aux habitants de leur ville. C'est à Mus'ab ibn Umayr que fut confiée cette mission délicate et dangereuse. Ainsi, Mus'ab et son épouse Hamna partirent à Médine, accompagnés de Abdallah, le frère de Hamna.

Ils devancèrent de quelques années l'arrivée du Prophète et des Compagnons. Les résultats de cette mission furent excellents. C'est ainsi que soixante-treize musulmans vinrent de Médine, l'année suivante, pour rencontrer l'Envoyé de Dieu. Cette rencontre très secrète eut lieu de nouveau à Aqaba. Ils l'engagèrent à venir vivre dans leur ville, lui prêtant serment d'allégeance. L'Hégire eut lieu à quelque temps de là. Hamna s'efforça d'atténuer la tristesse de Mus'ab qui souhaita voir sa mère embrasser l'Islam mais ne parvint pas à la convaincre.

Les deux époux s'aimèrent tendrement, dans le respect et la considération. Ils vécurent ensemble dans la foi, la ferveur et le renoncement aux biens de ce bas monde. Lors de la Bataille de Uhud, Mus'ab s'engagea aux côtés du Prophète  pour aller combattre et Hamna, désireuse de rester au plus près de son époux, accompagna l'armée avec d'autres femmes, où elles soignèrent les blessés et abreuvèrent les combattants.

Pour les raisons que l'on sait, une débandade eut lieu dans les rangs des musulmans et il y eut de nombreux morts. On nous rapporte que les femmes rentrèrent vers Médine avant les hommes qui, sur le champ de bataille, relevèrent les dépouilles des combattants pour les enterrer. Hamna rentra donc à Médine sans connaître le sort de son époux, ni de son oncle, ni de son frère, tous tombés martyrs au combat. C'est seulement lorsque le Prophète  et les Compagnons arrivèrent à Médine que les femmes purent s'informer du sort de leurs proches.

On nous rapporte que lorsque l'Envoyé de Dieu vit Hamna, il se dirigea vers elle et lui dit : « Ô Hamna ! Prends patience, ton frère 'Abdallah ibn Jahsh a été tué. » Elle répondit pleine de courage : « Nous sommes à Dieu et c'est à Lui que nous retournerons ! Que Dieu l'ait en Sa miséricorde et lui pardonne. » Le Prophète ajouta : « Ô Hamna ! Prends en patience ton malheur ! Ton oncle Hamza ibn Abd Al-Muttalib a été tué. » Elle fit à nouveau la même réponse. L'Envoyé de Dieu lui dit enfin : « Ô Hamna ! Prends en patience ton malheur ! Ton époux Mus'ab ibn 'Umayr a été tué. » En entendant cela, elle se mit à pleurer et dit : « Ô désespoir. »

Et le Prophète  ajouta : « L'homme est une partie intégrante de la femme alors qu'elle ne lui est rien. » Puis il l'interrogea : « Pourquoi as-tu dit au sujet de Mus'ab ce que tu n'as pas dit pour les autres ? » Et elle lui fit savoir : « Ô Messager de Dieu ! Je me suis rappelée son enfant qu'il va laisser orphelin. » En effet, Hamna attendait un enfant et ne tarda pas à mettre au monde une petite fille qu'elle veilla à élever et éduquer conformément à sa foi.

Le souvenir de son défunt époux ne la quitta jamais, mais elle n'en poursuivit pas moins son engagement auprès du Prophète , l'accompagnant avec les Compagnons dans les expéditions qui furent menées ensuite. Elle participa en particulier au siège de Khaybar et se vit attribuer par l'Envoyé de Dieu une belle part du butin. Lorsque l'un des Compagnons, Talha ibn 'Ubaydallah, l'un des dix élus du Paradis, la demanda en mariage, elle accepta et leur union fut célébrée par le Prophète lui même.

Ce Compagnon qui connaissait les nombreuses vertus de Hamna, mit tout en oeuvre afin de lui faire oublier les épreuves qu'elle avait subies. Ils vécurent ainsi plusieurs années et eurent trois enfants, dont l'un, Muhammad, fut connu pour sa grande dévotion. Mais nous savons que le destin de Talha fut de participer à la Bataille du Chameau où il mourut martyr, laissant Hamna de nouveau seule. Elle ne se remaria pas et se consacra à l'éducation de ses enfants dont elle fit des porte-drapeaux de l'Islam. Puis elle quitta ce monde pour rejoindre Son Seigneur.

Que Dieu soit satisfait de Hamna.

14. Khawla bint Hakim

Khawla bint Hakîm était originaire de La Mecque. Dès le début de la Révélation, tous les concitoyens du Prophète Muhammad  eurent connaissance du message de l'Islam et certains d'entre eux furent plus susceptibles de « l'entendre » avec leur coeur que d'autres. En effet, Khawla et son époux furent parmi les premiers à embrasser l'Islam.

On nous rapporte qu'un jour, 'Uthmân ibn Madh'un entra dans sa maison avec la mine de quelqu'un qui est à la fois bouleversé et heureux. « O Um Sharîk ! Je viens de me convertir à l'Islam, je suis le treizième homme à le faire ! Et si Dieu le veut, je vais rejoindre le Prophète cette nuit avec mon frère, Qudâma et 'Abdallah. »

Khawla s'exclama : « Et moi aussi, Abu As-Sayb ! » 'Uthmân sourit et répondit : « Oui, toi aussi, ainsi que Safiyya bint Al-Khattâb, l'épouse de Qudâma ! » On le voit, les coeurs de certains furent déjà tout prêts à recevoir l'Islam. D'ailleurs, il faut rappeler que 'Uthmân n'avait jamais bu de vin, même au temps de la période pré-islamique : « Je ne boirai pas une boisson qui me ferait perdre la raison et qui donnerait à plus inférieur à moi l'occasion de se moquer de moi ! »

Comme convenu, la même nuit, Khawla, son époux 'Uthmân, Qudâma et son épouse Safiyya, ainsi que Abdallah, rencontrèrent l'Envoyé de Dieu devant lequel ils proclamèrent la profession de foi : « Il n'y a de dieu que Dieu et Muhammad est Son Envoyé. » Issus de familles modestes, ils eurent à subir les persécutions des Quraysh et furent contraints de s'exiler en Abyssinie. Ils firent partie des premiers à partir sur la recommandation du Prophète , soit un groupe de dix hommes et quatre femmes, 'Uthmân étant leur chef.

Nous ne nous étendrons pas sur leur séjour auprès de ce roi généreux, le Négus, qui les accueillit de la meilleure manière, comme nous l'avons déjà dit. Après la conversion de 'Umar ibn Al-Khattâb à l'Islam, les exilés eurent écho que les persécutions avaient cessé à La Mecque et s'empressèrent de prendre le chemin du retour. Mais ils déchantèrent très vite, constatant qu'il n'en était rien. Ils s'en retournèrent donc en Abyssinie, avec un groupe de quatre-vingts personnes environ.

Enfin, leur exil en Abyssinie prit fin et ils purent rejoindre le Prophète  qui, entre-temps, avait lui-même fait l'Hégire vers Médine avec l'ensemble des musulmans. Um Sharîk et son époux purent enfin vivre leur foi au milieu des leurs, dans la sérénité. C'est cette même Khawla qui, entre les deux exils en
Abyssinie, se rendit auprès du Prophète après la mort de Khadîja, et lui dit : « Ô Envoyé de Dieu ! Je vois bien qu'une grande tristesse t'a envahi depuis la mort de Khadîja ! »

Le Prophète  lui répondit : « Comment en serait il autrement ; elle était la mère de mes enfants et la maîtresse de maison. » – « Pourquoi ne te remaries-tu pas ? » Il l'interrogea : « Avec qui ? » Elle lui fit deux suggestions : « Si tu désires une vierge, il y a 'Âïsha, la fille de Abu Bakr, ton plus proche Compagnon ; si tu désires une femme qui a déjà été mariée, il y a Sawda bint Zam'a ibn Qays, qui a émigré en Abyssinie, dont l'époux est mort la laissant seule ! »

Voilà comment Khawla, soucieuse du bien-être de l'Envoyéde Dieu, fut à l'origine du remariage de celui-ci avec Sawda d'abord, puis, peu après, avec Âïsha. Il apprécia sa démarche et lui témoigna un grand respect et beaucoup de considération.

Une fois à Médine, Khawla devint une habituée de la maison de l'Envoyé de Dieu. Elle rendait souvent visite aux Mères des Croyants, dont plusieurs avaient fait l'émigration en Abyssinie, et ainsi renouvelé leurs liens d'affection. Un jour, cependant, elles remarquèrent que Khawla négligeait sa tenue vestimentaire et lui en demandèrent la raison. : « Qu'as-tu donc Um Sharîk à te négliger ainsi, alors que ton époux est riche par la grâce de Dieu ? » Elle leur répondit : « Malheureusement, nous ne profitons nullement de sa richesse. Il passe ses nuits en prière et le jour, il jeûne ! »

Elles informèrent le Prophète  de cette situation dans l'espoir de trouver une solution. De ce fait, il se rendit auprès de 'Uthmân et l'interrogea : « Ô 'Uthmân ! Ne suis-je pas un modèle pour toi ? » – « Si, Envoyé de Dieu, tu m'es préférable à mon père et à ma mère ! » Le Prophète ajouta : « Est-il vrai que tu passes tes nuits à prier et tes jours à jeûner ? » 'Uthmân répondit : « Absolument, ô Envoyé de Dieu ! » C'est ainsi que le Prophète lui défendit d'agir ainsi : « Tes yeux ont des droits sur toi, ton corps a des droits sur toi et ta famille a des droits sur toi. Prie une partie de la nuit et dors une autre partie, jeûne certains jours en dehors d'autres ! »

Après cette visite de l'Envoyé de Dieu à 'Uthmân, les Mères des Croyants virent Khawla les visiter vêtue de beaux vêtements, à tel point qu'un jour le Prophète interrogea Âïsha : « Pourquoi Khawla se fait-elle belle ? »

Le Prophète  répondait aux sollicitations de Khawla et faisait en sorte de ne pas la contrarier, même lorsque cela ne relevait pas de sa volonté propre ! C'est ainsi que, lors de la bataille de Ta'if, elle lui demanda de lui donner, en cas de victoire, les bijoux de Bâdiya bint Ghaylân ou de Fâri'a bint Aqîl, toutes deux réputées pour leurs richesses ! Mais le Prophète lui répondit : « Et si Dieu ne me permettait pas de prendre Tâ'if ? » Il ordonna de lever le siège de Tâ'if.

Khawla fut poétesse. Elle composa de très beaux vers notamment en souvenir de son défunt mari, 'Uthmân, décédé du vivant du Prophète . Elle continua de vivre partageant sa vie entre les actes d'adoration et son dévouement au Messager de Dieu. Elle rapporta de nombreux hadiths qui nous sont parvenus par les éminents traditionnistes.

Que Dieu soit satisfait de Khawla.

15. Shifâ bint Abdallah

Originaire de La Mecque, elle fut une parente de 'Umar ibn Al-Khattâb. Elle embrassa l'Islam avant l'Hégire et fit partie des premières femmes à émigrer vers Médine. On nous rapporte qu'elle fut aussi concernée par la révélation de ces versets :

« Prophète ! Si des croyantes se présentent à toi pour te prêter serment d'allégeance, en s'engageant à ne pas donner d'associés à Dieu, à ne pas voler, à ne pas commettre de fornication ni d'infanticide, à ne pas attribuer à leurs maris d'enfants illégitimes et à ne pas te désobéir en ce qui est réputé convenable, alors accepte leur pacte et implore le pardon du Seigneur en leur faveur, car Dieu est plein d'indulgence et de miséricorde. » Coran 60.12

Mariée avec Abu Hathma ibn Hudhayfa, elle eut un enfant prénommé Sulayman. Une fois arrivée à Médine, elle s'installa avec son fils dans le quartier des Hakakayn dans une maison que le Prophète se chargea de louer pour elle. Elle était lettrée et composait des poèmes. Le Prophète la chargea d'enseigner la lecture et l'écriture aux Mères des Croyants, en particulier à Hafsa, fille de 'Umar ibn Al-Khattâb.

Elle fut la première femme enseignante. Reconnue pour ses dons de guérisseuse et d'exorciste, le Prophète  l'autorisa à exercer son activité en conformité avec les enseignements de l'Islam. Il lui recommanda même d'apprendre à Hafsa les invocations qu'elle récitait. C'est ainsi qu'elle visita souvent Hafsa pour l'enseigner, ce qui montre le souci du Prophète d'encourager la recherche du savoir pour les musulmans, qu'ils soient hommes ou femmes.

Shifâ interrogeait souvent le Prophète  au sujet des choses de la religion. Un jour, elle lui demanda : « Ô Messager de Dieu ! Quels sont les actes les plus méritoires aux yeux de Dieu ? » Il lui répondit : « La foi en Dieu, le djihad dans Sa voie et un pèlerinage pieusement accompli ! » Shifâ a rapporté également un bon nombre de hadiths qui nous sont parvenus par son fils Sulayman et par Hafsa.

Le Prophète avait beaucoup de respect et de considération pour cette femme hors du commun et il lui arrivait parfois, lorsqu'elle fut devenue âgée, de lui rendre visite et de faire sa sieste chez elle. Elle lui avait réservé un endroit spécial dans sa maison et c'était son fils Sulayman qui prenait soin de la couche où il se reposait ; il continua à agir ainsi, même après la disparition de l'Envoyé de Dieu.

Après la mort du Prophète , Shifâ continua de recevoir les marques de considération et de respect de l'ensemble des Compagnons, en particulier de 'Umar qui lui rendait visite et lui demandait conseil pour les affaires politiques et économiques. Elle fut chargée par lui de la gestion du marché de Médine, sachant combien elle était compétente, intègre et scrupuleuse. Elle remplit sa mission avec sérieux et abnégation.

De son côté, elle avait pour 'Umar un grand respect et une estime considérable. Après une vie riche et bien remplie, entièrement consacrée aux services des musulmans, Shifâ quitta ce monde en l'an 20 de l'Hégire.

Que Dieu soit satisfait de Shifâ bint Abdallah.

16. Al-Khansâ bint Amrû

Mecquoise, de son vrai nom Tamadhûr bint Amrû ibn Al-Hârith, elle fut surnommée Al-Khansâ, « la mère des martyrs ». Poétesse de grande renommée avant le début de la Révélation et d'une forte personnalité, elle était considérée pour son éloquence et le lyrisme qui se dégageaient de ses écrits.

Elle embrassa l'Islam en l'an 8 de l'Hégire, à Médine, où elle rejoignit le Prophète  avec les gens de sa tribu, les Banû Sâlim. L'Envoyé de Dieu l'admirait et lui vouait beaucoup de respect. Il lui demandait parfois de lui réciter des vers qu'elle avait composés et qu'il appréciait pour leur beauté. À ce propos, il disait parfois : « N'y a-t-il pas de la magie dans certains vers de poésie ? »

Un jour, un Compagnon très lettré, Adî ibn Hâtim, émit un avis à propos des meilleurs poètes : « Ô Messager de Dieu ! Nous avons les meilleurs poètes parmi les gens, les plus généreux d'entre eux et les plus habiles en cavalerie ! » Le Prophète  lui demanda : « Cite-les-moi ! » Et Adî cita : « Le meilleur des poètes est Amrû Al-Qays, le plus généreux est Hâtim ibn Sa'd, quant au plus habile cavalier c'est Amrû ibn Ma'd Yakrub. » Mais le Prophète rétorqua : « Ce n'est pas comme tu as dit ô Adî : le meilleur des poètes, c'est Khansâ bint Amrû, le plus généreux d'entre les gens, c'est Muhammad, tandis que le plus habile des cavaliers est Ali ibn Abi Talîb. »

Dès sa conversion à l'Islam, elle s'investit totalement dans l'approfondissement de sa religion et vécut sa foi avec passion et sincérité. Elle consacra beaucoup de temps à la lecture du Coran, d'autant que, très pénétrée des subtilités de la langue arabe, elle fut plus apte à en apprécier la beauté du texte.

Après la disparition du Prophète , Al-Khansâ demeura fidèle à l'engagement qu'elle avait pris et au serment d'allégeance. En raison de son âge avancé, il lui fut impossible de participer aux différentes campagnes militaires menées par les musulmans. Mais elle stimula ses quatre fils – qui embrassèrent l'Islam avec elle – et les engagea à affronter l'ennemi avec détermination, leur tenant ces propos :

« Ô mes fils ! Vous avez embrassé l'Islam et émigré de plein gré. Par Dieu, en dehors Duquel il n'y a pas d'autre dieu, vous êtes les fils d'une femme qui n'a jamais trahi votre père, ni déshonoré votre oncle, ni mélangé votre lignée, ni changé votre famille. Vous savez ce que Dieu a réservé aux musulmans comme récompenses dans la lutte contre les infidèles ; sachez que la vraie vie commence après la mort. Dieu dit : « O vous qui croyez ! Armez-vous de patience ! Rivalisez de constance ! Soyez vigilants et craignez Dieu, si vous désirez atteindre le bonheur ! » Coran 3.200 Si Dieu le veut et que vous soyez de ce monde demain matin, partez tôt combattre vos ennemis tout en restant vigilants. Avec l'aide de Dieu, vous serez vainqueurs de vos ennemis. Au moment où vous verrez le combat s'engager et que la brutalité de la mêlée s'embrasera autour de ce dernier, dirigez-vous vers le coeur de la mêlée et tranchez la tête de l'adversaire le plus brave. Vous atteindrez votre objectif et vous obtiendrez la victoire sans peine et avec honneur au rang le plus élevé dans la maison de l'éternité. »

Ils suivirent les conseils de leur mère et affrontèrent l'ennemi avec bravoure et détermination, jusqu'à ce qu'ils tombassent martyrs l'un après l'autre. Lorsque la nouvelle parvint à leur mère à Médine, elle la reçut avec une grande patience et une foi inébranlable. Elle eut ces sublimes paroles : « Louange à Dieu qui m'a honorée de leur martyre. Je prie le Dieu Tout Puissant de nous réunir ensemble dans Sa Miséricorde. »

Après la mort de ses fils, elle retourna dans sa tribu, les Banû Sâlim où elle consacra son temps à l'adoration de Dieu. Nous savons que le calife 'Umar lui alloua une rente mensuelle de 800 dirhams. Elle quitta ce monde sous le califat de 'Uthmân, en l'an 24 de l'Hégire.

Que Dieu soit satisfait de Khansâ, la mère des martyrs.

17. Um Kalthûm bint Uqba

m Khaltûm est la fille de 'Uqba ibn Al-Mu'ta, l'un des riches dignitaires de La Mecque, ennemi juré de l'Envoyé de Dieu. C'est lui qui déversa les viscères d'une brebis sur le dos du Prophète  tandis qu'il était en prosternation à la Ka'ba. 'Uqba fut parmi ceux qui furent tués lors de la Bataille de Badr.

Sa fille, Um Kalthûm embrassa l'Islam et garda son adhésion secrète. A plusieurs reprises, elle tenta de rejoindre le Prophète à Médine, mais elle avait une grande crainte de son père et de ses deux frères Al-Walîd et Amâra. Finalement, elle décida d'émigrer vers Médine après la Trêve de Hudaybiya signée avec les Quraysh en l'an 6 de l'Hégire.

Le contenu de cet accord stipulait notamment l'engagement du Prophète  à restituer ceux qui se sauveraient pour venir le rejoindre à Médine. Elle rassembla quelques provisions et, dans le plus grand
secret, sortit de La Mecque pour se rendre à Médine, sans même en connaître la direction ! Mais Dieu lui vint en aide et mit sur son chemin un homme d'une tribu qui s'était convertie qui lui proposa de la conduire. Elle fit le trajet sur le chameau et l'homme mena sa monture par la bride jusqu'à Médine.

Dès son arrivée, Um Kalthûm se rendit auprès de Um Salama, l'une des Mères des Croyants, qui lui posa la question : « As-tu fait ce voyage pour Dieu et Son Envoyé ou pour te marier ou pour acquérir quelques richesses ?» – « Pour Dieu et Son Envoyé ! » répondit-elle. Elle fut accueillie de la meilleure façon par le Prophète et ses Epouses. Mais Um Kalthûm n'était pas sans se faire du souci. En effet, les accords avec les gens de Quraysh prévoyaient que toute personne dans sa situation devait être restituée à ceux qui en feraient la demande.

De fait, ses deux frères arrivèrent à Médine pour demander au Prophète  de la leur restituer. Mais Dieu révéla à l'Envoyé de Dieu : « O vous qui croyez ! Quand les croyantes viennent à vous en émigrées, éprouvez-les. Dieu connaît mieux leur foi. Si vous constatez qu'elles sont croyantes, ne les renvoyez pas aux mécréants. Elles ne leur sont pas licites et eux non plus ne leur sont pas licites. » Coran 60.10

La cause fut entendue, elle resta à Médine parmi les musulmans et ses frères repartirent sans avoir obtenu satisfaction. Quant à elle, elle put enfin vivre sa foi ouvertement et en toute sécurité. L'un des Compagnons du Prophète, Zayd ibn Hâritha, la demanda en mariage et elle accepta. Issue d'une famille de nobles, elle n'attacha aucune importance au rang social de son époux, esclave affranchi par le Prophète .

Malheureusement, cette union ne dura pas longtemps. Zayd participa à la Bataille de Mu'ta où il tomba martyr, et Um Kalthûm se retrouva veuve. Elle fut demandée ensuite en mariage par Zubayr ibn Al-'Awwâm, un Compagnon parmi ceux qui, plus tard, tombèrent martyrs lors de la Bataille du Chameau. Mais cette union ne dura pas et ils se séparèrent pour incompatibilité.

De cette union naquit leur fille Zaynab. Plus tard, elle épousa Abd ar-Rahmân ibn Awf, un Compagnon réputé pour sa générosité. Ils eurent deux enfants, Ibrâhîm et Hâmid. Elle fut veuve une fois encore, et se remaria une dernière fois avec Amr ibn Al-'Âs et c'est dans la maison de ce dernier qu'elle fut rappelée par son Créateur.

Que Dieu soit satisfait de Um Kalthûm.

18. Layla bint Abî Uthmân

Cette mecquoise fut l'épouse de 'Ammâr ibn Rabî'a, dont la conversion à l'Islam fut motivée par Zayd ibn Nawfal. C'est ce dernier qui évoqua, dès avant la Révélation, la venue d'un messager qui appellerait les hommes à la religion du pur monothéisme. Zayd ibn Nawfal vécut retiré de la ville, s'installant parfois dans le désert, totalement détaché des choses matérielles.

Plus tard, le Prophète  dit de lui : « J'ai vu Zayd dans le Paradis traînant des pans de vêtements. » Ammâr fit part à son épouse Layla de ce que Zayd lui faisait découvrir et ils embrassèrent tous deux l'Islam, dans les premiers temps où le Prophète  commença à rendre publique sa mission. Très rapidement, ils furent exposés, comme tous ceux qui se convertirent, aux terribles persécutions de la part de leurs concitoyens.

C'est alors qu'ils consultèrent le Prophète  avec d'autres musulmans pour savoir ce qu'ils devaient faire afin d'échapper à leurs persécuteurs et trouver ainsi une solution à leur situation très difficile. C'est à cette occasion que l'Envoyé de Dieu conseilla à un groupe parmi eux d'émigrer en Abyssinie : « Allez du côté de l'Abyssinie ; il y a là-bas un roi, le Négus, qui n'opprime personne ! » Parmi les musulmans présents se trouvait Uthmân ibn Madh'ûn qui interrogea : « Et quand pourrons-nous revenir à La Mecque ? » Le Prophète lui répondit : « Lorsque Dieu vous trouvera une issue à la situation présente. »

Le Prophète  leur dit combien leur exil serait méritoire : « Celui qui fuit son pays pour protéger sa religion, même sur une courte distance, aura mérité le Paradis. » Layla et son mari décidèrent de s'exiler et se préparèrent dans la discrétion. Mais 'Umar ibn al-Khattâb qui avait de l'animosité à leur égard, vint les voir. Il trouva Layla seule et la questionna. « Où allez-vous Um 'Abdallah ? » Elle lui répondit : « Vous nous avez persécutés, nous allons là où nul ne nous opprimera ! »

Et 'Umar dit ces paroles qui surprirent Layla : « Que Dieu soit avec vous ! » Elle raconta cela à son époux lorsqu'il rentra et lui-même n'en crut pas ses oreilles ! Nul ne pouvait, en effet, imaginer que le terrible 'Umar pourrait un jour devenir musulman ! Mais les voies de Dieu sont impénétrables ! Layla et son mari partirent donc en exil dans la lointaine Abyssinie. Ils y restèrent jusqu'à la conversion de 'Umar ibn al-Khattâb, puis ils prirent le chemin du retour pour retrouver Le Prophète  et les autres musulmans, victimes des persécutions des Quraysh, malgré l'adhésion de 'Umar à l'Islam !

Ils retournèrent auprès de l'Envoyé de Dieu afin de lui demander l'autorisation de s'exiler une seconde fois, ce qu'il leur accorda. Et ils repartirent de nouveau en Abyssinie. Ils n'en revinrent que pour se rendre à Médine où le Prophète  avait lui-même émigré. Ils purent enfin vivre avec sérénité leur foi ; ils se consacrèrent beaucoup aux actes de dévotion. Ils furent connus pour leur piété et leur ferveur envers Dieu, malgré les difficultés et les épreuves qu'ils traversèrent.

On nous rapporte que Layla interpella, un jour, son fils Abdallah : « Viens, je te donnerai quelque chose. » Le Prophète lui demanda : « Qu'as-tu l'intention de lui donner ?» – « Des dattes », répondit-elle. Il ajouta : « Si tu promets quelque chose à l'enfant et que tu ne le lui donnes rien, c'est considéré comme un mensonge. » Et l'on sait combien le mensonge est exécré en Islam.

La discrétion et la modestie de Layla firent que, après la disparition du Prophète , aucun fait ne nous a été rapporté, pas même l'époque de sa mort.

Que Dieu soit satisfait de Layla.

19. Dubâa bint Ammâr Al-Kushayriya

Originaire de la tribu des Banû 'Amir, elle fut d'abord mariée à un homme nommé Hawda ibn 'Alî Al-Ja'fî. A la mort de celui-ci, elle se remaria avec Abdallah ibn Jad'an dont elle divorça peu après. Enfin, elle devint l'épouse de Hishâm ibn Al-Mughîra, l'un des maîtres des Quraysh à l'époque de la jahiliya.

Ils eurent un enfant nommé Salama. Dubâ'a fut parmi les premières personnes à se convertir à l'Islam. Elle eut en commun avec tous ceux qui embrassèrent cette nouvelle religion de devoir subir les persécutions des gens de Quraysh et leurs alliés, mais elle fut très forte et supporta les épreuves avec patience et résignation.

Mieux, elle n'éprouva aucune crainte devant certains de leurs agissements. Le Prophète  se rendait souvent sur le marché de 'Ukkadh, afin de parler aux gens et les inviter à l'Islam. Il était célèbre pour son grand rassemblement commercial des tribus arabes et c'était évidemment là un moyen de toucher le plus grand nombre de personnes.

Cependant, un jour alors qu'il parlait aux gens du haut de sa chamelle, un certain Bajr ibn Firâs Al-Qushayrî, accompagné de deux autres, piqua la chamelle par derrière, de telle sorte que, sous l'effet de la douleur, elle se cabra et fît tomber l'Envoyé de Dieu. Dubâ'a, qui assista à la scène, se précipita vers les gens de sa tribu situés dans une tente toute proche et les interpella : « O gens de Amir ! Peut-on traiter ainsi le Messager de Dieu sans qu'aucun d'entre vous ne réagisse et ne vienne à son secours ? »

Trois hommes de son clan sortirent et se précipitèrent pour venir en aide au Prophète  qui se releva sans mal. Puis ils attrapèrent les trois énergumènes complices de cette mauvaise plaisanterie et leur administrèrent une bonne raclée ! L'Envoyé de Dieu les remercia et invoqua Dieu en leur faveur : « Mon Dieu ! Bénis ces trois hommes. » Son invocation fut entendue car, en effet, ils embrassèrent l'Islam et quittèrent leur vie ici-bas en martyrs.

Après bien des épreuves, les musulmans furent autorisés à émigrer vers la ville de Médine et Dubâ'a émigra également. Elle put, à l'instar de tous les émigrés, commencer une nouvelle vie, partageant son temps entre les actes de dévotion et l'acquisition du savoir. Elle s'occupa de l'éducation de son fils Salama pour en faire un homme accompli et un bon musulman conformément aux enseignements de l'Islam.

Le Prophète  a dit à ce propos : « Un parent ne peut rien donner de mieux à son enfant qu'une bonne éducation. » Les années passèrent et l'on nous rapporte que l'Envoyé de Dieu aurait eu l'intention de la demander en mariage. Mais il n'y eut pas de suite à ce projet. Sans doute avait-il appris que Duba'a était devenue âgée ! Dieu est le plus Savant. Nous savons seulement qu'elle fut respectée par tous les Compagnons et qu'elle occupa un rang élevé parmi eux.

Que Dieu soit satisfait de Dubâ'a

20. Nusayba bint Kaa b (Um Amâra)

Issue de la tribu des Khazraj, elle embrassa l'Islam lorsque Mus'ab ibn 'Umayr, le Compagnon missionné par le Prophète commença à répandre le message de l'Islam. Dès lors, elle consacra tout son temps et toute son énergie à soutenir cette nouvelle religion et la faire vivre autour d'elle.

Elle fut l'une des deux femmes, avec Asma bint Amr, à participer au Serment de 'Aqaba puis, après l'Hégire, au Serment de Hudaybiya. Nous savons combien Um Amâra occupa une place privilégiée parmi les Compagnons. Tous ceux qui ont écrit sur elle ont également mis l'accent sur sa grande ferveur et sa piété. Elle eut deux fils parmi les Compagnons ; il s'agit de Abdallah et Habib.

Avec son époux et ses deux fils, elle participa à la bataille de Uhud et, tandis que les hommes combattaient, elle s'occupait, avec d'autres femmes, de donner à boire aux combattants et de soigner les blessés. On nous rapporte que son comportement fut héroïque, en particulier au moment où, dans la confusion survenue dans les rangs des musulmans, il s'ensuivit un grand désordre, mettant la vie du Prophète  en danger, protégé par quelques fidèles seulement dont le mari et les deux fils de cette courageuse femme.

Elle n'eut pas l'ombre d'une hésitation pour défendre l'Envoyé de Dieu et rejoignit le petit groupe de musulmans affaiblis, combattant comme les hommes, l'épée à la main. On nous rapporte son propre récit : « Je regardai du côté de l'Envoyé de Dieu  et j'ai vu qu'il n'y avait que dix personnes autour de lui. Nous les avons rejoints. Nous nous sommes regroupés autour du Prophète  pour le défendre contre les Quraysh tandis que des gens se dispersaient, désemparés.

Il regarda vers moi et constata que je n'avais pas d'épée. Il interpella un homme en fuite tenant une épée à la main et lui dit : « Jette ton épée à ceux qui combattent ! » Ce qu'il fit aussitôt. Je la saisis et défendis le Messager de Dieu. Ce sont les cavaliers qui nous donnèrent le plus de fil à retordre. S'ils avaient eu, comme nous, des fantassins, nous les aurions vaincus avec l'aide de Dieu ! »

De son côté, son fils 'Abdallah a rapporté cet événement comme suit :
« J'étais présent avec l'Envoyé de Dieu lors de la bataille de Uhud. Lorsque les gens se dispersèrent autour de lui, nous nous sommes rapprochés, ma mère et moi, pour le défendre. Il me vit et demanda : « Tu es le fils de Um Amâra ? » Je répondis : « Oui. » Il me dit alors : « Jette ! » Et je jetai la pierre que je tenais dans ma main contre un cavalier Quraysh. Je blessai son cheval à l'oeil et celui-ci s'agita alors furieusement au point de faire tomber son cavalier. Lorsqu'il fut à terre, je le frappai avec des pierres sous le regard réjoui du Prophète .

Puis, voyant la blessure de ma mère à l'épaule, il me dit : « Ta mère ! Ta mère ! Bande sa blessure. Que Dieu vous accorde Sa miséricorde ô membres de cette famille ! La place de ton beau-père est préférable à celle de tel et tel. Que Dieu vous accorde Sa miséricorde ô membres de cette famille ! » »

En effet, alors qu'elle combattait pour défendre la vie du Prophète , Um Amâra fut blessée à l'épaule et elle perdit connaissance. Après un moment, elle revint à elle et, sans se soucier de son état ou encore celui de son mari ou ses enfants, elle se préoccupa d'avoir des nouvelles de l'Envoyé de Dieu.

Tant de dévouement force l'admiration ; ce ne peut être que la marque d'une foi à toute épreuve. Le Prophète  lui-même ne manqua pas de le remarquer et l'on nous rapporte qu'il dit, à cette occasion, à Um Amâra : « O Um Amâra ! Qui peut supporter ce que tu supportes ! » 'Umar ibn Al-Khattâb a rapporté : « J'ai entendu l'Envoyé de Dieu dire : « A chaque fois que je me tournais, à droite et à gauche, le jour de Uhud, je voyais Um Amâra qui combattait à mes côtés ! » »

Un jour, elle fit remarquer au Prophète  : « Ô Messager de Dieu ! Je constate que seuls les hommes sont cités dans le Coran alors que les femmes ne sont pas tellement mentionnées ! » C'est à cette occasion que fut alors révélé ce verset du Coran :
« Les musulmans et les musulmanes, les croyants et les croyantes, les hommes pieux et les femmes pieuses, les hommes sincères et les femmes sincères, les hommes patients et les femmes patientes, ceux et celles qui craignent Dieu, ceux et celles qui pratiquent la charité, ceux et celles et observent le jeûne, ceux et celles qui sont chastes, ceux et celles qui invoquent souvent le Nom du Seigneur, à tous et à toutes, Dieu a réservé Son pardon et une magnifique récompense. » Coran 33.35

Elle fut parmi les femmes savantes de son époque et nous lui devons d'avoir rapporté un certain nombre de hadiths du Prophète  recensés par les traditionnistes Tirmidhî, Nisâ'î et Ibn Mâja.

Après la disparition de l'Envoyé de Dieu, Um Amâra ne s'arrêta pas pour autant de servir l'Islam ! Âgée de plus de soixante ans, elle partit avec l'armée dirigée par Khalîd ibn Al-Walîd combattre un homme qui se présentait prophète, Musaylima et ses partisans. Elle n'agit pas par esprit de vengeance, bien que l'imposteur fût l'assassin de son fils Habib, mais uniquement pour défendre l'Islam menacé par
de telles prétentions, risquant de soulever les tribus arabes nouvellement islamisées.

Elle participa donc à la Bataille d'Al-Yamâma où elle perdit un bras lors des combats et, après la victoire, elle revint à Médine auréolée de gloire. Très modeste, elle ne s'en soucia guère, son seul but étant la satisfaction de Dieu. Elle termina ses jours paisiblement, dans la dévotion et dans l'espoir de rejoindre le Prophète  au Paradis.

En effet, un jour, l'Envoyé de Dieu lui dit ainsi qu'à sa famille : « Que Dieu vous accorde Sa miséricorde ô membres de cette famille ! » Um Amâra lui dit : « Ô Messager de Dieu ! Invoque Dieu pour que nous soyons avec toi au Paradis ! » Le Prophète invoqua alors : « Mon Dieu, fais qu'ils soient mes Compagnons au Paradis. »

Que Dieu soit satisfait de Um Amâra.

21. Asma bint Amr

Médinoise, elle était plus connue sous son surnom : Um Mani al-Ansariya. Elle fut la mère d'un célèbre Compagnon, Mu'adh ibn Jabâl, que le Prophète  envoya comme Gouverneur au Yémen, après que les gens de cette région eurent embrassé l'Islam. Mu'adh jouit auprès du Prophète  et des autres Compagnons d'une considération élevée, à la fois pour sa piété et pour l'étendue de ses connaissances en matière de religion.

C'est ainsi que lorsque le Prophète  l'interrogea, avant son départ pour le Yémen, afin de savoir sur quelle base il jugerait les litiges qui lui seraient soumis, il répondit : d'abord d'après le Coran puis, s'il ne trouvait pas la réponse dans le Coran, d'après la Sunna du Prophète  et, enfin, s'il ne trouvait pas la réponse dans la Sunna, il jugerait selon son for intérieur. A cette réponse, l'Envoyé de Dieu se montra particulièrement satisfait : « Loué soit le Seigneur qui a montré la bonne voie à l'envoyé de l'Envoyé de Dieu ! »

Anas dit à son propos : « Mu'adh était devenu l'un des Compagnons les plus érudits en matière de licite et d'illicite. » (Tirmidhî) En ce qui concerne sa mère, Um Manî, elle embrassa l'Islam très tôt, après avoir entendu les prêches du Compagnon Mus'ab ibn 'Umayr venu à Médine afin de répandre le message de l'Islam. Elle fit partie du groupe des soixante-treize personnes qui se rendirent à Aqaba, près de La Mecque, ainsi que son époux, Khadîj ibn Salâma et son fils Mu'adh ibn Jabâl, et prêta serment d'allégeance à l'Envoyé de Dieu.

On nous rapporte que le Prophète  reçut le serment d'allégeance de tous, des hommes d'abord, puis des femmes. Il s'agit d'un événement important puisqu'il détermina l'avenir des musulmans qui purent trouver un asile sûr en émigrant. L'Hégire eut lieu peu après. Um Mani fut active lors de tous les événements qui jalonnèrent les débuts de l'Islam. Elle fut totalement engagée dans la défense et la propagation du message.

Elle fut également présente lors de nombreuses campagnes militaires où elle fit office d'infirmière, à l'instar d'autres médinoises. Selon certains historiens, elle aurait même participé au combat, notamment à Khaybar, avec une quinzaine d'autres femmes.

Que Dieu soit satisfait de Um Mani.

22. Rubay bint Mu awidh

Cette femme était issue d'une noble famille de Médine, de la tribu des Banû Afrâ. Son père, Mu'awidh, tomba martyr lors de la bataille de Badr. Elle embrassa l'Islam très tôt à la suite des enseignements donnés par le Compagnon, Mus'ab ibn 'Umayr. Et, avec les membres de sa famille, elle constitua l'un des noyaux solides des Ansars, tous exceptionnels par leur foi et leur dévouement à la cause de l'Islam.

Elle participa au Serment de Hudaybiya, dont nous avons cité le déroulement et les mérites. Lorsque le Prophète  et ses Compagnons de La Mecque émigrèrent à Médine, Rubay était déjà une femme mûre. Elle épousa un émigrant, Iyâs ibn Bakîr Al-Laythi, duquel elle eut un garçon, Muhammad ibn Iyâs.

Elle relate elle-même la visite du Prophète  le jour de son mariage, témoignage de respect à son égard : « Le jour de mon mariage, le Prophète  est entré dans ma chambre et s'est assis sur mon lit. Il y avait alors trois esclaves qui jouaient du tambourin et se lamentaient sur ceux de mes parents qui étaient morts à Badr. A un moment, l'une d'elles dit : « Il y a parmi nous un Prophète qui connaît ce qui va arriver demain. » Le Messager de Dieu lui dit alors : « Ne dis pas cela ; répète ce que tu disais avant ! » »

La demeure de Rubay fut l'une de celles où l'on se consacra beaucoup à l'adoration fervente. C'est certainement la raison pour laquelle l'Envoyé de Dieu s'y rendait souvent. Il y mangea, y fit ses ablutions et y pria. Ces visites profitèrent évidemment à la pieuse femme qui apprit alors de lui les enseignements de l'Islam.

On nous dit qu'elle fut de celles qui se rendaient régulièrement à la mosquée pour les prières du matin, du coucher du soleil et de la nuit, parce que la récitation du Coran avait lieu à voix haute et que cela lui permettait, comme à ses compagnes, de le mémoriser et de profiter de la belle psalmodie qu'en faisait le Prophète . On sait qu'il récitait d'une voix douce, en articulant bien chaque mot.

Elle rapporta une vingtaine de hadiths du Prophète . C'est elle notamment qui a transmis la manière de faire des ablutions du Prophète, en le regardant faire. Douée d'une très bonne mémoire et d'une vive intelligence, elle assimilait ce qu'elle entendait de la bouche du Prophète , ce qu'elle le voyait faire, afin de le transmettre fidèlement aux générations à venir. Cela lui valut d'être consultée par des Compagnons, conscients de ses compétences et ses références !

Le traditionniste Abu Ubayda Muhammad ibn Amir ibn Yâsir lui demanda de lui décrire l'Envoyé de Dieu. Elle lui répondit : « Ô mon fils ! En le voyant, c'est comme si tu voyais le soleil se lever ! » On nous rapporte encore qu'elle envoyait des cadeaux à l'Envoyé de Dieu, notamment des plats parmi ceux qu'il aimait. De son côté, le Prophète lui fit aussi des cadeaux. Ainsi, un jour, il lui offrit de l'or provenant de Bahrayn : « C'est pour que tu puisses t'embellir davantage ! »

Cette femme entièrement dévouée à l'Islam fut aux côtés du Prophète , notamment lors de la bataille de Uhud. Avec d'autres femmes, dont Um Amâra et Â'ïsha, l'une des Mères des Croyants, elle s'occupa de secourir les blessés et donner à boire aux combattants comme elle l'a elle-même rapporté : « Nous participions aux campagnes avec le Prophète . Nous portions de l'eau aux combattants, nous les servions et nous ramenions les morts et les blessés. » (Bukhârî)

Après la disparition de l'Envoyé de Dieu, elle demeura fidèle à son engagement et consacra son temps aux actes de piété. Elle rendait souvent visite à Aïsha, auprès de laquelle elle apprenait la jurisprudence, les hadiths du Prophète et le Coran. Elle quitta ce monde en l'an 45 de l'Hégire, sous le califat de Mu'awiya ibn Abu Sufyân, après une vie de dévouement au service de Dieu et de Son Envoyé.

Que Dieu soit satisfait de Rubay.

23. Um Harâm bint Mulhân

Cette femme fut musulmane avant même l'Hégire, après avoir entendu les enseignements transmis par le Compagnon Mus'ab ibn 'Umayr. Fille de Mulhân ibn Khâlid, elle était la tante maternelle de Anas Ibn Mâlik, serviteur de l'Envoyé de Dieu, appelé à devenir le transmetteur fidèle d'un grand nombre de hadiths. Elle fut également la soeur de deux des martyrs de l'Islam, Harâm et Sulaym, tombés à Bîr Ma'ûna, et de Um Sulaym.

Um Harâm fut l'épouse de Amrû ibn Qays ibn Zayd et la mère de Qays ibn Amrû, qui devaient tous deux mourir martyrs à Uhud. Veuve, elle se remaria et devint l'épouse d'un des Compagnons du Prophète , Ubâda ibn As-Sâmit, l'un des soixante-treize Ansârs qui prêtèrent serment lors de la rencontre secrète de Aqaba.

Elle fut connue pour sa foi inébranlable et sa piété, ainsi que pour son engagement indéfectible au service de l'Islam, qui la mènera, nous le verrons, à s'embarquer pour Chypre avec son époux. Le Prophète  la considéra avec beaucoup d'égards. Certains historiens musulmans ont avancé que Um Harâm et sa sceur Um Sulaym auraient été des tantes de lait de l'Envoyé de Dieu, (elles l'auraient allaité vraisemblablement lors du voyage qu'il fît avec sa mère alors qu'il était encore un petit enfant), ce qui expliquerait la familiarité qui le liait à elles. C'est notamment l'avis de Ibn Abd Al-Barr. Dieu est
le plus Savant.

C'est sans doute aussi ce qui motiva ses visites régulières, notamment à Um Harâm, dans sa maison située à Qubâ, dans les faubourgs de Médine, là où fut construite la première mosquée. On nous rapporte qu'il faisait parfois la sieste chez elle.

Son neveu, Anas ibn Mâlik relate au sujet de ces visites : « Le Messager de Dieu  nous rendit visite un jour, alors que nous étions, ma mère (Um Sulaym) et moi, chez ma tante maternelle, Um Harâm. Il nous invita à prier avec lui, alors que l'heure de la prière n'était pas encore annoncée. A la fin de la prière, il invoqua Dieu afin qu'il nous accorde Ses bienfaits dans ce monde et dans l'Au-delà. »

Um Harâm consacra toute son énergie à oeuvrer au profit de l'Islam. Elle espérait même devenir martyre. Son espérance ne fut pas déçue. Et c'est le Prophète  lui-même qui le lui annonça. En effet, un jour où l'Envoyé de Dieu se trouvait dans sa maison, il fit une sieste puis, à son réveil, il se mit à sourire. Elle lui en demanda les raisons et il lui répondit : « Des gens de ma Communauté prendront la mer verte dans le sentier de Dieu. Ils seront comme des rois sur leurs trônes. »

Um Harâm lui dit : « Ô Messager de Dieu ! Invoque Dieu pour que je sois parmi eux ! » Le Prophète  invoqua Dieu en ces termes : « Mon Dieu ! Fais que Um Harâm soit avec eux ! » Puis l'Envoyé de Dieu dit à Um Harâm : « Tu seras parmi les premiers et non parmi les derniers ! »

Quelque temps plus tard, le Prophète  rendit l'âme pour rejoindre le Compagnon le plus haut, et Um Harâm poursuivit son chemin de servante sincère et dévouée à Dieu pendant de nombreuses années encore. Le califat de Abu Bakr et celui de 'Umar passèrent. Puis, lors du califat de 'Uthman, une armée fut envoyée, commandée par Mu'awiya ibn Abu Sufyân, pour une expédition sur l'île de Chypre.

Parmi les Compagnons qui embarquèrent, furent présents Abu Dharr, Abu Darda, Um Harâm et son mari, et Ubâda Ibn As-Sâmit. Arrivés sur l'île de Chypre, ils débarquèrent et, Um Harâm, montée sur un cheval, fit une chute qui lui brisa le cou. Elle rendit l'âme aussitôt, sur le sentier de Dieu, en martyre.

En effet, Dieu dit : « Celui qui sort de chez lui avec l'intention de lutter dans le chemin de Dieu, puis meurt en cours de route, sa récompense incombe à Dieu. » Ce fut en l'an 27 de l'Hégire. Sa dépouille repose à Qaqis (près du lac salé chypriote de Larnaka), et les habitants honorent sa mémoire, ainsi que cela est rapporté par les historiens Adh-Dhahabî, Az-Zubaydi et Abu Nu'aym.

Que Dieu soit satisfait de Um Harâm.

24. Ghumaysa bint Mulhân (Um Sulaym)

l s'agit de la soeur de Um Harâm bint Mulhân. Elle se nommait Sahla ou Ghumayla selon certaines versions ; il semble qu'on l'appelait également Ghumaysa, mais elle était plus connue sous le nom de Um Sulaym. Comme sa soeur Um Harâm, elle fut parmi les premières à embrasser l'Islam à Médine, après avoir entendu les enseignements que leur apporta Mus'ab ibn 'Umayr.

Cependant son époux, Malik ibn An-Nadhîr (Abu Anas), qu'elle épousa avant l'Islam, demeura mécréant. Il tenta même de lui faire abjurer sa nouvelle religion sous la contrainte, mais en vain. Non seulement elle resta ferme dans sa foi, mais elle fit également prononcer la shahâda à son fils Anas qui devint à son tour musulman.

Très en colère, Mâlik partit pour un voyage en Syrie et fut assassiné en route. Devenue veuve, Um Sulaym se consacra à l'éducation de son fils et s'engagea à ne pas se remarier tant qu'il n'aurait atteint l'âge de lui donner son accord. Anas fut destiné à vivre aux côtés de l'Envoyé de Dieu. En effet, lorsque le Prophète  fut installé à Médine, Um Sulaym le lui amena et dit : « Ô Messager de Dieu ! Voici mon fils Anas. Je te l'ai amené afin qu'il soit ton serviteur. Invoque Dieu en sa faveur. » Le Prophète  dit alors : « Mon Dieu, multiplie ses biens et sa descendance ! »

Anas n'était alors qu'un adolescent. Il demeura attaché aux pas de l'Envoyé de Dieu et se développa dans l'atmosphère de piété qui entourait sa maison et ses proches. Il sut profiter de tous les enseignements du Prophète . Doué d'une vive intelligence et d'une grande mémoire, il put retenir de nombreux hadiths qu'il transmit à la postérité.

Il n'oubliera jamais tous les efforts de sa mère et dira plus tard : « Que Dieu récompense de la meilleure manière ma mère pour ce qu'elle a fait pour moi. Elle m'a éduqué de la meilleure façon qui soit. » Um Sulaym fut un jour demandée en mariage par l'un des notables de la ville, un païen du nom d'Abû Talha Al-Ansârî. Elle était encore jeune et des hommes la convoitaient. Mais elle ne voulut pas épouser un mécréant et le lui fit savoir : « Ô Abu Talha ! On ne refuse pas la demande de quelqu'un comme toi, mais vois-tu, tu es un homme mécréant et je suis une femme musulmane. De ce fait, je ne puis t'épouser ! »

Il l'interrogea : « Mais que dois-je faire pour pouvoir t'épouser ? » « Il te faut croire en Dieu l'Unique et en la mission du Prophète Muhammad ! » Abu Talha partit aussitôt à la recherche de l'Envoyé de Dieu, avec l'intention d'embrasser l'Islam. Le Prophète  l'ayant aperçu de loin, dit aux Compagnons présents : « Abu Talha vient vers nous avec la lueur de l'Islam entre les yeux. » Abu Talha annonça sa conversion à l'Islam et celle-ci fut la dot pour son mariage avec Um Sulaym. Il devint un musulman fervent et tous deux formèrent un couple remarquable.

Le Prophète  aima beaucoup Um Sulaym et Abu Talha qui le lui rendirent bien. D'après Bukhârî, chaque fois que le Prophète  passait à proximité de sa maison, il s'arrêtait pour la saluer. De son côté, nous savons que Um Sulaym avait offert un palmier dattier au Prophète, probablement peu après l'Hégire, alors que tous ceux qui avaient émigré vers Médine étaient dans un état de dénuement total.

Anas a précisé que le Prophète  le lui restitua plus tard. Chaque fois qu'elle en eut l'occasion et les moyens, elle envoya de la nourriture et des dattes au Prophète , connaissant son état de pauvreté. Elle en fut récompensée déjà ici-bas. C'est ainsi que, selon Anas, un jour, elle remplit une outre de beurre qu'elle envoya au Prophète . Celui-ci la lui retourna après l'avoir vidée. La parente à laquelle elle avait confiée l'outre la rapporta et la suspendit à un pieu.

Lorsque Um Sulaym l'aperçut, elle constata qu'elle était pleine et ruisselait de son contenu ! Elle interrogea sa parente : « Ne t'ai-je pas donné cette outre pour la porter au Prophète ? » – « Je l'ai fait, tu peux l'interroger ! » Um Sulaym se rendit auprès de l'Envoyé de Dieu et elle en reçut la confirmation. « Par Celui qui t'a envoyé avec la vérité, l'outre est toujours pleine et ruisselle de beurre ! »

L'Envoyé de Dieu lui répondit : « Ô Um Sulaym, es-tu étonnée que Dieu te nourrisse comme tu as nourri Son Prophète ? Manges-en et donnes-en aux autres. » De retour chez elle, elle distribua le beurre et retenant pour sa consommation de quoi subsister un mois ou deux. Un autre jour, Abu Talha entra dans sa maison et lui dit : « Um Sulaym ! J'ai remarqué que la voix du Prophète  est faible. Je crois bien que c'est une conséquence de la faim. As-tu quelque chose pour lui ? » – « Oui, répondit-elle. »

Elle sortit les quelques pains d'orge qu'elle possédait, les couvrit et envoya Anas chercher l'Envoyé de Dieu. Anas rapporte : « Je l'ai trouvé assis dans la mosquée au milieu des Compagnons. En me voyant, il dit :  » Est-ce Abu Talha qui t'envoie ?  » –  » Oui, répondis-je.  » Il dit alors à ses Compagnons :  » Venez avec moi.  » Je courus avertir Um Sulaym :  » Le Messager de Dieu ramène des gens avec lui et nous n'avons rien pour les nourrir !  » Mais, confiante, elle répondit :  » Dieu et Son Messager sont plus savants ! « 

Et lorsque le Prophète  entra il demanda : « O Um Sulaym ! Qu'as-tu pour nous ? » Elle lui offrit les pains d'orge qu'il émietta et il versa dessus du beurre provenant de l'outre. Il fit des bénédictions sur ce repas puis dit à Abu Talha :  » Fais entrer dix hommes !  » Ils mangèrent à satiété. Puis il fit entrer dix autres hommes qui mangèrent également à satiété et ainsi de suite, jusqu'à ce que les 70 ou 80 personnes aient pu se rassasier ! » Cet événement est rapporté par l'Imam Mâlik dans Al-Muwatta.

Anas rapporte que le Prophète  rendait souvent visite à Um Sulaym, priait chez elle et faisait même la sieste. C'est au cours de l'une de ces siestes qu'elle remarqua que le Prophète  était tout en sueur et qu'il avait imprégné de cette sueur un morceau de cuir. Elle récupéra ce petit morceau et le pressa dans une fiole afin de recueillir la sueur de l'Envoyé de Dieu. En se réveillant, il lui demanda ce qu'elle faisait :
« Ô Messager de Dieu ! Nous espérons gagner des bénédictions pour nos enfants. » – « Tu as vu juste, lui répondit-il. » Selon une autre version, il est rapporté que Um Sulaym avait mélangé cette sueur à son parfum. Il est vrai que Anas a rapporté : « Depuis que le Messager de Dieu a quitté ce monde, son odeur est devenue pareille à celle d'une mariée et mieux encore ! »

Um Sulaym était dotée d'une foi à toute épreuve et de nombreux événements en témoignent. Elle eut un fils né de son mariage avec Abu Talha, qu'ils appelèrent Abu Umayr. Cet enfant tomba malade et mourut alors que Abu Talha était absent.

On nous rapporte qu'à son retour, il trouva le repas que Um Sulaym avait préparé avec soin pour lui dans un coin de leur habitation opposé à l'endroit où se trouvait le petit corps sans vie de leur enfant. Lorsqu'il demanda de ses nouvelles, Um Sulaym lui dit : « Il est bien maintenant, il repose ! » Ainsi, Abu Talha, fatigué par le voyage, alla dormir paisiblement. C'est au matin que Um Sulaym lui annonça la mort de l'enfant. « Que penses-tu d'une famille qui aurait emprunté quelque chose et en aurait profité pendant longtemps, et se fâcherait si on venait la lui réclamer ? » Abu Talha répondit sans hésiter : « Ce serait une attitude injustifiable ! » Alors Um Sulaym annonça à son époux : « Eh bien, notre enfant, Abu Umayr dont Dieu nous avait comblés, nous a été repris ! »

Ils firent tous deux preuve d'un grand courage en acceptant avec résignation et patience cette épreuve, s'en remettant au décret de Dieu. Abu Talha s'en alla prier à la mosquée et annonça la mort de son enfant au Prophète  qui fit alors une invocation pour eux : « Espérons que Dieu bénira pour vous la nuit prochaine ! » Quelques mois après, Um Sulaym mit au monde un garçon qu'ils conduisirent au Prophète ; il lui donna le nom de Abdallah.

Il devint très savant et l'on rapporte que, lorsqu'il eut atteint un certain âge, il y eut dans sa maison neuf enfants et que tous savaient le Coran. On sait encore que Um Sulaym, à l'instar de plusieurs autres musulmanes, participa à certaines des campagnes militaires où elle combattit. Elle fut présente notamment lors des batailles de Uhud et de Hunayn. On nous rapporte que son époux aperçut une dague sous la ceinture de Um Sulaym et en informa l'Envoyé de Dieu qui l'interrogea : « Que comptes-tu faire avec cette dague ? »

Elle répondit : « Si l'un des infidèles venait à te tuer, je le poignarderais. » On voit combien cette femme fit preuve de courage en toutes circonstances et demeura ferme dans sa foi. Elle fut certes d'une nature exceptionnelle. Le Prophète  fit savoir aux Compagnons qu'elle était parmi les élus du Paradis, ce qui ne manqua pas de la réjouir. « Je suis entré au Paradis et j'ai entendu un bruit de pas. J'ai demandé ce que c'était et l'on m'a répondu :  » Il s'agit de Ghumaysa, l'épouse de Abu Talha. » » (Muslim)

Que Dieu soit satisfait de Um Sulaym.

25. Um Waraqa Al-Ansâriya

Cette musulmane était issue de la tribu des Banû An-Najar, qui résidait dans le quartier de Médine où le Prophète  s'installa dès son arrivée dans la ville avec son fidèle Compagnon, Abu Bakr. On nous rapporte que les habitants de ce quartier sortirent pour accueillir les nouveaux venus en chantant : « Nous sommes le voisinage des Banû Najâr. Qu'il est sublime d'avoir Muhammad comme voisin ! »

À cette occasion, l'Envoyé de Dieu leur demanda : « M'aimez-vous ? » Et leur réponse fut : « Ô oui, Messager de Dieu ! » Il ajouta : « Dieu sait que mon coeur vous aime. » (Cité dans As-Sîra al-halabiya)

Cet attachement spirituel des croyants et croyantes envers le Prophète  fut un amour désintéressé tirant sa substance de l'amour divin. Cet amour est le degré le plus élevé de la foi. Le Prophète a dit : « Personne n'aura de foi tant qu'il n'aimera pas Dieu et Son Messager plus que quiconque. »

Um Waraqa fut elle aussi parmi les premières à embrasser l'Islam lorsque le Compagnon Mus'ab ibn 'Umayr vint leur communiquer le message. Connue pour sa ferveur et sa piété exemplaires et pour son intelligence aiguë, elle a laissé la marque de son passage ici-bas. Elle fut réputée pour sa lecture assidue du Coran dans laquelle elle puisait les éléments lui permettant de nourrir sa foi.

Elle demanda même à l'Envoyé de Dieu de lui adjoindre un muezzin pour sa maison, ce qui est rapporté par l'érudit Ibn Hajar dans son ouvrage Al Isâba fi timyîz as-sahâba. Selon Abu Dawud, Abd Ar-Rahmân ibn Khâlid a dit : « Le Messager de Dieu rendait souvent visite à Um Waraqa. Il lui a désigné un muezzin pour appeler à la prière et lui a accordé l'autorisation de diriger la prière des femmes. »

Il a précisé qu'il a vu ce muezzin et qu'il s'agissait d'un vieil homme. C'est ainsi que cette pieuse femme fit de sa maison un lieu d'adoration, de dévotion, de retraite spirituelle, et aussi de transmission du savoir. Mais Um Waraqa n'était pas seulement une femme dévote ; elle était également une femme d'action. C'est ainsi que, dès l'annonce de la confrontation avec les païens de La Mecque, Um Waraqa s'en alla demander au Prophète  la permission de l'accompagner à la bataille de Badr. « O Messager de Dieu, autorise-moi à t'accompagner afin de secourir les blessés jusqu'à ce que Dieu m'accorde le martyre. »

Mais le Prophète lui répondit : « Reste dans ta maison et Dieu t'accordera le martyre ! » Rassurée quant à sa destinée, elle se soumit à son ordre et s'en retourna chez elle. Lorsque le Prophète  lui rendait visite, il invitait un groupe de Compagnons à se joindre à lui : « Allons rendre visite à Um Waraqa, la martyre. » Dès lors qu'il lui avait annoncé le martyre, il l'appelait ainsi.

Nous avons vu qu'elle s'adonnait à la lecture du Coran et l'on pouvait entendre sa récitation en passant devant sa maison. Après la disparition du Prophète , les Compagnons continuèrent de lui rendre visite et s'enquérir de son état. Abu Bakr et 'Umar, ce dernier l'appelait « ma tante », poursuivirent leurs visites après la mort de l'Envoyé de Dieu.

Un matin, 'Umar dit aux Compagnons : « Je n'ai pas entendu la récitation de Um Waraqa hier ! » Ils se rendirent à son domicile pour s'enquérir de son état et la découvrirent sans vie, morte assassinée dans sa maison.

Elle avait été assassinée par ses deux esclaves (une servante et un domestique) auxquels elle avait promis leur affranchissement après sa mort. Ils n'eurent pas la patience d'attendre la disparition de leur maîtresse alors qu'elle les avait toujours bien traités. Après leur forfait, ils s'enfuirent, mais furent rattrapés et le châtiment leur fut appliqué. Ainsi mourut en martyre Um Waraqa, conformément à la prédiction de l'Envoyé de Dieu.

Que Dieu soit satisfait de Um Waraqa, la martyre.

26. Asma bint Yazîd ibn As-Sakan

Asma bint Yazid fut une des premières femmes de Médine à embrasser l'Islam sitôt après avoir entendu les prédications de Mus'ab ibn 'Umayr. Issue de la tribu de Aws, elle fut la nièce de Asma bint Amru (Um Manî) et la cousine de Mu'adh ibn Jabâl. Elle était d'une grande éloquence et douée d'une intelligence remarquable.

C'est ainsi qu'elle fut chargée par les autres femmes de Médine d'être leur « ambassadrice » auprès de l'Envoyé de Dieu, afin d'être leur porte-parole et de lui transmettre leurs doléances. C'est à ce titre qu'elle se rendit un jour auprès de lui, alors qu'il était assis avec des Compagnons et l'interpella : « Dieu t'a envoyé pour les hommes et pour les femmes. Nous avons cru en toi et nous t'avons suivi. Nous les femmes, qui sommes reléguées dans nos foyers et élevons vos enfants, tandis que vous, les hommes, vous assistez aux prières en commun et aux enterrements, ainsi qu'aux batailles. Sommes-nous associées aux mérites revenant aux hommes du fait de leurs actions ? »

Le Prophète  se tourna vers les Compagnons et leur demanda : « Pensiez-vous qu'une femme puisse formuler une meilleure question en matière de religion ? » Surpris, les Compagnons répondirent par la négative. Le Prophète se tourna alors vers Asma et lui dit : « Retourne auprès des femmes qui t'ont envoyée et dis-leur que toute femme qui cherche à plaire à son époux, à le satisfaire et à aller au-devant de ses désirs, aura une récompense équivalente à celle que tu viens d'évoquer pour les hommes ! »

Elle retourna auprès des femmes en glorifiant Dieu, satisfaite de la réponse du Prophète. Elle interrogeait souvent l'Envoyé de Dieu, parfois sur des sujets un peu hardis, mais il lui répondait toujours sans montrer le moindre signe d'impatience ni d'embarras. Il faut rappeler qu'il n'existe pas de tabou concernant les questions qu'un musulman peut formuler afin d'obtenir un éclaircissement quant à sa pratique religieuse.

Asma fréquentait régulièrement les Mères des Croyants et apprenait également d'elles de nombreux aspects de la vie familiale du Prophète  et ses comportements à l'égard de ses Épouses. Elle avait une grande soif de savoir et ne manquait jamais une occasion de s'instruire. C'est ainsi qu'elle put transmettre environ quatre-vingts hadîths.

On croit savoir qu'elle fut présente parmi les femmes de Médine lorsque la jeune Aïsha fut amenée jusqu'à la maison de l'Envoyé de Dieu le jour de son mariage. C'est elle qui encouragea Âïsha à boire un peu du lait que lui proposa le Prophète.

Elle fut présente lors de la signature de la Trêve de Hudaybiya. Elle participa également à plusieurs expéditions, notamment à la bataille du Fossé, à Khaybar et à la prise de La Mecque avec le Prophète  et les Compagnons. Des historiens rapportent qu'elle participa également à la bataille de Yarmûk en compagnie de Khâlid ibn al-Walîd.

Devant l'importance de l'armée ennemie, Khâlid recommanda aux femmes de rester à l'arrière. Elle prit un piquet de tente et frappa, tuant sept ennemis byzantins. Asma bint Yazîd fut une femme d'une grande générosité. Un jour, elle découvrit une bourse contenant de l'argent chez elle, dont elle avait oublié l'existence ; elle s'empressa alors de distribuer cet argent aux pauvres. Le Prophète  dit un jour : « Tout ce qui se trouve dans la maison des Ansârs est une grâce, mais ce qui se trouve dans la maison de Asma bint Yazîd est une grâce meilleure encore ! »

Grâce à sa générosité, elle fut témoin d'un événement extraordinaire en présence du Prophète . Elle raconte : « Un jour, j'ai vu l'Envoyé de Dieu faire la prière du coucher du soleil dans la mosquée des Banû Abd Ashal. Je partis aussitôt chez moi et rapportai du pain et un os sur lequel subsistait encore un peu de viande. Je les lui offris en disant : « O toi qui m'es préférable à mon père et à ma mère, je t'ai apporté de quoi dîner ».

Il y avait avec lui plusieurs Compagnons. Il se tourna vers eux et dit : « Venez manger ! » Ils mangèrent tous, ainsi que ceux présents dans la maison, sans que le pain ni la viande ne diminuent, alors qu'ils étaient bien quarante personnes ! Je me dis alors : Cela ne peut être que le résultat de la baraka du Messager de Dieu ! À la fin du repas, le Prophète  prit une outre et but quelques gorgées avant de partir. Je la refermai aussitôt afin de l'utiliser pour les malades et nous-mêmes et profiter ainsi de cette baraka ! »

Après la disparition du Prophète , elle vécut assez longtemps, respectée et choyée par les califes et les Compagnons conscients de la place qu'elle avait occupée dans l'entourage de l'Envoyé de Dieu. Elle mourut paisiblement à Damas, sous le califat de Abd Al Malik ibn Marwân.

Que Dieu soit satisfait de Asma bint Yazîd.

27. Al Furay a bint Mâlik

Médinoise de la tribu des Khazraj, elle était issue d'une noble famille qui compta beaucoup de pieux Compagnons. En effet, son père n'est autre que Mâlik ibn Sinân ibn Ubayd Al-Ansarî, au sujet duquel le Prophète  dit lors de la bataille de Uhud : « Celui qui veut voir un élu du Paradis, qu'il regarde celui-là », en le désignant. En effet, il tomba martyr ce jour-là.

Elle est la soeur de Sa'd ibn Malîk ibn Sinân, plus connu sous le nom de Abu Sa'îd Al-Khudrî, Compagnon réputé pour avoir rapporté près de mille hadiths. Sa mère, Anisa bint Abu Hâritha, fut issue de la tribu des oncles maternels de l'Envoyé de Dieu, les Banî Najâr. Son demi-frère, par sa mère, Qutâdâ ibn An-Nu'mân Al-Ansarî, se distingua dans les batailles de Badr et Uhud.

Lors de cette dernière expédition, Qutâdâ faillit perdre un oeil, sorti de son orbite, mais le Prophète  le remit à sa place et il put retourner ainsi combattre ! Enfin, sa demi-soeur par sa mère, Um Sahl bint An-Nu'mân Al-Ansariya, fut connue pour avoir prêté serment d'allégeance au Prophète. Voici toute une famille qui fut au service de Dieu et de Son Envoyé. En effet, leur père, Mâlik ibn Sinân, entendit les juifs de Médine évoquer la venue imminente d'un nouveau prophète pour restaurer la religion d'Abraham, et en parla aux membres de sa famille.

Ils n'eurent pas l'ombre d'un doute que Muhammad était le Prophète annoncé. Au moment de l'Hégire, ils furent présents pour l'accueillir à son arrivée à Médine avec son Compagnon de route, Abu Bakr, dans la joie et l'allégresse que nous savons. Ils resteront dans sa proximité et feront preuve d'un grand dévouement à la cause de l'Islam.

Au retour de la bataille de Uhud, Al-Furay'a se porta audevant des combattants et commença à s'enquérir de la santé du Prophète . Elle fut rassurée de le savoir vivant et loua Dieu à cette occasion. Puis, apprenant la mort de son père, elle loua encore Dieu de lui avoir accordé le martyre ! La mort de Mâlik ibn Sinân laissa toute sa famille dans un grand dénuement, mais Al Furay'a fit preuve de patience et de résignation devant les décrets divins.

Son frère, Abu Sa'îd Al-Khudrî a rapporté ce qui suit : « Un jour, alors que nous étions tenaillés par la faim plus que les autres jours, elle me suggéra de me rendre auprès de l'Envoyé de Dieu car, me dit-elle :  » Il ne refuse jamais à quiconque lui demande quelque chose. Soit il aura quelque chose à sa disposition et t'en donnera, soit il n'aura rien et il demandera à ses proches parmi les Compagnons de te venir en aide. »

Je me rendis donc auprès du Prophète , mais j'entendis sa voix et je pensai alors qu'il était occupé à faire un prêche. En me rapprochant, je distinguai ses paroles : « Celui qui arrive à ne pas solliciter autrui, Dieu l'enrichira. Celui qui cherche l'abstinence, Dieu lui donnera la force de se suffire de ce qu'il a, et celui qui veut faire preuve de persévérance, Dieu lui donnera la force de le faire. »

Après avoir entendu ces paroles, je décidai que désormais je ne demanderais plus rien à personne. Je m'assis donc et j'écoutai le prêche, puis je retournai chez moi. Je trouvai Al Furay'a marchant de long en large, tenaillée par la faim, et lui racontai ce qui s'était passé. Elle m'interrogea : « Lui as-tu demandé quelque chose après cela ? » – « Non, répondis-je. » Elle conclut : « Tu as bien fait. » »

Ils s'en tinrent aux enseignements du Prophète , supportant avec foi et patience les privations. Selon certains historiens, leur famille devint plus tard l'une des plus aisées de Médine. Al-Furay'a suivait régulièrement les enseignements du Prophète . On croit savoir qu'elle a transmis huit hadiths, dont l'un est devenu une règle de jurisprudence en matière de veuvage.

En effet, Al-Furay'a fut mariée à Sahl ibn Râfa ibn Ashîr, assassiné par ses esclaves. Affligée par sa mort, elle souhaita se rendre chez ses parents, auprès de son frère, son mari ne lui ayant rien laissé pour subvenir à ses besoins. Elle alla consulter le Prophète  qui lui conseilla de demeurer dans la maison de son mari pendant le délai de viduité. Elle appliqua donc ses directives et observa une période d'attente de quatre mois et dix jours.

Plus tard, un cas semblable se présenta à 'Uthmân ibn Affân qui la consulta à ce sujet. Par la suite, tous les juristes mettront ce hadith en application pour les cas similaires. Elle fut avec ceux qui prêtèrent serment d'allégeance au Prophète à Hudaybiya en l'an 6 de l'Hégire. Rappelons que tout ceux qui y participèrent – environ mille quatre-cents Compagnons, hommes et femmes – reçurent la bonne nouvelle du Paradis, annoncée par le Prophète .

En effet, l'Envoyé de Dieu a dit : « Aucun de ceux qui ont fait le serment d'allégeance sous l'arbre ne sera touché par le feu par la volonté de Dieu. »

Que Dieu soit satisfait de Al Furay'a.

28. Salmâ bint Qays (Um Al-Mundhir)

Issue d'une tribu médinoise, les Banû An-Najâr, elle adhéra à l'Islam de toutes ses forces et fut de ceux auxquels le Prophète donna le nom de Ansârs. Son frère, Sulayt ibn Qays, embrassa également l'Islam, suivi par ses deux soeurs, Um Sulaym et Umayra. C'est ainsi qu'ils furent tous d'ardents défenseurs de leur foi qu'ils vécurent avec ferveur et engagement.

Elle a rapporté la rencontre avec le Prophète  lorsqu'elle prêta serment avec certaines de ses compagnes : « Je suis allée voir le Prophète avec un groupe de femmes des Ansârs pour lui prêter serment d'allégeance. Il nous ordonna de ne point associer quiconque à Dieu, de ne point voler, de ne point commettre l'adultère, de ne point tuer nos enfants, de ne point commettre d'infamie ni avec nos mains, ni avec nos pieds, et de ne point lui désobéir dans ce qui est convenable. À la fin, il nous dit : « Et ne trompez pas vos époux ! »

Nous fîmes allégeance puis, sur le chemin du retour, une femme dit : « Demande à l'Envoyé de Dieu ce qu'est tromper son mari. » Je retournai auprès du Prophète et l'interrogeai sur le sens de ses paroles. Il lui fît alors cette réponse : « C'est prendre soin de leurs biens et ne pas les donner à d'autres ! » »

Um Al-Mundhir fut fidèle à son engagement et présente dans la plupart des moments où il s'avéra nécessaire de s'engager pour la défense de l'Islam et des musulmans. Elle participa à plusieurs expéditions, notamment à la bataille du Fossé, à Khaybar.

Le Prophète  lui témoignait un grand respect et lui rendait souvent visite, ce qui semble accréditer leur lien de parenté. Il mangeait chez elle en faisant l'éloge de la nourriture qu'elle préparait et en appelant les bénédictions sur elle. Um Al-Mundhir transmit un bon nombre de hadiths qu'elle entendit de la bouche même de l'Envoyé de Dieu, lesquels furent rapportés par Um Sulayt ibn Ayyûb ibn Al-Hakîm, Ayyûb ibn Abd Ar-Rahmân, Yaqûb ibn Abu Ya'qûb Al-Madanî, et d'autres encore.

Dâwûd rapporte ce hadith de Um Al-Mundhir : « L'Envoyé de Dieu vint un jour me rendre visite accompagné de Alî ibn Abî Tâlib, alors qu'il était convalescent. Nous avions à la maison plusieurs pieds de vigne et le Prophète  se mit à en manger, suivi par Alî. Mais il l'en dissuada en lui disant : « Tu es encore convalescent. » Je leur préparai un plat de blettes avec du pain d'orge et les invitai à en manger. Le Prophète s'adressa à Alî :  » O Alî, mange de ce plat, il te sera plus bénéfique. » »

Um Al-Mundhir fait partie de ces femmes qui, ayant effectué le serment d'allégeance, dit de Al Radwân, en l'An 6 de l'Hégire, est concernée par la révélation du verset qui s'y rapporte :
« Dieu a été satisfait des croyants qui t'ont prêté serment d'allégeance sous l'arbre. Il savait quels sentiments les animaient. Aussi fit-il naître la quiétude dans leurs coeurs et leur accorda, en récompense, une victoire proche suivie d'un riche butin qu'ils pourront saisir, car Dieu est Puissant et Sage… »

C'est ainsi que Dieu confirma le songe par lequel Il avait annoncé à Son Envoyé, en toute vérité : « Vous entrerez en toute sécurité, par la volonté de Dieu, dans la Mosquée Sacrée, tête rasée ou cheveux taillés courts et à l'abri de toute crainte… » Coran 48/18-27

Que Dieu soit satisfait de Um Al-Mundhir.

29. Khawla bint Tha laba

Khawla était issue d'une tribu noble de Médine, les Banû Amrû ibn Awf. Cette riche tribu fut, avec les Banû An-Najar, celle qui vint le mieux en aide aux musulmans qui émigrèrent de La Mecque lors de l'Hégire. Dans sa jeunesse, elle était très belle et intelligente. Elle fut convoitée par bien des jeunes gens de la ville, mais elle accorda sa main à son cousin Aws ibn As-Samit, le frère de 'Ubada ibn As-Samit, célèbre Compagnon de l'Envoyé de Dieu.

Ils formèrent un couple uni et sans histoire ! Lorsque l'Islam parvint jusqu'à Médine, ils firent partie de ceux qui suivirent les enseignements donnés par Mus'ab ibn 'Umayr, et tous deux embrassèrent l'Islam, à l'instar de nombreux autres de leurs concitoyens. Après l'Hégire, ils continuèrent d'approfondir leurs connaissances de l'Islam et mirent tout en oeuvre pour conduire leur vie en conformité avec ses enseignements.

Cependant, malgré elle, Khawla fut à l'origine de la révélation de versets très importants de la sourate La Discussion. En effet, son mari, qui était d'un naturel impulsif, se mit en colère à la suite d'une dispute et prononça la formule de répudiation qui avait cours avant l'Islam : « Tu es pour moi comme le dos de ma mère ! » Peu après, il revint vers elle, plus calme, regrettant ses paroles. Il voulut s'approcher d'elle, mais Khawla, de crainte de ne plus lui être licite, dit : « Je crois que je te suis désormais interdite ! »

Or, Khawla aimait son mari et n'avait pas envie de se séparer de lui. Cependant, très scrupuleuse en matière de religion, elle se rendit auprès de l'Envoyé de Dieu afin de lui exposer son problème. La réponse du Prophète  plongea dans la détresse car, ne voyant rien à redire sur cette formulation, il ne put que lui confirmer leur séparation !

Elle essaya bien d'expliquer au Prophète que son mari avait prononcé ces paroles sous l'influence de la colère, et qu'il regrettait celles-ci. Mais rien n'y fit. Khawla se tourna alors vers son Seigneur et l'implora :
« Mon Dieu, je me plains à Toi de mon grand malheur et de la souffrance que me cause la séparation d'avec mon époux. Mon Dieu, fais descendre sur la langue de Ton Envoyé ce qui peut soulager notre malheur ! »

'Âïsha, présente lors de cet entretien, avoua plus tard avoir pleuré en entendant l'imploration de Khawla. Mais Dieu est compatissant avec Ses créatures ! Il fit descendre une révélation qui allait bientôt la soulager :
« Dieu a entendu les propos de celle qui discutait avec toi au sujet de son mari, au moment où elle adressait sa plainte à Dieu. Et Dieu entendait bien votre conversation, car Dieu est Audient et Clairvoyant. Certains d'entre vous jurent pour répudier leurs femmes, en utilisant la formule suivante : « Tu es aussi interdite pour moi que l'est le dos de ma mère ! », alors qu'elles ne sont pas leurs mères, leurs mères étant celles qui ont mis au monde.

Ils tiennent ainsi des propos aussi blâmables que mensongers. Cependant Dieu est Clément et Miséricordieux. Ceux qui auront répudié leurs femmes en usant de cette formule et qui reviennent ensuite sur leur parole devront affranchir un esclave, à titre d'expiation, avant de reprendre leurs rapports avec leurs épouses. Cela vous est prescrit par le Seigneur qui est Instruit de tout ce que vous faites.

Celui qui n'en a pas les moyens devra observer le jeûne pendant deux mois consécutifs avant tout rapport avec son épouse. S'il ne peut s'en acquitter, il devra donner à manger à soixante pauvres et ce, afin que vous croyiez fermement en Dieu et en Son Prophète. Telles sont les limites fixées par Dieu. » Coran 58/1-4

Après lui avoir récité le verset, le Prophète  dit à Khawla : « Dis à ton époux d'affranchir un esclave ! » Elle lui répondit : « Quel esclave ? Son seul domestique c'est moi. » – « Alors dis-lui de jeûner deux mois consécutifs ! » – « Par Dieu, ô Messager de Dieu ! Il ne peut pas le faire. Il boit de nombreuses fois dans une journée. De plus, sa vue a baissé suite à la faiblesse de son corps. Il est incapable de jeûner toute cette période ! » Le Prophète  conclut : « Dis-lui de nourrir soixante pauvres ! » – « Comment le pourrait-il alors que nous ne possédons que le repas d'une journée ! »

À bout d'argument, le Prophète lui dit : « Dis-lui d'aller chez Um Al-Mundhir bint Qays et de prendre chez elle un bac de dattes qu'il distribuera à soixante pauvres. » Khawla s'en retourna chez elle et en informa son mari qui courut chez Um Al-Mundhir bint Qays d'où il ramena les dattes qu'il distribua à soixante pauvres. Ils purent ainsi reprendre leur vie commune paisiblement !

Bien entendu, il faut retenir de cet événement qu'il n'est pas permis de répudier son épouse sous l'effet de la colère, car cela risque de conduire le couple à une situation regrettable et génératrice de malheur pour la famille ! Khawla fut une femme très pieuse et scrupuleuse. Devenue âgée, elle interpella un jour le calife 'Umar alors qu'il se promenait dans les rues de Médine pour inspecter les affaires de ses administrés, accompagné de Jarût Al-'Abdî.

Elle l'arrêta, le salua et lui dit : « Ô 'Umar ! Je t'ai connu alors qu'on t'appelait  » 'Umayr  » (diminutif de 'Umar). Tu courais alors derrière les gosses à 'Ukkad avec un bâton. Les années passèrent et on te donna le nom de 'Umar, puis les années passèrent encore, et tu es devenu émir des Croyants… Crains donc Dieu dans ton comportement avec tes administrés et sache que celui qui craint la menace de l'Au-delà, ce qui est loin devient proche pour lui, et celui qui a peur de la mort aura craint ! »

Jarût, quelque peu choqué par la familiarité de cette femme à l'égard du Calife 'Umar, lui dit : « Ô femme ! Tu as été trop impertinente à l'égard de l'émir des Croyants ! ». Mais 'Umar stoppa son Compagnon : « Laisse-la ! Ne sais-tu pas qui elle est ? C'est Khawla bint Tha'laba, cette femme dont Dieu a entendu la plainte au-dessus des sept cieux et pour laquelle il a révélé :  » Dieu a entendu les propos de celle qui discutait avec toi au sujet de son mari,… » 'Umar est plus à même de l'écouter. Par Dieu, si elle reste à parler toute la nuit, je ne la quitterai que pour la prière avant de revenir vers elle ! »

On constate qu'elle jouissait d'une grande considération de la part des Compagnons qui connaissaient bien son histoire.

Que Dieu soit satisfait de Khawla.

30. Kabsha bint Râfi (Um Saad)

Médinoise, elle fut parmi les premières à se convertir à l'Islam après avoir entendu la prédication de Mus'ab ibn 'Umayr qui, semble-t-il, habita même dans sa maison. Um Sa'd fut l'épouse de Mu'adh ibn An-Nu'mân de la tribu des Abd Al-Ashal. Ils eurent six enfants : Sa'd, Amrû, Iyas, Aws, Akrab et Um Hizâm.

Sa'd ibn Mu'adh, maître des Aws, et Compagnon du Prophète  fut surnommé « As-Siddîq » après Abu Bakr avec Usayd ibn Al-Hudhayr. Ibn Al-Jawzî, dans son ouvrage Sifât as-safwa rapporte que la première maison à avoir embrassé l'Islam parmi les Ansars fut celle des Banû Al-Ashal, c'est-à-dire la maison de Um Sa'd.

Selon Ahmad Khalîl Jam'a, dans son ouvrage Les femmes élues du Paradis, le Prophète a dit : « La meilleure des demeures est celle des Banû An-Najâr, puis celle des Banû 'Abd Al-Ashal, puis celle des Banû Al-Hârith ibn Khazraj, puis celle des Banû Sa'da. Et dans toutes les demeures des Ansars, il y a du bien. »

Bukhârî et Muslim ont rapporté également que les premières femmes de Médine à prêter serment d'allégeance au Prophète  après son arrivée furent Um Sa'd ibn Mu'adh, Kabsha bint Râfi' ibn Ubayd, Um Âmir bint Yazîd ibn As-Sakan et Hawâ bint Yazîd ibn As-Sakan. Toute la famille de Um Sa'd s'engagea totalement avec un grand dévouement pour la défense de l'Islam.

Lors de la bataille de Badr, deux de ses fils, Sa'd et Amrû, furent aux premières lignes pour défendre l'Islam contre les gens de Quraysh. Ils revinrent victorieux en compagnie de leurs autres frères. Son fils Amrû mourut à Uhud, et elle accepta avec courage l'annonce de la nouvelle de son martyre.

Cependant, elle se montra très inquiète de la vie du Prophète  lorsqu'elle fut informée des nombreux morts sur le champ de bataille où elle se rendit aussitôt. Elle rendit grâce à Dieu en apercevant le Prophète et lui dit : « En te voyant sain et sauf, tout autre malheur devient insignifiant ! » Le Prophète  la remercia, lui présenta ses condoléances pour la mort de son fils et de douze autres personnes de sa tribu tombées également martyres.

Il lui dit : « Ô Um Sa'd, réjouis-toi et annonce la bonne nouvelle à leurs proches. Leurs morts se sont tous retrouvés au Paradis et ils ont intercédé pour eux ! » Plus tard, lors de la bataille du Fossé, son fils Sa'd fut blessé et mourut aussi martyr. Elle en éprouva un grand chagrin et le pleura longtemps. Le Prophète  connaissant le courage de cette femme, fit son éloge en ces termes : « Toute pleureuse est une menteuse sauf Um Sa'd. »

Elle fit cependant preuve d'une grande patience et accepta avec résignation le décret de Dieu. Après la mort de l'Envoyé de Dieu, elle vécut entourée du respect et de la considération de tous les Compagnons qui connaissaient ses vertus. Lorsque vint son heure, elle partit rejoindre, dans la proximité de son Seigneur, ses deux fils, Amrû et Sa'd, qui l'avaient précédée.

Que Dieu soit satisfait de Um Sa'd.

31. Rufayda Al-Aslamiya

Connue à Yathrib, avant même l'Hégire, comme une habile guérisseuse et une soignante à laquelle tout le monde avait recours, que ce soit pour un accouchement, une fracture ou une maladie plus grave, elle fut le médecin de la ville. Dieu lui avait accordé ce don et elle en avait conscience. C'est pourquoi, dès l'arrivée du Prophète  à Médine, elle se hâta d'aller le voir et embrassa l'Islam immédiatement.

Elle prit sa place dans l'entourage de l'Envoyé de Dieu, parmi les Compagnons, et commença une nouvelle phase de sa vie où la prière et les dévotions occupèrent une place de choix ! Le Prophète  l'autorisa à continuer d'exercer son « art » dans l'intérêt des gens ; elle devint même l'infirmière attitrée des musulmans qu'elle accompagnait dans toutes leurs expéditions.

Elle installa une tente dans la cour de la mosquée de Médine, équipée du nécessaire pour donner les premiers soins aux blessés et aux malades. C'est ainsi qu'elle soigna les blessés de la bataille de Badr. Le Prophète  venait prendre de leurs nouvelles et ses visites la motivaient davantage dans l'accomplissement de cette tâche. Il en fut de même pour les blessés de la bataille de Uhud qui furent ramenés à Médine et qu'elle soigna avec le plus grand dévouement.

Lors de la bataille du Fossé qui, rappelons-le, eut lieu à Médine, elle installa sa tente juste derrière les lignes des musulmans pour être au plus près du champ de bataille. Le premier blessé qu'elle reçut fut Sa'd ibn Mu'adh, atteint par une flèche au bras. Le Prophète  ordonna aux Compagnons de mettre Sa'd dans la tente de Rufayda afin de veiller sur lui. De temps en temps, il venait le voir pour s'enquérir de son état et encourager au passage la vaillante infirmière qui se démenait pour le sauver.

Mais le destin de Sa'd était scellé et il rendit l'âme, en martyr, sous la tente de Rufayda. Elle fut encore présente lors du siège de Khaybar, avec sa tente – un véritable hôpital – prête à secourir les blessés. Le Prophète  la félicita et invoqua Dieu en sa faveur. Ce fut là pour elle la meilleure des récompenses. Le Prophète récompensa plusieurs fois la noble Rufayda pour avoir effectivement participé à la bataille, mais elle était seulement motivée par la défense de l'Islam.

Nous avons peu d'informations sur le reste de sa vie, mais son engagement et son dévouement désintéressé sont assez éloquents pour qu'il nous ait paru important de la citer parmi les femmes remarquables de cette époque.

Que Dieu soit satisfait de Rufayda.

32. Âtika bint Khâlid

Elle habitait entre La Mecque et Médine, sur le chemin de l'Hégire qui conduisit les musulmans d'une ville à l'autre ! Sa tente aurait pu être un relais pour les voyageurs mais elle et son mari étaient si démunis qu'ils auraient été bien en peine de nourrir quiconque ! Mais les desseins de Dieu sont imprévisibles ! Ainsi, un jour, Um Ma'bad vit arriver au loin un petit groupe d'hommes fatigués et assoiffés se diriger vers sa tente.

Il s'agissait du Prophète  accompagné de son fidèle Compagnon Abu Bakr, du domestique de celui-ci, 'Amar ibn Fuhîra, et de leur guide, 'Abdallah ibn Arîqat qui n'avait pas encore embrassé l'Islam. Ils lui demandèrent si elle avait quelque nourriture à leur vendre, mais elle répondit par la négative. C'est alors que le Prophète vit une chèvre chétive couchée dans un coin de la tente. Il demanda si elle avait du lait, et la pauvre femme dit : « Elle n'en est plus capable. »

Mais le Prophète insista : « Me permets-tu de la traire ? » – « Si tu crois qu'elle a du lait, alors fais-le ! » Et, nanti d'un récipient, il s'approcha de la chèvre, prononça le nom de Dieu, puis se mit à lui masser doucement les mamelles. La chèvre se laissa faire et soudainement, le lait gicla et il put remplir le récipient. Ses Compagnons et lui-même s'abreuvèrent, ainsi que Um Ma'bad qui ne put cacher son étonnement !

Après qu'ils eurent tous bu, il remplit à nouveau le récipient et le laissa à Um Ma'bad. Puis ils reprirent leur route vers Médine, sous le regard ébahi de cette femme, témoin d'un véritable miracle. Peu après leur départ, un groupe des gens de Quraysh à la poursuite du Prophète et ses Compagnons arriva près de la tente de Um Ma'bad. Ils lui demandèrent quelle direction ils avaient prise. Elle eut alors une conduite courageuse et répondit qu'elle n'en savait rien ! Ils insistèrent un peu mais elle les menaça : « Si vous continuez de m'importuner, je vais appeler les hommes de mon clan et vous savez de quoi ils sont capables ! »

Ils repartirent sans plus insister. Il faut préciser que le clan de Um Ma'bad, les Khuzâ'a, était un allié de Abd Al-Muttalib, le grand-père du Prophète, au temps de la Jahiliya ; ce clan demeura allié du Prophète  même après la Révélation. Enfin, lorsque l'époux de Um Ma'bad regagna la tente, il trouva le récipient plein de lait et interrogea son épouse sur sa provenance ! Elle lui raconta en détail ce qui s'était produit en son absence et il lui demanda de décrire l'homme qui avait pu traire leur maigre chèvre alors que ses mamelles semblaient définitivement taries !

Um Ma'bad répondit : « C'est un homme d'une extrême beauté, au visage gracieux, aux vertus admirables. Il a des yeux d'un noir prononcé et ses cils sont d'une belle longueur ; le blanc de ses yeux est très affirmé et ses cheveux sont très noirs ; son cou est long et sa barbe est fournie. Lorsqu'il est silencieux, il est d'une grande dignité et lorsqu'il parle, il est tout auréolé de splendeur, comme si ses paroles étaient les perles d'un collier tombant l'une après l'autre… »

Et la brave femme continua de décrire l'Envoyé de Dieu à son mari qui l'écoutait avec attention. Finalement, Abu Ma'bad lui dit : « Par Dieu ! C'est l'homme que les gens de Quraysh recherchent. Si je le trouve, je le suivrai ! » Ils partirent bientôt rejoindre le Prophète  à Médine où ils prononcèrent la shahâda devant l'Envoyé de Dieu. Ils furent accompagnés du frère de Um Ma'bad, Khanîs ibn Khâlid qui embrassa aussi l'Islam. Il mourut en martyr le jour de la conquête de La Mecque.

Um Ma'bad fit le serment d'allégeance et prit place dans l'entourage du Prophète  ; elle fut très respectée et estimée par tous pour sa sincérité, sa piété et son savoir. En effet, elle fut avide de connaissances. C'est ainsi que lorsqu'un groupe de femmes prêta serment, l'Envoyé de Dieu leur dit : « Vous m'avez prêté serment de ne point associer d'autres divinités à Dieu, de ne point voler ni commettre l'adultère, ni tuer vos enfants, ni forger des calomnies, ni désobéir dans ce qui est convenable. »

Toutes les femmes présentes acquiescèrent. Mais Um Ma'bad demanda : « Ô Envoyé de Dieu, quel est l'acte le plus exécrable que tu nous interdis ? ». Il répondit : « Les lamentations ! » Après la disparition du Prophète , Um Ma'bad vécut dans la considération et l'estime des Compagnons. Les Califes lui vouèrent un grand respect. On rapporte qu'elle rendait parfois visite à Abu Bakr et lui rappelait le fameux jour où sa chèvre chétive avait fourni une telle quantité de lait alors qu'elle n'en donnait plus et qu'elle avait ainsi abreuvé le Prophète , ses compagnons de route et aussi sa famille !

L'historien Al-Wâqidî a rapporté que la chèvre vécut encore longtemps, donnant régulièrement du lait à Um Ma'bad et son époux : sans aucun doute un signe de Dieu qui les conduisit sur le chemin de l'Islam.

Que Dieu soit satisfait de Um Ma'bad.

33. Khayra bint Abî Hadrad

Elle fut l'épouse d'un illustre Compagnon, connu sous le nom de Abu Darda, réputé pour son ascétisme et son détachement des plaisirs de ce monde. Ils embrassèrent l'Islam après l'arrivée du Prophète  à Médine. Abu Darda avait une idole qu'il vénérait beaucoup, alors que presque toute sa famille était devenue musulmane.

Abdallah ibn Rawâhna, Compagnon du Prophète et de ses amis, ne cessait de lui dire : « Ô Abu Darda, attendras-tu d'être le dernier à embrasser l'Islam ? » Mais Abu Darda refusait de l'entendre. Un jour qu'il vint pour lui rendre visite, il ne le trouva pas chez lui. Il se rendit dans l'endroit où se trouvait l'idole de son ami et la brisa en plusieurs morceaux en disant : « Toute adoration en dehors de Dieu est vaine ! » Puis il retourna chez lui.

Lorsque Abu Darda regagna sa demeure, il trouva son épouse en pleurs. Elle lui montra les morceaux de l'idole, ce qui mit Abu Darda dans une grande colère contre son ami. Mais, après un moment, il se calma et se mit à réfléchir : « Si cette idole était vraiment un dieu, elle se serait défendue. » Finalement, il se rendit auprès de son ami, Abdallah ibn Rawâhna, et lui demanda de le conduire devant le Prophète  où il prononça la shahada avec son épouse.

Dès lors, les deux époux furent très pieux et menèrent une vie ascétique, multipliant les actes de piété et se désintéressant des choses de ce bas monde. Abu Darda fut inséparable d'un des Compagnons du Prophète, Salmân Al-Fârisî, originaire de Perse, réputé également pour son ascétisme. Cependant, ce dernier s'inquiéta de ce que Abu Darda multipliait exagérément ses actes de piété, priant la nuit et jeûnant le jour, négligeant ses affaires et son épouse.

Alors, Salmân le lui fit remarquer, et Abu Darda rétorqua : « Voudrais-tu m'empêcher de jeûner et d'adorer mon Seigneur ? » Mais Salmân insista en lui rapportant une parole du Prophète  : « Abu Darda, ton Seigneur a des droits sur toi, ton corps a des droits sur toi et ton épouse a des droits sur toi. »

Selon une autre version des faits, ce serait Um Darda elle-même qui aurait, une nuit, retenu par deux fois son époux au moment où il allait se lever pour prier, ne le laissant se consacrer à ses actes d'adoration qu'au dernier tiers de la nuit. Au matin, après la prière, il se serait plaint à son frère en Islam, Salmân Al-Fârisî de l'attitude de son épouse, et ce dernier lui aurait alors fait la réponse que nous savons. Dieu est le plus Savant.

Lorsque Abu Darda raconta cela au Prophète  il lui confirma la réponse de Salmân : « Ô Abu Darda ! Le monachisme ne nous a jamais été prescrit ! Salmân t'a dit la vérité. » C'est ainsi que Abu Darda et son épouse, tout en continuant de mener une vie ascétique et très pieuse, suivirent la voie du juste milieu recommandée par l'Islam.

Um Darda rechercha le savoir depuis le jour de son adhésion à l'Islam. Elle fréquenta assidûment la mosquée afin de tirer profit des enseignements du Prophète  et de ses Epouses. Elle a rapporté avoir entendu l'Envoyé de Dieu dire : « Il n'y a pas de chose plus lourde à mettre sur la balance des actions qu'un bon comportement ! » Elle s'y rendait également pour les prières du matin, du coucher du soleil et de la nuit, afin d'entendre la psalmodie du Coran par le Prophète.

Un jour, elle rencontra le Prophète qui l'interrogea : « D'où viens-tu ? » Um Darda lui répondit qu'elle venait du bain. Il lui dit alors : « Ô Um Darda ! Si l'une de vous ôte ses vêtements en dehors de la demeure de ses parents ou de son époux, elle aura déchiré tous les voiles de la pudeur qui existe entre elle et Dieu ! » Um Darda mourut en Syrie, avant son époux, sous le califat de 'Uthmân ibn Affân.

Que Dieu soit satisfait de Um Darda.